Violée, battue et menacée de mort, une jeune mère a dû fuir son pays et abandonner sa carrière pour trouver refuge à Montréal dans un foyer pour femmes qu’elle peine maintenant à quitter.

«Je dois partir en janvier. Je n’ai pas le courage. C’est ma famille ici, je me sens en sécurité», souffle Nadia en serrant son mouchoir. Entre deux larmes, elle esquisse un sourire, une lumière éclaire ses yeux. Ce petit éclat avait complètement disparu quand elle est arrivée au Québec, il y a huit mois.

«J’étais morte à l’intérieur de moi, dit-elle. Je pleurais tout le temps.»

Nadia, qui a requis l’anonymat pour se confier sans crainte, vit à la Dauphinelle, un foyer pour femmes et enfants victimes de violences. Les pensionnaires y sont accueillies pour une période maximale de huit mois. Le séjour de Nadia touche à sa fin.

Comme elle, 278 femmes et enfants ont trouvé refuge dans ce foyer cette année, soit deux fois plus qu’il y a 10 ans, et la plupart sont des immigrantes, indique la directrice Sabrina Lemeltier.

Crime d’honneur

Nadia y a été accueillie deux jours après son arrivée au Québec, après avoir frôlé la mort dans son pays, l’Algérie. Elle a été victime d’un crime d’honneur pour avoir divorcé et être retournée vivre chez ses parents avec sa fille de 9 ans.

«La femme divorcée au Moyen-Orient n’a plus de vie», dit-elle. Jamais toutefois elle n’avait pensé qu’un tel enfer l’attendait.

Pour la punir d’avoir jeté la honte sur sa famille, son frère l’a fait suivre et battre par son cousin pendant des semaines. Puis, un jour, son cousin l’a ligotée, battue et violée.

«Il m’a dit que c’était une punition et que la prochaine fois ce serait ma fille», souffle-t-elle.

Le lendemain, Nadia a roulé tête baissée jusqu’à l’aéroport, abandonné sa voiture dans le stationnement et pris le premier avion pour Montréal avec un simple sac à main, sa fille et ses 2000 $ d’économies.

Seule et démunie dans cette ville qu’elle n’avait qu’entrevue une fois lors d’un voyage d’affaires, elle téléphone à ses collègues à Alger. Diplômée en finance, Nadia est responsable commerciale dans une multinationale de l’agroalimentaire.

Aussitôt, ses collègues se cotisent et remuent ciel et terre pour lui trouver un avocat. Celui-ci lance les démarches pour lui obtenir un statut de réfugiée et l’amène à la Dauphinelle.

De plus en plus d’immigrantes

«J’ai trouvé une famille ici. C’est chaleureux, il y a toujours quelqu’un avec qui parler, avec qui rigoler», sourit Nadia.

Référées par la police, les travailleurs sociaux ou autres, les femmes restent au foyer entre deux et huit mois, puis sont suivies jusqu’à ce que leur situation se stabilise, ce qui peut prendre jusqu’à trois ans dans le cas de procédures judiciaires.

«On a de plus en plus de femmes immigrantes sans statut ou en processus de demande de statut de réfugié», indique Sabrina Lemeltier.

Elle explique que «l’immigration est fragilisante» et peut exacerber les tensions au sein des couples. «Des fois, la violence existait avant sous forme psychologique et devient physique en arrivant ici», précise-t-elle.

#MoiAussi

La Dauphinelle vit aussi les contrecoups de la vague de dénonciations engendrée par le mouvement planétaire #MoiAussi.

«Ça a un ressac sur nous, c’est sûr, dit Mme Lemeltier. Briser le silence c’est la chose la plus difficile, c’est ce que permet ce mouvement.»

Pour faire face à l’afflux de demandes de secours, la Dauphinelle bénéficie de l’aide de l’État qui finance 15 des 24 places d’hébergement. Mais pour les neuf places restantes, l’établissement compte sur les dons.

En recherche d’emploi, Nadia espère pouvoir retrouver sa sécurité financière perdue en Algérie pour pouvoir aider son foyer d’accueil à sauver d’autres femmes comme elle.

«Sans eux, je ne sais pas ce qu’on serait devenues ma fille et moi», dit-elle. Dans le monde, en 2012, une femme tuée sur deux l’a été des suites de violences infligées par son partenaire ou un membre de sa famille, selon l’ONU. Au Canada, une femme est tuée par son partenaire intime tous les six jours.

Source : TV Nouvelles