“Ijara Tamlikia”, cette nouvelle formule de logement lancée par la Cnep-Banque depuis ce mois de novembre avait suscité l’enthousiasme et alimenté les espoirs des Algériens en quête d’un toit depuis des années. 

La formule avait été annoncée en grandes pompes. Elle paraissait prometteuse. Il s’agit d’une nouvelle formule de financement par laquelle la banque, la CNEP, acquiert un logement choisi par le client (particulier) et le lui donne en location en contrepartie du paiement de loyers. La location est accompagnée d’une promesse de transfert de propriété au profit du locataire, au terme de la durée de financement, conditionnée par le paiement total des loyers. C’est le prix du logement et le salaire du ménage qui fixera le montant des loyers et la durée de la location.

Malheureusement, c’était trop beau pour être vrai. Lorsque les demandeurs de logement se sont présentés au niveau des agences de la CNEP pour déposer leurs dossiers et bénéficier des avantages de cette formule, ils découvrent une toute autre réalité.

En effet, comme le montre ce tableau, cette formule n’est finalement qu’une pure et simple arnaque. D’abord, il ne s’agit nullement d’un  financement alternatif non basé sur l’intérêt. Au contraire, toutes les simulations que nous avons effectué par nos soins ont démontré que la CNEP-Banque offre ce financement selon un taux d’intérêt de 6,5 % par… an ! Ainsi, pour un logement de 20 millions de Da, l’acquéreur algérien se retrouve au final à le payer pour l’équivalent de presque 40 millions de Da à la fin du paiement de tous les loyers.

Un prix exorbitant qui exclut les bouses modestes ou les salariés de la classe moyenne puisqu’à cause de ce taux d’intérêt maquillé ou caché, il faudra justifier d’une fiche de paie dépassant les 150 mille Da par mois, voire plus de 200 mille, pour pouvoir bénéficier d’un financement équivalent à 80 % du prix réel d’un logement dans les grandes villes de notre pays.

Les mensualités que les acquéreurs doivent payer peuvent atteindre également des seuils étouffants et risquent de menacer tout bonnement la stabilité financière des foyers algériens.

La “formule miracle” de la CNEP n’apporte donc rien de nouveau. Pis encore, elle alimente les frustrations des algériens qui sont encore et toujours obligés de faire preuve d’une véritable aisance financière pour pouvoir s’offrir un crédit immobilier. Les autres banques algériennes y compris les privées calculent aussi leurs crédits et financements selon un taux d’intérêt avoisinant les 6,5 ou même les 7 %.

De l’avis commun des promoteurs immobiliers, ce taux d’intérêt élevé constitue un sérieux barrage à la majorité écrasante des Algériens. La solution est, pourtant, simple : réduire les taux d’intérêt jusqu’à 1 ou 2 % pour démocratiser le crédit immobilier. Un autre mécanisme est également possible. Il consiste à inciter les banques et institutions financières à racheter massivement des logements pour les proposer ensuite à la location. Et au bout d’une période déterminée, le locataire peut acheter le logement qu’il occupe. De nombreux pays à travers le monde ont expérimenté cette formule pour démocratiser l’accès au logement.

Les promoteurs auront uniquement pour mission de construire, bâtir et livrer des logements pour ne pas s’encombrer des décisions commerciales qui ralentissent régulièrement les projets immobiliers dans notre pays.