La crise financière que subit en ce moment l’Algérie est une reproduction des événements 80 qui ont conduit à la révolte d’octobre 1988. C’est du moins ce que vient de constater l’ancien chef du gouvernement, Sid Ahmed Ghozali, qui craint de nombreuses turbulences pour l’avenir du pays. 

“Ce qui s’est passé en Algérie durant ces dix-sept dernières années est un copier-coller de ce qui s’est passé de la fin des années 1970 jusqu’aux événements d’octobre 1988 (qui ont provoqué l’effondrement du parti unique)”, a précisé Sid Ahmed Ghozali dans un entretien accordé à l’édition africaine du magazine Le Point.

“Le successeur de feu Houari Boumediene avait inauguré son mandat avec un prix de baril à 12,35 dollars. Pour cause de révolution iranienne, le prix s’est envolé en deux mois de 12 à 19 dollars et en six mois de 19 à 25 dollars, jusqu’à atteindre les 43 dollars en 1980. Grisé par une sorte d’euphorie financière, le gouvernement a remboursé les emprunts extérieurs par anticipation, pour pouvoir claironner urbi et orbi « nous avons remboursé la dette que nous a laissée Boumediene ». En 1985, les prix se sont mis à s’effondrer”, a raconté Sid Ahmed Ghozali selon lequel l’Algérie emprunte la même voie que celle qui a causé la crise politique des années 90.

A la fin des années 80, l’effondrement des prix du pétrole “a conduit les apprentis sorciers de l’époque à emprunter de l’argent pour acheter de la semoule et du lait en poudre chez les surplus de la CEE (Communauté économique européenne) à l’insu du peuple car on avait annoncé à celui-ci trois ans plus tôt que « nous avons désendetté l’Algérie »”, témoigne encore Sid Ahmed Ghozali.

“Le taux d’endettement est passé en deux ans et demi de 0 à 70 %. En 1999, le baril était à 19 dollars. Le prix est passé à 50 dollars puis 70, puis 100 et enfin 150 dollars. À trente ans de distance, nous avons reproduit à l’identique le scénario des années 80 oubliant où nous a conduits ce dernier en octobre 1988 (émeutes)”, conclut enfin l’ancien Chef du gouvernement qui avait développé de nombreuses ambitions politiques au cours de ces dernières années.