Financements illicites, assassinats politiques et guerre sans raison : la relation avec le régime de l’ancien français Nicolas Sarkozy et celui du dictateur libyen, Mouammar Guedhafi n’a pas livré tous ses secrets. Mais grâce à deux journalistes français d’investigation, Fabrice Arfi, Karl Laske, on en sait désormais d’avantage.

Dans un livre intitulé Avec les compliments du guide, Sarkozy-Kadhafi, l’histoire secrète, sorti cette année chez les éditions Fayard, 2017, les deux journalistes rendent compte d’une enquête minutieuse qui conduit aux sources des relations entre le régime de Nicolas Sarkozy (même si cela remonte à la période Chirac) et le régime du Colonel libyen, tué en 2011. Les eux journalistes établissent d’ailleurs des liens suspects, voir directs, entre des financements libyens au profit de Nicolas Sarkozy et ses proches et la guerre qui ne cesse de détruire la Libye.

« La France, pourtant une démocratie, s’est vendue à une dictature entre 2005 et 2007 pour des intérêts qui ont un rapport avec l’argent sale et la raison d’État. Pour des intérêts convergents aussi », indique, à cet effet, le journaliste Fabrice Arfi, dans une longue interview accordée au site britannique middleeasteye.net.

Par « intérêts », le journaliste qui dit s’appuyer sur des documents irréfutables, authentifiés par la justice française et celles d’autres pays occidentaux, cite des financements que Kadhafi a donné aux dignitaires français, notamment durant la période allant de 2006 à 2007.

C’est la période qui a précédé l’élection présidentielle de 2007 qui a porté Nicolas Sarkozy aux cimes du pouvoir dans son pays. Il évoque l’existence d’un document, « une promesse de financement signée par Moussa Koussa, ancien chef des services de renseignement extérieur de la Libye, qui indique la somme de 50 millions d’euros ». « Ce document a été authentifié par la justice. Nous n’avons pas documenté le versement des 50 millions d’euros. En revanche, nous avons documenté plusieurs versements. Plusieurs flux d’argent ont été également documentés par la justice : par paquets de 500 000 euros, des virements qui font des sauts de puce entre l’Arabie saoudite, la Malaisie, et qui sont ensuite compensés par la Libye. Sommes qu’on retrouve dans les poches, par exemple, de Claude Guéant en mars 2008 pour acheter un appartement à Paris ou dans les poches de Dominique de Villepin en 2009 via exactement le même circuit qui mêle [l’homme d’affaires] Alexandre Djouhri et Béchir Saleh, l’ancien directeur de cabinet de Kadhafi », indique-t-il encore.

Plus loin, le journaliste pousse le bouchon plus loin. Jusqu’à mettre en doute les circonstances du décès de deux hauts dignitaires libyens qui en savaient trop. « L’ancien Premier ministre libyen Choukri Ghanem, celui qui consignait en 2007 les versements pour l’équipe Sarkozy, a été retrouvé noyé dans le Danube en avril 2012 ; Mohamed Albichari, un anti-kadhafiste qui a mis les services français sur la piste des enregistrements clandestins effectués par Kadhafi, est mort soudainement d’une crise de diabète à Tunis, lui aussi au printemps 2012 pendant la campagne présidentielle française. », raconte le journaliste.

Ce dernier soupçonne donc Sarkozy d’avoir déclenché, en 2011, la guerre en Libye pour cacher ces documents qui le remettent en cause. Même si, Kadhafi n’était probablement pas favorable à la divulgation de tels secrets. Mais les faits racontés sont extrêmement révélateurs de pratiques scandaleuses d’une partie de la classe politique française !