Ces dernières 24 heures, les hauts responsables algériens ne cessent d’applaudir l’installation officielle de l’usine du constructeur français Peugeot en Algérie. Ce lundi matin, sur les ondes de la radio Chaîne III, le PDG du groupe mécanique au ministère de l’industrie et des mines, a observé qu’après l’arrivée de Peugeot, l’Algérie disposera d’un total de cinq constructeurs appelés à la transformer en un important pool d’attractivité dans le domaine de la mécanique et de l’automobile.

Or, il s’avère que cette annonce est un pur mensonge, voire une fantaisie irréalisable. Et pour cause, le projet Peugeot n’apportera rien de nouveau. Pis encore, il est un simple cadeau politique fait par l’Algérie à la France. Pourquoi ?

D’abord, la future usine de Peugeot ne développe aucune vision industrielle qui permettra à notre pays de tirer une richesse du montage de ses véhicules. Il ne s’agira que de l’assemblage rudimentaire de véhicules destinés encore une fois uniquement au marché local. Et le taux d’intégration sera tellement faible au début que Peugeot se retrouvera, en vérité, en train d’importer des véhicules démembrés pour les assembler seulement dans son usine algérienne.

Pour l’heure, aucun des constructeurs mondiaux présents en Algérie n’a dépassé la barre des 25 % du taux d’intégration et l’objectif de 45 % fixé par le gouvernement est encore un voeu pieux. Face à un tissu de sous-traitants très dérisoire, l’Algérie assemble des voitures à partir des pièces détachées importés de l’étranger dont la facture globale avoisine les 8 milliards de dollars.

L’usine Peugeot risque donc d’aggraver cette facture des importations en l’absence d’une véritable sous-traitance.

Ensuite, cette usine risque de ne pas être rentable. Peugeot ne pourra produire que 75 000 véhicules en 2023. Un rythme de production faible qui est loin de concurrencer sa future usine marocaine. Oui, l’Algérie a choisi Peugeot alors que ce constructeur français a choisi de développer son projet le plus ambitieux et le plus rentable au… Maroc !

La future usine de Peugeot à Kénitra au Maroc assemblera près de 90 000 unités par an dés 2020. Le constructeur français va s’approvisionner en pièces fabriquées sur place au Maroc à hauteur de 60% à l’ouverture, avant de faire évoluer ce même taux d’intégration à 80%. On est donc loin du ridicule taux d’intégration espéré par les autorités algériennes.

En plus, au Maroc, Peugeot devra mettre sur la table une bonne partie des 500 millions d’euros nécessaires au lancement de son usine. En Algérie, personne ne sait si le constructeur français va sortir de l’argent de sa poche et il est fort probable que les banques algériennes financent ce projet dont la portée économique demeure entièrement floue.

En résumé, Peugeot a choisi le Maroc pour développer l’industrie automobile locale et bâtir une plateforme régionale pour exporter vers le reste de l’Afrique comme le fait exactement Renault. En Algérie, Peugeot se contentera d’assembler des voitures pour les fourguer au client algérien en quête désespérée de voiture.

Nous sommes bel et bien face à un cadeau politique car à quoi servira l’usine algérienne de Peugeot étant donné que ce dernier mise gros sur le Maroc voisin ? Les autorités algériennes ont, décidément, cédé au lobbying français qui active efficacement pour préserver le leadership des marques françaises sur le marché automobile local. Il aurait été, pourtant, beaucoup plus pragmatique de privilégier un constructeur qui veut développer un sérieux projet industriel dans notre pays au lieu de composer avec son concurrent direct : le Maroc. Malheureusement, l’intérêt national est encore une notion étrangère à nos dirigeants…