A Hydra, la banlieue résidentielle chic de la capitale Alger, le foncier rapporte tellement qu’il provoque les scandales les plus déconcertants. Preuve en est, au chemin Parmentier et à la rue de l’Oasis, un bien de l’Etat a été détourné et bradé dans des conditions troublantes. Aujourd’hui, il est proposé à la vente par deux frères à pas moins de 480 millions de DA, à savoir 48 milliards de centimes… 

Et ces frères l’ont acheté exactement à 3,6 millions Da, c’est-à-dire 360 millions de centimes, comme le montrent les documents obtenus Algériepart.

Et le plus beau est encore à venir : les deux frères Lakhder et Houcine Saâdoun, ont acquis en septembre 2015 un terrain de 1001 mètres carrés en se basant sur les dispositions de la loi 81-01 qui permet à un acquéreur privé de racheter un bien de l’Etat au prix du foncier fixé par les pouvoirs publics durant les années 80. Or, la loi oblige que cet acquéreur occupe ce bien de l’Etat pendant au moins 10 ans. La demande du rachat de ce bien doit être également déposée auprès de la directions des domaines avant le 31-12-2000.

Suite à ses investigations, Algériepart a découvert qu’en réalité, le “lot 61”, en référence à ce bien, acquis à un prix entièrement bradé n’est plus un bien de l’Etat puisqu’il appartient en grande partie à la famille du défunt Abdelkader Ould Hamou, ancien Moudjahid et l’un des premiers commissaires de police de l’Algérie indépendante.

En effet, par une extraordinaire magie, l’administration foncière a délivre le 21 septembre 2015 le livret foncier et l’acte de propriété aux frères Saâdoun, une prouesse incroyable puisque rares sont les Algériens qui réussissent à obtenir le même jour ces deux documents administratifs alors que les 744 mètres carrés de ce terrain appartiennent toujours à Ali Ould Hamou, le fils d’Abdelkader Ould Hamou, comme le démontre ce document en notre possession :

Ali Ould Hamou avait hérité ce terrain de son défunt père qui l’avait acquis en 1967. A cette époque, le défunt commissaire avait acquis ce bien de l’Etat qui s’étalait sur une superficie de 1653 mètres carrés. Et lors de l’adoption de la loi 81-01, Abdelkader Ould Hamou concède à son fils 744 mètres carrés pour entrer en conformité avec les dispositions de cette loi qui interdisait aux propriétaires algériens de posséder plus de 1000 mètres carrés d’un bien de l’Etat comme l’indique ce document obtenu par nos soins :

Les frères Saâdoun ont donc racheté un terrain qui appartenait légalement à une autre personne ! Cette situation inédite va encore s’aggraver puisque les nouveaux propriétaires vont obtenir un permis de démolition qui va leur permettre de détruire leur villa et une partie de la bâtisse de la famille Ould Hamou. La Mairie de Hydra a délivré ce permis de démolition alors que le secrétaire général de l’APC, Abdellah Assil, disposait de toutes les informations indiquant que cet lot appartient bel et bien aux Ould Hamou. Une famille qui se retrouve du jour au lendemain agressée et dépossédée de son propre bien.

Les travaux de démolition menés par les frères Saâdoun ont permis de dégager toute une parcelle foncière qui fait rêver tous les promoteurs immobiliers. Cependant, Leila Ould Hamou, la fille du défunt Moudjahid, s’oppose aux desseins des spéculateurs et mène une véritable guerre pour préserver les droits de sa famille. Une bataille qui lui coûtera une agression caractérisée le 28 juillet 2017 où elle s’est retrouvée au milieu de 10 hommes qui ont failli la lyncher parce qu’elle avait osé dire non à ce “trafic de foncier” qui mine profondément la commune très prisée de Hydra depuis des années.

En réunissant tous les documents et les preuves nécessaires, elle a saisi la justice et toutes les autorités compétentes pour stopper ce qu’elle qualifie de “spoliation”. L’affaire est toujours en cours et la justice fait preuve d’un immobilisme inquiétant. Algériepart poursuivra ses investigations sur ce dossier et publiera bientôt de nouvelles révélations.