A l’occasion de la quatrième session de la quatrième session du Comité mixte économique franco-algérien (COMEFA) qui a eu lieu, dimanche 12 novembre, à Alger, le ministre de l’économie et des finances français, Bruno Le Maire a adressé un message très significatif et politique aux dirigeants algériens. Un message dans lequel il explique la nouvelle stratégie économique de la France en Algérie. Un message dans lequel il donne le ton de la nouvelle offensive diplomatique française. En clair, la France refuse de se laisser dominer par la Chine et veut regagner ses parts du gâteau algérien. Algériepart vous propose de lire ce message de Bruno le Maire dans son intégralité : 

“Je suis très heureux de me rendre aujourd’hui à Alger avec le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, et surtout mon ami, Jean-Yves Le Drian. C’est avec une certaine émotion que je participe à cette première réunion et surtout que je fais ce déplacement à Alger. Je n’oublie pas que mon grand-père est né ici à Alger en 1899. Il y a un peu plus d’un siècle et donc c’est forcément avec émotion que je découvre un pays, une capitale, auquel je suis lié par des liens familiaux.

A mes yeux, que certains le veuillent ou nous, les destins des peuples algérien et français sont étroitement liés, par l’histoire, par la mémoire, et surtout par des projets d’avenir. Je crois que nous avons ensemble des destins à construire au service des générations à venir, de cette jeunesse algérienne et française qui travailleront ensemble dans les années qui viennent.

Nous sommes en outre à un moment particulier de notre destin commun. Un moment où en France il y a un nouveau président de la République, une nouvelle majorité, un nouveau gouvernement, qui sont originaux, disons les choses comme elles sont. C’est la première fois depuis 1958 qu’un président de la République fait le choix de faire travailler ensemble un ancien responsable socialiste, et un ancien responsable de droite, au service de l’intérêt général. Et ce qui en agace plus d’un, ça marche. Ça marche parce que nous nous entendons bien, parce que nous avons la même ambition qui est d’accomplir la transformation de notre pays qui aurait dû avoir lieu depuis une vingtaine, une
trentaine d’années et que nous sommes en train de faire sous l’autorité du président de la
République et du Premier ministre. Regardez ce qui se passe depuis 6 mois en France, qu’il s’agisse de la réforme du code du travail ou des transformations fiscales. Nous faisons ces transformations car elles sont indispensables pour redonner à la France sa puissance économique et son élan économique en Europe et dans le reste du Monde.

Je considère que, pour la France, l’Algérie est un partenaire économique majeur. Nous avons 500 entreprises implantées en Algérie qui emploient 40.000 salariés directs et près de 100.000 salariés indirects. Comme nous sommes ici pour nous dire les choses avec franchise, je considère que la tendance n’est pas bonne. Avec mon ami Youcef Yousfi, nous sommes décidés à inverser cette tendance. Les chiffres sont sans appel. Notre part de marché est passée de 24% en 2000 à 10% aujourd’hui. Nous devons redresser la barre.

Bien sûr, il y a toutes sortes d’explications qui sont compréhensibles : nous savons que la Chine est particulièrement offensive en Algérie (elle ne l’est pas qu’en Algérie, elle l’est dans beaucoup d’autres pays et c’est normal de la part d’un Etat et d’une
nation qui ont retrouvé leur puissance), nous avons la concurrence de l’Italie, de l’Espagne, de la Turquie (qui est aussi une grande nation économique). C’est à nous, Français et Algériens, de reprendre les choses en main. Je le dis devant l’Ambassadeur : nous estimons qu’il est temps de redresser la barre et de redonner une nouvelle ambition économique aux relations entre la France et l’Algérie. Je voudrais, de ce point de vue-là, vous remercier d’avoir fait avancer les choses en quelques jours sur le dossier de PSA pour nous permettre de faire cette signature pour l’installation  d’une usine PSA à Oran.

Je crois que c’est exactement ce genre de signal positif, concret, que nous pouvons nous adresser les uns aux autres. Je voudrais remercier les autorités algériennes qui ont fait
le nécessaire en quelques jours pour que nous puissions dire aujourd’hui : cette usine va s’ouvrir et créer des emplois.

Nous allons enfin vous proposer une méthode de travail au service de l’efficacité et de cette nouvelle ambition économique entre la France et l’Algérie que souhaite le président de la République.

D’abord, je pense qu’il faut identifier les difficultés techniques au niveau d’un groupe de travail dédié à ces problématiques. Des problèmes de normes, des problèmes de blocages administratifs, de contraintes administratives, parfois des problèmes de coûts de notre côté et aussi une nécessité de changer de culture de la part des entreprises françaises lorsqu’elles s’implantent en Algérie. Je crois qu’il faut que nous identifiions toutes ces difficultés si nous voulons vraiment obtenir des résultats. Le 2ème point, c’est que nous arrivions à identifier les secteurs prioritaires de coopération.

Nous sommes tous confrontés à un défi majeur qui est celui de la diversification de notre économie. Il y a une révolution énergétique qui concerne au premier chef, un pays grand producteur comme l’Algérie ; il y a une révolution technologique qui nous concerne tous. Je crois qu’il faut en outre que nous identifiions les secteurs porteurs d’avenir dans lesquels Algérie et France peuvent travailler ensemble. Vous avez cité le tourisme : la France est l’un des leaders mondiaux. Nous pouvons travailler là-dessus ensemble, nous avons des entreprises très compétitives dans ce secteur.

Les énergies renouvelables, le bâtiment, le numérique, l’automobile qui est déjà un grand secteur de coopération : sur tous ces sujets, nous pouvons faire beaucoup de choses ensemble.

Enfin, ma 3ème proposition qui est plutôt du ressort du politique : que nous puissions, dans la perspective du déplacement du président de la République, identifier aussi les défis globaux par lesquels nous sommes concernés. Vous avez des agglomérations saturées par le trafic routier, cela concerne la vie quotidienne de nos concitoyens. Comment est-ce qu’on construit la ville de demain ?

Je pense que c’est un enjeu pour nos deux pays. Les énergies renouvelables, c’est un enjeu pour nos deux pays. Nous avons une vraie difficulté : augmenter le développement des énergies renouvelables, nous souhaitons le faire avec le ministre de la Transition énergétique, Nicolas Hulot.

C’est toujours un défi. 3ème grand défi : comment conjuguer compétitivité économique et maintien d’un modèle social fort. Je crois que c’est aussi une particularité de nos deux pays : nous voulons garder, à côté de notre compétitivité économique et de notre soutien aux entreprises, un modèle social qui soit fort, qui aide les plus faibles, les plus fragiles, et qui ne laisse personne de côté.

Enfin, nous partageons un objectif majeur : les générations qui viennent. L’Algérie est un pays jeune, la France est un pays qui garde une démographie dynamique. Tout ce que nous faisons, nous le faisons d’abord pour les générations à venir”.