Zahia Dehar n’avait que 16 ans lorsqu’elle est deve­nue escort girl. Une acti­vité vers laquelle elle s’est tour­née natu­rel­le­ment, comme elle le raconte aujourd’­hui. Si elle est désor­mais « passée à autre chose », la créa­trice n’a toute­fois aucun regret.

Il est rare d’en­tendre Zahia Dehar évoquer son passé d’es­cort girlde luxe. Elle raconte pour­tant cette période de sa vie dans le dernier numéro d’Anti­dote : la jeune femme a commencé à se prostituer à 16 ans, avec les clients que l’on connaît et qui ont été depuis enten­dus par la justice dans le cadre de la tout aussi célèbre « affaire Zahia ». Un coup de tonnerre qui a éclaté lorsqu’elle avait 18 ans et qu’elle avait arrêté l’es­cor­ting. « J’ai fait ça pendant presque un an  », précise Zahia à Anti­dote. Elle a « toujours su » que la pros­ti­tu­tion ne serait qu’une « petite période de [sa] vie », qui allait lui « permettre de passer à autre chose ».

Arri­vée en France à 10 ans avec sa mère et son frère, Zahia Dehar a vécu des jeunes années diffi­ciles. « On avait beau­coup de problèmes fami­liaux, on n’avait pas de maison, on ne savait pas où on allait vivre, se souvient-elle. J’avais déjà du retard parce que je ne parlais pas français et je chan­geais d’école tout le temps. Une fois qu’on a eu une situa­tion plus stable, je n’ar­ri­vais plus à suivre, je ne pouvais pas rattra­per le niveau. » Pour elle, « c’était un choc » : « En Algé­rie j’étais toujours la première de la classe et, d’un coup, je me retrou­vais dernière. Et tous mes rêves, tout ce que je voulais faire depuis toute petite, je savais que ça n’al­lait plus être possible. Il fallait que je trouve une autre solu­tion. » Ce fut son corps.

Comme elle l’ex­plique aujourd’­hui, Zahia Dehar n’a jamais vu la pros­ti­tu­tion comme un mal. Au contraire, cela l’at­ti­rait : «  J’étais jeune et je voulais avoir des rela­tions sexuelles. Je ne voulais pas rester vierge. Et puis je me suis dit : “J’ai quoi comme possi­bi­li­tés ?” Toutes les filles de mon âge avaient un petit copain, elles étaient amou­reuses pendant un mois, puis elles étaient tristes, puis elles chan­geaient, puis elles avaient un nouveau petit copain et refai­saient la même chose, explique-t-elle. Je me suis dit, autant avoir des rela­tions sexuelles et gagner quelque chose en retour. Je trou­vais ça plus exci­tant.  » Alors elle a «  commencé à sortir et à rencon­trer des femmes » qui faisaient de l’es­cor­ting de luxe : « Je les suivais un peu, je voyais ce qu’elles disaient, ce qu’elles faisaient… Je me prenais un peu pour une grande ; en fait, j’étais pres­sée de gran­dir, d’être indé­pen­dante. C’est pour ça que je me suis mise à sortir, à aller vers d’autres aven­tures, pour moi, je prépa­rais mon avenir. »

À leurs côtés, Zahia a appris à fixer ses prix, à trou­ver des clients, à apprendre le métier. En paral­lèle, elle pour­sui­vait sa scola­rité : « Je rentrais à 6 heures du matin et il fallait que j’aille à l’école. Et je n’avais pas dormi.  » Une double vie qu’elle avait réussi à cacher à sa mère. Puis l’argent est vite arrivé : à l’époque de « l’af­faire Zahia », on avait estimé ses reve­nus mensuels à envi­ron 20 000 euros. Des sommes qu’elle a vite englou­ties dans le shop­ping : « Je n’ai rien gardé. J’étais jeune. Pour certaines femmes plus âgées c’était un vrai busi­ness, elles mettaient de côté pour s’ache­ter des maisons. Moi, mon truc c’était de tout dépen­ser, tout le temps. » Ce qui ne l’a pas empê­chée de réus­sir à s’en sortir lorsqu’elle a arrêté l’es­cor­ting : « J’ai commencé à 18 ans à créer des collec­tions de linge­rie. J’en ai fait quatre et une collec­tion capsule de prêt-à-porter. C’est ce que j’ai toujours voulu faire. » Une acti­vité qu’elle a pour­suivi après le scan­dale, avec un certain succès.

Aujourd’­hui, Zahia n’a pas changé de posi­tion sur le sexe tarifé. « Quand on est céli­ba­taire, on se dit qu’il vaut mieux ça, que d’avoir des rapports sexuels, puis attendre que l’homme nous rappelle, explique-t-elle. Les hommes sont souvent inté­res­sés seule­ment par une rela­tion sexuelle et les femmes peuvent attendre plus. On se dit, du coup, que si c’est juste pour avoir un rapport, autant avoir quelque chose en échange. Comme ça, s’il ne rappelle pas, on s’en fiche. » La jeune créa­trice ne se verrait pas reten­ter l’ex­pé­rience pour autant : « Je me dis que c’est fini, parce que je suis passée à autre chose et je ne suis plus aussi jeune qu’a­vant. C’était bien à faire dans la jeunesse. C’était inté­res­sant, c’était amusant. »

Source : Voici