Incroyable, mais vrai ! Pendant de nombreuses années, la Sonelgaz a donné des pensions complémentaires à des personnes décédées. Des milliards de centimes ont été ainsi dépensés officiellement sur des personnes qui n’étaient plus de notre monde. Ce gâchis financier a duré notamment de 2003 à 2011. Notre enquête. 

C’est une affaire qui ne manquera de susciter un véritable scandale notamment en cette période de crise financière où la Sonelgaz est tout bonnement menacée de faillite.

Tout a commencé à partir de 2003 lorsque la Sonelgaz, l’une des 5 grosses entreprises publiques en Algérie, avait pris en charge la gestion du fonds de retraite complémentaire des travailleurs. Auparavant, entre 1997 et 2003, ce fonds relevait de la mutuelle des travailleurs de l’électricité et du gaz (MUTEG). Il faut savoir que ce fonds des retraites complémentaires a été créé en 1997 pour compenser les pensions des travailleurs ayant pris leur retraite entre 1986 et 1997. Plus de 8000 travailleurs bénéficiaient des pensions de ce fonds.

Chaque année, ce fonds disposait d’un budget qui atteint le 1 milliard de DA, à savoir près de 10 millions d’euros. Une cagnotte qui a de quoi faire saliver. Et en janvier 2012, la gestion de ce fonds est revenue à la MUTEG alors qu’un conflit l’opposait à la direction générale de la Sonelgaz depuis 2002. La MUTEG entame une expertise de ce fonds et reconnaît qu’elle doit rendre à la Sonelgaz près de 49 millions de DA alors que la direction générale de l’entreprise chargée de la distribution de l’électricité à travers tout le pays réclamait pas moins de 120 millions de Da.

Cependant, au cours des examens menés pour vérifier la légalité des opérations financières réalisées par le fonds de retraite complémentaire, les responsables de la MUTEG découvrent des paiements de pensions ont été effectuées qu’entre 2003 et 2011 au profit de personnes décédées. Durant toutes ces années, des pensions variant entre 5000 et 6000 Da par mois ont été accordées à des personnes décédées. Mais aucune trace des virements bancaires n’a été retrouvée ! De 2003 jusqu’à 2011, la direction générale de Sonelgaz n’a établi aucun bilan comptable et financier. Les rapports du commissaire aux comptes ont disparu mystérieusement. Les examinateurs de la MUTEG n’ont même pas retrouvé les procès verbaux du conseil de gestion de ce fonds et la direction générale de Sonelgaz a refusé de fournir les états de rapprochement bancaire de toutes ces années où elle avait la responsabilité de gérer près de 10 millions d’euros de pensions par an.

Des anomalies qui aboutiront rapidement à un scandale entaché de soupçons de corruption. Algériepart a obtenu tous les documents démontrant réellement qu’au moins 216 personnes décédées ont touché des pensions complémentaires chaque mois pendant 7 ans.

Ces deniers publics ont été donc dépensés sans aucun contrôle ni aucune traçabilité. Algériepart dispose de tous les listings résumant les montants exacts de ces pensions payées dans des conditions plus que troublantes. Nous détenons également les copies des actes de décès démontrant que les personnes ayant bénéficié de ces pensions pendant des années sont bel et bien mortes.

Le 12 novembre 2013, tout un rapport détaillant les malversations et anomalies illégales de la gestion du fonds de retraite complémentaire de la Sonelgaz a été transmis au directeur général de l’office central de répression de la corruption comme le montre ce document en notre possession :

Les enquêteurs relevant de la police judiciaire de la sûreté d’Alger (DGSN) ont interrogé un premier témoin, un haut cadre de la MUTEG. Mais aucune suite n’a été donnée et ce dossier est resté dans le tiroir de notre justice alors qu’il s’agit d’un probable détournement de plusieurs milliards de nos deniers publics puisque d’importants virements bancaires ont été effectués sans la moindre traçabilité au profit de personnes déjà mortes.

Sur la base d’une simple estimation réalisée par la Rédaction d’Algériepart en s’appuyant sur les listings que nous avons obtenu suite à nos investigations, nous avons calculé qu’au moins 155 millions de Da ont disparu par enchantement durant 7 ans sans qu’aucun bilan financier ou comptable n’explique la destination réelle et définitive de cet argent. Un examen approfondi et détaillé des listings de toutes les personnes décédées ayant touché des pensions complémentaires à la Sonelgaz entre 2003 et 2011 fera certainement ressortir des montants faramineux d’argent qui ont été savamment “détourné” au yeux et au vu de la direction générale de Sonelgaz. Celle-ci doit s’expliquer en urgence face à cet incroyable imbroglio financier.