Le projet était prometteur et il devait aboutir à une véritable activité industrielle qui contribue au développement économique de l’Algérie. Spécialisée dans la production d’ammoniac et d’urée et basée à Arzew (Oran), Sorfert Algérie est une joint-venture entre les égyptiens d’Orascom Construction and Industries (OCI) avec 51% des parts, et la compagnie pétrolière nationale Sonatrach qui en détient 49% des actions. Le contrat de partenariat a été conclu avant le recadrage des investissements étrangers décidé par la loi de finances complémentaire 2009, ce qui explique la raison pour laquelle Orascom détient 51%.

Le projet a nécessité pas moins de 2,2 milliards de dollars qui a été financé à hauteur de 70% par un consortium de banques publiques algériennes avec la BEA comme chef de file contre 30% pour Sonatrach et OCI. Au final, cet investissement s’est transformé petit à petit en un scandale qui a dévoilé une véritable “caisse noire” alimentée par des transferts illicites de devises.

Tout a commencé en 2015 avec une tentative de transfert de pas moins de 16 millions de dollars à l’étranger a été faite via la BEA. Une somme représentant officiellement les salaires des employés étrangers de l’entreprise, alors qu’aucun texte ni autorisation n’avait fait mention du recrutement d’employés à l’étranger. Cette opération a confirmé les soupçons des autorités judiciaires qui ont ouvert une enquête auprès du pôle judiciaire spécialisé au tribunal d’Oran en 2012.

Officiellement, cette enquête a commencé suite au refus du commissaire aux comptes de la Sorfert de valider un certain nombre d’opérations financières accomplies par la Sorfert Algérie où la partie égyptienne, qui dispose de 51% des parts et assure la gestion, en a informé la justice.

La justice s’empare de ce dossier découvre rapidement que la partie égyptienne a tenté de transférer à l’étranger près de 300 millions de dollars. Le scandale éclate et un procès retentissant début dans le sillage des scandales de corruption qui ont ébranlé la Sonatrach.

Hier mercredi, le tribunal du pôle pénal spécialisé d’Oran a rendu son verdict dans cette affaire en prononçant des peines de 5 et 2 ans de prison ferme à l’encontre respectivement de l’ex Directeur général de la société “Sorfert Algérie SPA”  actuellement en fuite, et un responsable financier.

La même peine a été requise à l’encontre d’un chef de service de l’agence d’Arzew de la Banque extérieure Algérienne (BEA) et le directeur de cette banque, mais ces derniers ont été relaxés par le tribunal. Le tribunal a en outre confirmé l’émission d’un mandat d’arrêt international à l’encontre de l’ex-Dg en fuite, de nationalité égyptienne. Selon le verdict, la société Sorfert devra verser aux impôts la somme de 335 millions DA, ainsi que 10 millions DA d’amende au trésor public.

Soulignons enfin que le représentant du ministère public avait, lors du procès qui s’est tenu le 4 octobre dernier au pôle pénal spécialisé d’Oran, requis la dissolution pure et simple de la société Sorfert. C’est dire que notre pays ne risque jamais de récupérer l’investissement de 2,2 milliards de dollars. Quel gâchis…