L’affaire de l’avion Q200 Bombardier de la compagnie Tassili Airlines qui a été dérouté en urgence vers l’aéroport d’Oran n’a pas encore livré tous ses secrets. Et pourtant, le 14 octobre dernier, cette alerte a semé une véritable panique à Oran obligeant tous les services de sécurité de se mobiliser pour parer au pire. 

Officiellement, la direction générale de Tassili Airlines n’a rien voulu dire sur cet incident qui demeure mystérieux. Le direction de l’aviation civile algérienne observe le même silence intriguant. Aucune instance officielle ne veut fournir la moindre explication alors que cette fausse alerte de détournement a suscité de nombreuses interrogations.

Seul le Pilote de ligne, expert judiciaire et enquêteur sur les accidents et incidents aérien, Benzerroug Mohamed Redouane a pris l’initiative de rédiger tout un rapport pour le communiquer au ministère des Transports. Algériepart a obtenu une copie de ce rapport détaillé où cet expert décrypte l’incident qui aurait pu se transformer en une grave atteinte à la sécurité nationale.

Et dans ce rapport, Benzerroug Mohamed Redouane démontre que l’équipage du du vol N° SF-2210, reliant Alger à Tlemcen avec 25 personnes, a bord a bel et bien enclenché le code transpondeur (S) « 7500» qui “correspond à une intervention illicite à bord de l’avion, ce qui se traduit par une prise d’otage, détournement ou attaque terroristes en vue de faire crasher l’avion sur un site stratégique ou sur la population,  etc”, indique cet expert.

“Tout  près d’Oran , l’équipage a affiché sur leur transpondeur le code 7500. Une alerte générale fut déclenchée et des avions de chasse de  la défense aérienne ont décollé pour intercepter l’avion de Tassili Airlines”, assure le même expert qui est consulté par la justice algérienne dans de nombreux dossiers concernant le secteur aérien.

“Pendant tout ce temps, aucune communication n’a pu être établie avec le commandant de bord et son copilote. Le ciel fut dégagé et tous les autres avions furent déroutés donnant ainsi la priorité à l’avion en situation de détournement pour qu’il puisse atterrir à Oran en toute sécurité. A cet instant, il était près de la région d’Arzew et s’il avait dévier de sa trajectoire de plus de dix degrés, la défense aérienne aurait pu l’interpréter  comme une opération kamikaze et aurait abattu l’appareil”, raconte encore Benzerroug Mohamed Redouane pour nous expliquer les menaces qui pèsent sur la sécurité nationale en raison d’une telle situation compromettante.

Fort heureusement, le pire a été évité puisqu’à la surprise générale, le commandant de bord communique à nouveau avec la Tour de contrôle de l’aéroport d’Oran pour demander “la dernière météo”, indique le même rapport en notre possession qui confirme les informations rapportées par la suite par Algériepart : après son atterrissage, l’avion de Tassili Airlines est immobilisé, sécurisé et quadrillé par les services de sécurité.

Mais le danger n’est toujours pas écarté à cet instant puisque selon Benzerroug Mohamed Redouane, “le commandant de bord ne communique toujours pas avec les services de sécurité et n’ordonne pas l’ouverture des portes et ce silence va durer plus de cinquante minutes durant lesquelles il va laisser de nombreux équipements de l’appareil en marche”. 

Personne ne comprends ce qui se passe pendant ces longues 50 minutes. Et subitement, le pilote finit par parler et les portes de l’avion sont ouvertes. Le commandant de bord affirme enfin que tout se passe bien !

D’après notre expert, le commandant de bord a procédé à cette manœuvre suspecte pour effacer “la durée réglementaire totalisant les deux heures de l’enregistreur de l’avion”. En effet, chaque deux heures, l’enregistreur de l’avion, le CVR comme l’appellent les pilotes, s’efface et enregistre de nouvelles séquences.  “C’est ainsi que le commandant de bord de l’avion a effacé tout l’enregistrement de son appareil ne laissant aucune trace compromettante lorsqu’il sera auditionné à la suite de l’incident qu’il vient de provoquer”.

Benzerroug Mohamed Redouane confirme enfin que le ministère des Transports a bel et bien ouvert une enquête. Mais celle-ci bloque en raison de l’absence de l’enregistrement qui relate ce qui s’est passé exactement dans la cabine de pilotage de l’avion. Le même expert rapporte en dernier lieu des informations terrifiantes à propos de la gouvernance de la compagnie Tassili Airlines.

Le commandant de bord du Bombardier Q200 qui devait relier Alger à Tlemcen montrait depuis longtemps, selon Benzerroug Mohamed Redouane, des “signes inquiétants” et “se comportait dangereusement”. Très colérique et avec des antécédents de troubles psychiques, “son état psychologique et mental” aurait du interpeller depuis longtemps la direction générale de Tassili Airlines, estime le même expert qui appelle le ministère des Transports à déconseiller aux passagers algériens de prendre les vols de Tassili Airlines en l’absence d’une enquête approfondie sur sa gestion.

L’auteur de ce rapport rappelle également que le commandant bord qui a causé une frayeur à toutes les institutions sécuritaires du pays à travers son comportement très dangereux est le responsable de la direction de la formation de Tassili Airlines. “C’est lui qui décide pour la formation et le choix du recrutement et c’est lui qui décide pour la promotion des pilotes”. Que se passe-t-il réellement au sein de Tassili Airlines ?