Kamel Mida était considéré comme l’un des députés les plus emblématiques du parti TAJ de l’ex-ministre Amar Ghoul. De 2012 à 2017, ce député islamiste a même fait partie de la Commission des Finances et du Budget de l’APN. Membre du Bureau politique du parti d’Amar Ghoul, Kamel Mida est mêlé à un gros scandale de 120 milliards de centimes de chèques sans provision. Enquête. 

Tout a commencé en octobre 2013 lorsque Kamel Mida, homme d’affaires et chef d’entreprise achète un immense terrain situé à la Cité Malki à Benaknoun (Alger). Ce terrain s’étend sur une superficie de 8950 M2. Il appartenait aux héritiers de la famille Chekiken. Ils sont pas moins de 53 héritiers qui se partagent ce terrain de près de 9 hectares. Ces héritiers concluent une transaction avec Kamel Mida qui leur propose de racheter tout le terrain pour la modique somme de 120 milliards de centimes.

Et en guise de gage de bonne volonté, ce député et proche collaborateur d’Amar Ghoul, donne aux héritiers une avance (un arboun) de 30 milliards de centimes. En attendant le versement des sommes restantes, Kamel Mida signe des chèques à tous les héritiers en consignant les montants que chacun d’entre eux doit encaisser à la Banque. En tout et pour tout, le député et homme d’affaires va distribuer pas moins de 90 chèques à tous les héritiers pour avaliser définitivement cette transaction foncière.

Les actes de vente seront enregistrés par un notaire assermenté et les nouveaux actes de propriété seront effectivement enregistrés au niveau de la Conservation Foncière de Saïd Hamdine située près de Bir-Mourad Raïs à Alger. A ce moment-là,  Kamel Mida est devenu le nouveau heureux propriétaire de cette assiette foncière qui suscite toutes les convoitises à Alger en raison de son emplacement stratégique entre Benaknoun et Hydra, les deux quartiers les plus prisés par les courtiers en immobilier de la capitale.

Les héritiers pensaient à la fin de l’année 2013 qu’ils venaient de conclure enfin une très bonne affaire et chacun d’entre-eux se rend à la Banque, le CPA plus exactement, pour encaisser son chèque. Mais la surprise fut à la hauteur du choc qu’ils vont ressentir : les chèques sont sans provision et dans les comptes bancaires de l’heureux député, il n’y a pas d’argent pour payer tout le monde.

Le cauchemar commence ainsi pour les 53 vendeurs. Kamel Mida tente de les rassurer en multipliant les promesses de débloquer la situation rapidement. Mais les jours passent et aucun héritier ne va toucher ses sous comme nous l’affirme Nabil Benredouane, l’un des malheureux héritiers qui a été flouté par le collaborateur d’Amar Ghoul comme le confirment les documents en notre possession. “Il m’a remis deux chèques d’une valeur de plus de deux milliards de centimes. Des chèques que je n’ai jamais pu encaisser. Et à chaque fois, il me faisait des promesses jamais tenues. Nous avons fini par comprendre que nous avions été piégés par un escroc”, nous confie cet interlocuteur.

Chacun des anciens propriétaires des parcelles de ce terrain va engager une action en justice contre le député et responsable du parti TAJ, Kamel Mida. Cependant, le tribunal de Hussein Dey au début de l’année 2014 va rejeter les plaintes des héritiers prétextant que le député accusé d’escroquerie jouit de… l’immunité parlementaire.

L’affaire sera donc suspendue et les héritiers ne pourront qu’introduire une saisie conservatoire et exécutoire qui a été enregistrée à la conservation foncière. De ce fait, la transaction foncière a été bloquée et le terrain a été saisi. Kamel Mida ne s’avoue toujours pas vaincu et refuse de restituer le terrain à ses anciens propriétaires. Il poursuit ses promesses et délivre de nouveaux chèques aux héritiers en octobre 2014. Des chèques qu’il faut encaisser, cette fois-ci, à la BNP Paribas.

Là encore, ce sont des chèques sans provision comme le démontrent les certificats de non-paiement que nous avons pu obtenir. Aux yeux des héritiers, le député Kamel Mida poursuit donc ses manoeuvres et maintient un suspense malsain. La situation connaît un nouveau rebondissement à la fin des élections législatives de 2017, date à laquelle Kamel Mida perd son immunité parlementaire puisqu’il n’a pas réussi à se faire réélire.

A ce moment-là, les héritiers réenclenchent une action en justice. Rafik Bendahmane, l’un de ces héritiers,  dépose plainte au cours de ce mois de novembre pour dénoncer une escroquerie aux chèques sans provision. L’affaire est toujours pendante au niveau du Tribunal de Hussein Dey. Un autre héritier répondant aux initiales K.Y a déposé également plainte au niveau du tribunal Abane Ramdane à Alger-centre.

L’ex-député, mais encore haut cadre du parti d’Amar Ghoul, n’a toujours pas été inquiété par la justice. Quand au terrain, il demeure nu et inoccupé alors que la Justice refuse encore de le mettre aux enchères. Les héritiers sont donc privés de toute marge de manoeuvre et subissent un étrange diktat qui dure depuis près de 5 ans.

Nous avons tenté durant toute la journée de lundi de joindre Kamel Mida pour lui réclamer des explications et entendre sa version des faits. Malheureusement, il n’a pas répondu à nos sollicitations. Nous ne pourrons pas connaître ses motivations ni les raisons qui expliquent son comportement. La direction de son parti, le TAJ, est restée aussi muette et personne n’a daigné répondre à nos appels.  Algériepart continuera tout de même son enquête et reviendra bientôt sur ce sujet avec de nouvelles révélations.