C’est l’un des concours les plus prestigieux et stratégiques de l’enseignement supérieur en Algérie. Les épreuves du Concours d’Accès au Résidanat de Médecine sont une étape importante qui permet aux étudiants algériens d’accéder aux spécialités médicales à la suite de 7 ans de dures et laborieuses études. 

 

Ce concours est basé sur trois épreuves : une épreuve médicale, une épreuve chirurgicale et une dernière en Biologie. Le résidanat est organisé au niveau des 11 facultés de médecine réparties à travers l’Algérie. Chaque mois d’octobre, les épreuves de ce concours se déroulent au sein de ces facultés situées dans les plus importantes villes du nord du pays.

Les quatre plus importantes facultés de médecine sont situées à Alger, Oran, Annaba, Constantine. Elles sont constitués des trois départements (médecine, pharmacie et chirurgie dentaire) et assurent le cycle gradué et post-gradué (spécialisation). Les six autres facultés, Tlemcen, Sidi Bel-Abbès, Batna ou Tizi-Ouzou, plus récentes assurent la formation graduée en médecine et dans quelques spécialités médicales. La plupart de ces facultés assurent une formation en pharmacie et en chirurgie dentaire. Pour la formation post-graduée, la faculté de médecine d’Alger a une vocation nationale.

Les examens du résidanat sont composés de questionnaire à choix multiples ou multiple (QCM). Les candidats à ce concours doivent répondre à 100 QCM pour chaque épreuve. Et comme l’examen régional et non pas national, les responsables de chaque faculté de médecine décident du contenu de ces QCM. Et tout le hic est là car ces QCM sont regroupés dans une banque de données et de questions préparées au préalable par les professeurs de la faculté.

Et ces dernières années, il ne se passe pas un seul concours de résidanat sans qu’un scandale de détournement de ces banques de QCM n’éclate au grand jour. La semaine passée, Algériepart a rapporté la colère estudiantine qui s’est déclenchée à la faculté de Médecine de Sidi-Bel Abbès où les étudiants ont dénoncé une manipulation des résultats de ce concours pour privilégier les enfants des notables de la région et des professeurs influents de la faculté «Taleb-Mourad» de l’université de Sidi Bel-Abbès.

En quoi consiste réellement le scandale ? Il s’agit de magouilles consistant à choisir une collection de questionnaire à choix multiples  “QCM” destinée pour une catégorie de candidats ciblés d’avance. Informés au préalable sur les banques de QCM ou des versions modifiées de celles-ci, ces candidats pistonnés réussissent ainsi à obtenir des notes excellentes qui leur permettent d’arracher les premières places du classement final.

Et grâce à ce classement arrangé, les candidats pistonnés et bénéficiant de la triche seront orientés par la suite dans les spécialités les plus prisées, et les plus rentables dans le secteur médical algérien, comme la cardiologie, la radiologie, l’ophtalmologie, la néphrologie ou la chirurgie cardio-vasculaire. Les prestations des cliniques et cabinets dans ces spécialités rapportent des millions de Da par mois et permettent souvent aux médecins algériens de bien gagner leur vie.

C’est ce qui explique qu’un large trafic s’opère du concours de résidanat. Et la faculté de Sidi-Bel Abbès n’est guère un scandale isolé. La semaine passée, c’est à la faculté de Médecine de Tlemcen qu les suspicions ont vu le jour lorsque l’affichage des résultats du concours de résidant avait dévoilé des notes de plus de 19 /20 obtenues par des candidats dont les noms coïncidaient avec ceux de profs en médecine et de certains riches milliardaires de la ville. Comme on le remarque dans les documents mis à la disposition de nos lecteurs, la première lauréate du classement à la faculté de Médecine de Tlemcen a obtenu la magistrale note de 19.5 alors que la médecine est une discipline très complexe.

Peut-on être un génie aussi brillant que cela pour obtenir une note si remarquable ? Les soupçons de triche se renforcent lorsqu’on s’aperçoit que le deuxième du classement a décroché à peine 16.08. En plus, la différence entre les notes du cursus et celles du concours de résidanat sont impressionnantes. Le candidat qui occupe la première place du podium a réalisé une moyenne de cursus d’à peine 12.39 alors que sa note du concours est de… 19.58.

Un écart qui défie l’imaginaire. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises puisque nous apprenons également au cours de nos investigations que les résultats des deux soeurs de la candidate classée première en 2017 sont encore plus épatants. En effet, comme par hasard, lors du concours de résidanat de 2011 la soeur de la première lauréate du concours de résidanat 2017 de la faculté de Médecine de Tlemcen a décroché elle-aussi la première place du classement final avec une moyenne de 18,66. Et pourtant, sa note du cursus ne dépassait pas les 13,64…

Et nous retrouvons quasiment la même configuration des résultats dans de nombreuses autres facultés de médecine à travers le pays. C’est ce qui explique les scandales qui éclatent d’une année à une autre. Rassemblement, contestation, accusations de triche, le concours de résidanat ouvrant droit au choix de la spécialité selon le classement final est plus que jamais sujet à polémique. Les autorités finiront-elles par revoir son fonctionnement et son organisation ?