OGEC. Très peu d’algériens connaissent cette entreprise syriano-libanaise qui a joué, pourtant, un rôle très important dans le scandale de corruption Sonatrach 2. OGEC, derrière cette entreprise au nom très obscur, nous retrouvons en réalité le très controversé Farid Bedjaoui, le facilitateur qui aurait permis à l’italien Saipem de décrocher 8 milliards de dollars de contrats en Algérie entre 2007 et 2009.

Farid Bedjaoui est également le mystérieux consultant qui a aidé le géant canadien SNC-Lavalin pour obtenir pour quelque six milliards de dollars de contrats algériens. Recherché depuis l’été 2013 par la justice italienne pour son implication dans la distribution de pots-de-vin au profit des dirigeants algériens  dans le cadre des contrats qu’il a fait arracher à ENI en Algérie, Farid Bedjaoui est également actionnaire dans cette mystérieuse société OGEC qui a vu brusquement son business fleurir en Algérie en décrochant des contrats très juteux entre 2007 et 2008.

Sans disposer de la moindre référence internationale dans le domaine pétrolier, OGEC obtient pour  pas moins de 623 millions d’euros de contrats avec Saipem en Algérie.  À qui appartient Ogec ? Les juges milanais pensent que la moitié de son capital appartient aux frères Bassam et à Ghassan Oues (ou Ouwes), les fondateurs de cette société qui possèdent des bureaux à Beyrouth et à Dubaï, tandis que 48 % reviendraient à Farid Bedjaoui et 1 % à un ressortissant italien qui avait jadis travaillé pour Saipem.

OGEC et la commission de 198 millions de dollars 

Selon plusieurs sources très bien introduites au sein de la direction générale de Sonatrach, OGEC a été utilisée par Farid Bedjaoui pour récupérer les 198 millions de dollars de commissions versées par le géant italien Saipem. Ce dernier aurait payé cette somme pour le compte d’un sous-traitant libanais appelé OGEC, une entreprise basée au Liban et qui compte, comme par hasard, parmi ses actionnaires le fameux Farid Bedjaoui, le neveu de l’ex-ministre des Affaires étrangères Mohamed Bedjaoui. Fardi Bedjaoui et Chakib Khelil se connaissent-ils ? Oui, nous répondent plusieurs sources qui ont connu et fréquenté les deux hommes. L’ancien ministre et le consultant homme d’affaires se côtoyaient dans plusieurs “salons” très prisés par la nomenklatura algérienne. Les deux hommes ont fait connaissance en 2002 justement à Beyrouth. Et depuis ce moment-là, Farid Bejdaoui n’a jamais cessé de collaborer avec l’ancien ministre de l’Energie.

Il n’est donc pas exclu que Chakib Khelil ait donné un coup de pouce pour permettre à la société de Farid Bedjaoui de décrocher un contrat juteux avec Saipem en Algérie en tant que sous-traitant, d’autant plus que OGEC ne détient aucune référence internationale dans ce domaine. Aucune nécessité économique ou stratégique ne poussait Saipem à recourir aux services de l’entreprise de Farid Bedjaoui. Plusieurs sources nous l’indiquent : cette entreprise a été imposée par la partie Sonatrach à Saipem. Mais en quoi consiste réellement ce contrat ?

Chakib Khelil a-t-il été rémunéré ? 

OGEC était chargée de poser et de fournir des pipelines au profit de Saipem en Algérie. 60 % du montant du contrat était payé en dinars et 40 % restants en devises sur des comptes bancaires hébergés au Liban. Chakib Khelil a-t-il été rémunéré pour ce service rendu ? C’est là qu’une enquête judiciaire sérieuse doit être enclenchée parce qu’aucune preuve matérielle ou tangible n’a été fournie pour prouver l’implication directe de Chakib Khelil dans la remise d’un pot-de-vin. D’ailleurs, le parquet de Milan en Italie, qui a enquêté sur cette affaire, n’a pas inculpé Chakib Khelil. Ceci dit, rien ne permet aussi, pour l’heure, d’écarter la possibilité d’une implication de l’ancien ministre.

Ce dernier pourrait toucher un virement de Farid Bedjaoui via des comptes bancaires offshore dans les paradis fiscaux. Cette piste doit faire l’objet d’une mûre et profonde enquête. Ce que la justice algérienne ne fait pas car elle demeure prisonnière des rapports de force qui déterminent les relations entre les différentes composantes du régime algérien.

D’autre part, le montant d’un pot-de-vin dans ce contrat ne peut guère dépasser les 18 ou 19 millions d’euros pour la simple raison, nous expliquent plusieurs sources bancaires très bien informées, qu’un contrat de pose et de fourniture de pipelines comprend plusieurs charges tels le coût du matériel et les taxes à payer, à l’image des 24 % de l’IRG sur les parts transférables à l’étranger. Toujours est-il que la corruption demeure de la corruption. Et en l’absence d’une justice fiable, nous risquons de ne jamais savoir si Chakib Khelil a touché un pot-de-vin.