Les Îles Habibas sont un ensemble d’îles, situées au nord-ouest d’Oran et appartenant à l’AlgérieTOURIA, la plus importante des îles, est couronnée d’un phare. Sur sa côte orientale, la nature de la petite baie permet un bon mouillage pour les petites embarcations.

 Classées en réserve naturelle marine depuis un décret en 2003, le site est pourtant très prisé par les pécheurs pour l’abondance de poissons. Le 26 Janvier de l’année 2015, les gardiens du phare remarquent des sacs suspects qui, selon leur première déclaration, se sont échouées sur l’île.

 Ils ont alors, demandé à deux de leurs amis pêcheurs, natifs comme eux du village de Bouzedjar, situé dans la daïra d’El Amria dans la Wilaya de Ain-Temouchent, à 49 Km d’Oran, de vérifier la contenance des quatre sacs suspects. Les pécheurs, arrivés sur place avant l’arrivée des garde-côtes, récupèrent alors un sac et y découvrent de la cocaïne.

 

Les garde-côtes de Bouzedjar également alertés par les deux gardiens du phare des îles Habibas, demandent à ce que personne ne touche aux sacs. Les narcotrafiquants, jettent souvent leur marchandise à la mer et la suivent au moyen d’une balise GPS pour pouvoir la récupérer une fois échouée sur une plage, loin de tout soupçon. Les garde-côtes arrivés sur place saisissent alors les trois sacs mais la drogue ne parviendra jamais ni aux autorités sécuritaires ou judiciaires…

 L’attitude d’une femme nerveuse… 

Un caporal de la marine accompagné d’un ami et d’une jeune femme ont été arrêtés à un barrage de gendarmerie à Oued Fodda dans la wilaya de Chef. Les gendarmes ayant remarqué l’attitude nerveuse et suspecte de la jeune femme, ils procèdent alors à une fouille approfondie du véhicule. Ils tombent alors sur 500 grammes de cocaïne dissimulée dans le véhicule.

 

L’enquête qui s’en est suivie a révélé, suite à des analyses réalisées sur la quantité de cocaïne saisie, a démontré qu’il s’agissait, en fait, du même produit, issu du même stock de drogue provenant de la fameuse découverte de Bouzedjar ! Les enquêteurs de la Gendarmerie comparent alors les caractéristiques spécifiques de cette drogue avec les différentes saisies, opérées en différents points du territoire.

 

Ils se rendent compte qu’il s’agit, là encore, de la même cocaïne issue du stock saisi à Bouzedjar qui a été distribuée sur l’ensemble du territoire algérien… C’est le fameux scandale de l’affaire dite des 81kg de cocaïne !

 

Plus d’un an après la saisie de la drogue par les garde-côtes, les premières arrestations sont enregistrées. Le service des garde-côtes d’Oran, chef de la station de la capitale de l’Ouest et celui de Bouzedjar sont placés sous mandat de dépôt. L’enquête tend à impliquer, un colonel, deux commandants, un capitaine, un lieutenant et un caporal en plus de plusieurs civils.

 L’affaire a été jugée le 27 septembre 2017, et sur les 31 prévenus, des peines de 15 ans de prison ferme avaient été requises par le ministère public, pour détention, commercialisation, distribution de drogue suivant l’article 17 de la loi 04-18 portant prévention et répression de l’usage et du trafic illicites de stupéfiants et de substances psychotropes, à l’encontre des 23 accusés, dont 16 détenus et sept accusés qui comparaissaient libres. Des mandats d’arrêt avaient été également émis contre 8 autres mis en cause, actuellement en fuite. Ils ont été condamnés par le pôle pénal spécialisé à 20 ans de prison par contumace tandis que 7 ont bénéficié de la relaxe.

 Interrogatoires et actes de torture ?

Les inculpés sont tous revenus sur leurs déclarations, affirmant avoir été torturés lors de leurs interrogatoires par les services de sécurité. Une procédure d’appel a été introduite par 7 jeunes condamnés à 16 ans de prison et l’affaire sera finalement traité en appel le 29/11/ à la cour d’Oran.

 

Alors que s’est-il réellement passé au niveau de la permanence des garde-côtes, après la saisie de la drogue, au matin de ce 26 Janvier 2016 ? La marchandise aurait-elle été distribuée entre le personnel de permanence ?

 Comment cette drogue est-elle parvenue des stocks du Service National des Garde-Côtes (SNGC), organe des Forces Navales Algériennes relevant du Ministère de la Défense Nationale l’armée au réseau de dealer de drogue en Algérie ?

 

Pourquoi le représentant du ministère public dans son réquisitoire, n’a pas défini le degré de responsabilité de chaque accusé, et spécifiquement des officiers de l’Armée impliqués ? Nous suivrons cette affaire pour essayer d’avoir les réponses à nos questionnements et vous tiendrons informés.