Inédit. Pour la première fois depuis plusieurs années, un lobbying agressif a été exercé pour modifier une Loi de Finances afin de supprimer l’une de ses dispositions les plus symboliques. Dans une déclaration officielle, le président de la commission des finances et du budget de l’APN a reconnu que l’impôt sur la Fortune a été retiré par les députés du projet de la Loi de Finances 2018. 

Toufik Torche explique ce revirement exceptionnel par la nécessité “d’éviter une fuite des capitaux du secteur formel vers le circuit informel et vers l’étranger”. A entendre le Président de la commission des finances de l’APN, cet impôt va inciter tous nos riches à fuir le pays ou à placer leur argent sur le marché informel.

Et pour ne pas effaroucher les milliardaires algériens, il faut donc tout bonnement supprimer cet impôt. Toufik Torche et un groupe de députés estiment que ce impôt est irréalisable parce que le niveau de l’informatisation des impôts au niveau des services des Finances est “faible, ce qui rend très compliqué l’identification et le recensement des fortunes”.

Un argument étonnant, inédit et bluffant puisque les faiblesses d’une institution sont utilisées pour justifier la remise en cause de la légalité d’un impôt alors qu’il aurait beaucoup plus simple d’encourager la modernisation de l’administration fiscale au lieu d’épargner les plus grosses fortunes du pays.

Il faut savoir qu’à travers cet impôt sur la fortune, le Trésor Public espérait récupérer jusqu’à 20 milliards Da, à savoir près de 200 millions d’euros, a-t-on appris de plusieurs sources au sein de la direction générale des impôts. Avec tout cet argent, nous aurions pu financer des écoles, des hôpitaux, des logements ou des universités dans de nombreuses régions encore déshéritées de l’Algérie.

Les députés du FLN, RND et de plusieurs autres partis politiques préfèrent enfin faire plaisir aux plus riches que de privilégier l’intérêt général.