Depuis la déclaration d’une «guerre contre la terreur» et les premières invasions de l’Afghanistan et de l’Irak, le monde a été témoin d’une énorme prolifération d’entreprises militaires privées et de sociétés de sécurité cherchant à profiter de l’instabilité et des conflits mondiaux.

 

Il y aurait plus de 130 sociétés privées de sécurité françaises qui revendiqueraient une activité internationale. Seules quelques-unes d’entre elles réalisent 95 % du chiffre d’affaires du secteur : Geos (480 personnes, 38 millions d’euros de chiffre d’affaires revendiqué en 2010), Risk and Co (120 personnes, 20 millions d’euros), Amarante (plus de 130 personnes, et un CA supérieur à 10 millions d’euros), Gallice (50 personnes, 5 millions d’euros). Un marché qui reste bien faible comparé à celui de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis, qui sous-traitent depuis longtemps une part de leurs forces, armées et de police. L’Etat américain a versé 85 milliards de dollars, soit 64,5 milliards d’euros, aux Sociétés de sécurité en Irak entre 2003 et 2007).

 

La plupart de ces sociétés emploient d’anciens officiers de l’armée et des services de sécurité. Le Groupe OLIVE, fondé et dirigé par les frères Chris et David St. George avant sa fusion avec le groupe CONSTELLIS en 2015, avait racheté au mois de septembre 2013, le STIRLING Group.

 Michael LORD est le Directeur Général en charge de l’opérationnel et du développement commercial au sein du groupe RedMed, dirigé par la famille FECHKEUR, en AlgérieAprès une longue carrière au sein des services de sécurité de l’armée Britannique ou il avait servi au régiment de parachutiste de la force d’intervention au Sri Lanka, et au sein de la police militaire royale, il a fondé en 1993 la société STIRLING, une société de sécurité engagée dans la protection de sites pétroliers.

 De nombreux contrats, durant la décennie noire, avaient alors été signés pour la protection des sociétés : BP, SHELL, EXXON MOBIL

 Après son tragique échec ayant exposé son incapacité à protéger le site de Tigentourine à In-Amenas, attaqué par des terroristes le 16 janvier 2013 qui avait coûté la vie à plusieurs dizaines de civils, l’infortuné Michael LORD revient à nouveau donc en février 2016 en Algérie pour proposer conseils et portefeuille de contacts au sein du conseil d’administration du groupe de son ancien partenaire : RedMed.

Le droit algérien ne permettant pas à des sociétés de sécurité étrangères d’exercer ce métier, ces sociétés étrangère en général ouvrent des bureaux avec un partenaire local et délèguent généralement une ou plusieurs personnes pour conseiller le directeur sur les questions de sécurité. Le domaine des entreprises de sécurité est régi par le décret législatif n°16-93 du 4 décembre 1993 et par une série de textes d’application. En 2011 déjà, deux députés français, Christian Ménard de l’UMP, et Claude Viollet, du PS, s’étaient rendus à plusieurs reprises en Algérie pour tenter d’obtenir des officiels algériens l’autorisation pour l’implantation de sociétés militaires privées en Algérie qui emploient exclusivement d’anciens militaires.

 

Le rapport que ces deux députés avaient produit mentionnait une expérimentation en cours en Algérie, pour la protection d’enceintes diplomatiques. Ainsi et en d’autres termes, les opérateurs étrangers officiant dans le domaine des hydrocarbures acceptent d’investir en Algérie mais restent méfiants quant à la capacité des autorités à assurer certains aspects de leur sécurité

D’où le recours à cette expertise étrangère alors que ces prestations devraient être fournies par les sociétés algériennes. En Algérie, quelques sociétés étrangères se partagent de manière monopolistique l’étude, du conseil et de l’assistance en sécurité des installations pétrolières et gazières.

 Selon plusieurs sources, l’octroi des marchés se ferait le plus souvent de gré à gré et suivant des procédures opaques. ‘’La gestion de ces sociétés est peu transparente, ce n’étaient les informations émanant de mouvements de protestation de certains agents de sécurité, dont les salaires sont moitié moindres par rapport à ceux pratiqués par les sociétés dépendant d’opérateurs publiques.’’ Affirment les mêmes sources.

 

 GEOS

La société française GEOS, dont le bureau était sis à Hydra, est dirigée par le Général et inspecteur général des armées : Didier BOLLELI, il est le président de son directoire après avoir dirigé le service opération de la DGSE et géré la DRM (Direction du renseignement militaire)GEOS recrutait essentiellement d’anciens parachutistes et d’ex-légionnaires pour ses activités en Algérie. GEOS a fini par se retirer du fait de l’implication de son chef de bureau à Alger, Mr Michel LUC, dans une affaire d’espionnage industriel dont Renault a été victime au profit d’une entreprise concurrente chinoise.

 

AMARANTE

 L’autre entreprise française présente depuis 2009 en Algérie est la société AMARANTE. Elle a été rachetée par la société SERIS en octobre 2015AMARANTE avait été créée en 2007 par Alexandre HOLLANDERofficier supérieur des forces spéciales françaises et du renseignement et Pierre Antoine Lorenzi, ex-cadre du ministère français de la DéfenseLorenzi a en effet occupé le poste de directeur de cabinet de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE)Suite au rachat de CPC, la société de sécurité et d’intelligence économique de l’ex-commissaire divisionnaire Charles MELLIGRINI, qui avait dirigé l’Office Central pour la Répression du Bandistisme (OCRB) ainsi que la cellule anti-terroriste de l’Elysée, AMARANTE récupère le contrat de la sécurisation des avions et des équipages d’Air France à l’aéroport Houari BOUMEDIENE  à Alger. 

 

Or, il s’avère que la compagnie aérienne française aurait bénéficié d’un droit unique qui lui permettait, depuis la reprise des vols vers Alger, d’imposer ses propres mesures de sécurité. Certaines sources affirment qu’AMARANTE alors managée par Philippe BARDELLI à Algerdisposait même de personnels postés sur le tarmac dont la mission était de contrôler tous les intervenants depuis l’atterrissage jusqu’au décollage des avions d’Air France

 Une situation qui peut être qualifiée d’atteinte à la souveraineté et de défaut de confiance vis-à-vis des autorités algériennes.

 

CONTROL RISKS

 

La société anglaise Control Risks, qu’Algeriepart a évoqué dans une de ses éditions, est un des leaders mondiaux de la gestion des risques globaux, elle a été créée en 1975 par un officier de l’armée britannique et a passé un contrat avec le gouvernement britannique pour la sécurité en Irak en 2008, en Algérie également pour la sécurisation des installations pétrolières. 

AFRICA FACILITIES MANAGEMENT CO

 

La société Africa Facilities Management Co (AFMC) une joint-venture entre la société de sécurité STIRLING Group, enregistrée à Malte et dirigée par Michael LORD et RedMed de la famille FECHKEUR.

 STIRLING est connue pour employer d’anciens gradés des SAS et SBS, l’élite des forces spéciales britanniques. Comme mentionné plus haut, STIRLING a failli pour sa part dans la sécurisation du site de Tigentourine. 

Selon John HILARY, le directeur exécutif de War on Want, une association caritative britannique « le fait que les gouvernements et les entreprises aient recours à des armées privées était autrefois une exception. C’est aujourd’hui devenu la norme, les Etats et les sociétés refusant d’assumer la responsabilité de l’usage de la violence et de la force ». Il ajoute, « « l’augmentation alarmante du nombre de mercenaires qui combattent dans des zones de conflits à travers le monde » et dénonce « le retour des “chiens de guerre”. »

Dans ce marché de la sécurité, pesant plusieurs centaines de millions d’euros, investi par des militaires étrangers sous couvert d’entreprises privées de sécurité en Algérie, plusieurs questions nous interpellent. Nos services de sécurité contrôlent-ils les domaines d’intervention de tous ces agents de services de sécurité étrangers sur notre sol ?

 Ces opérations de partenariat et de sous-traitance font elles peser un réel péril sur la sécurité nationale ? Les contrats liant les entreprises étrangères de sécurité et les opérateurs pétroliers en Algérie sont-ils signés en Algérie ?

Les prestations fournies aux entreprises étrangères présentes en Algérie par ces sociétés de sécurité sont-elles facturées en DA ? Le personnel expatrié de ces officines étrangères possède-t-il une autorisation de travail et de séjour dans notre pays ?

 Comment peut-on admettre d’employer en Algérie des ex-agents de forces spéciales étrangères ayant démontré leurs défaillances en Algérie même ? Autant de questions sur lesquelles Algériepart reviendra prochainement dans une nouvelle enquête en cours de préparation.