Après s’être fait une place au sein de l’Union Africaine, le Maroc compte renforcer son influence en Afrique de l’Ouest en intégrant la Cédéao. Une percée encouragée par la France mais qu’Alger est déterminé à freiner.

Le plan de “guerre” a été élaboré et approuvé. Alger n’en peut plus du partenariat franco-marocain en Afrique. Le ministre des affaires étrangères, Abdelkader Messahel qui veut faire oublier le charisme de son prédécesseur Ramtane Lamamra, est parti en croisade contre l’axe Paris-Rabat. La sortie médiatique très agressive du ministre contre le Maroc lors de l’Université d’été du FCE, le puissant patronat algérien présidé par le milliardaire Ali Haddad, n’est que le premier épisode d’un feuilleton écrit dans les coulisses par le chef de la diplomatie algérienne.

Alger s’est fixé comme ultime objectif de mettre la pression sur les intérêts français et marocains sur le continent africain. L’Algérie ne pardonne pas à Macron de s’être aligné sur la stratégie africaine du Maroc. La diplomatie française qui encourage la percée du Maroc en Afrique a suscité le courroux du président Abdelaziz Bouteflika et de son entourage. Exit Lamamra et son sens légendaire du compromis et de l’élégance diplomatique. Désormais, c’est un chef de guerre ambitieux qui est aux manettes. La feuille de route d’ Abdelkader Messahel est très claire : inverser le plus rapidement possible les rapports de force en Afrique et bloquer les avancées de l’attelage Rabat-Paris.

Le blocage du front polisario

Un rendez-vous important se profile à l’horizon : le prochain sommet Afrique-Europe de novembre 2017 à Abidjan. 27 chefs d’Etat européens et 40 chefs d’Etat Africains sont attendus dans la capitale ivoirienne pour parler du renouvellement des relations entre le vieux continent et l’Afrique. Sauf que dans les coulisses, l’Algérie s’estime poignardée dans le dos par les réseaux du Quai d’Orsay qui incitent les organisateurs ivoiriens et d’autres membres de l’Union d’Africaine à accéder au voeu marocain d’exclure les représentants du front Polisario de ce cadre institutionnel pour débattre des coopérations entre les pays de l’Union européenne et d’Afrique.

En arrachant l’absence des défenseurs du Sahara Occidental, Rabat obtiendrait une importante victoire diplomatique lui permettant de poursuivre son opération séduction en Afrique. L’Algérie ne peut pas rester les bras croisés face à ce plan marocain soutenu par la France.

Lobbying en Afrique

Les enjeux ne se limitent pas uniquement à la question Sahraouie. L’Algérie tente le tout pour le tout afin de limiter l’influence du Maroc sur la coopération économique entre l’Europe et l’Afrique. Les autorités algériennes estiment que l’Union Européenne se montre trop bienveillante à l’égard du Maroc qui bénéficie d’une attention particulière au détriment des autres pays de la région dont le potentiel économique et industriel est nettement plus important. Et pour interpeller les partenaires européens, Messahel leur envoie un message direct : ne faites pas comme les français qui privilégient les uns au détriment des autres. Le ministre a même entamé une opération de lobbying dans plusieurs pays du Sahel pour rallier les chefs d’Etat africains.

En Mauritanie comme au Niger et au Mali, Messahel n’a pas cessé d’argumenter contre “les dangers de l’infiltration marocaine” au sein la Commission de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Avec ses alliés au Nigeria et en Angola, le ministre envisage de stopper net les avancées de l’axe Rabat-Paris. Le prochain sommet Europe-Afrique sera un test grandeur nature pour évaluer l’efficacité de ce plan.

En collaboration avec Mondafrique