Les Algériens sont choqués et scandalisés. Vendredi soir, l’ENTV, la télévision étatique financée en partie avec l’argent du contribuable algérien, a diffusé des images très horribles sur les événements tragiques de la décennie noire. 

Des bébés éventrés, des personnes égorgées, des femmes étrillées et des corps chétifs tailladés qui se juxtaposent dans des fosses communes, l’ENTV a fait preuve d’un manque cruel de retenue. La télévision étatique a diffusé un documentaire qui ne correspond nullement à la conception de l’information des journalistes des équipes d’un média appartenant au service public. Dans le monde entier, une télévision publique se doit de respecter une conception très rigoureuse de l’éthique journalistique.

Une télévision publique doit faire preuve de prudence et de retenue pour protéger la dignité humaine et de la douleur des personnes touchées par les tragiques événements liés au terrorisme.

En diffusant les photos dégradantes des victimes de la décennie noire, l’ENTV a manqué de respect à la mémoire des Algériens. Une mémoire qui n’est pas encore apaisée et des blessures vives ne sont pas encore cicatrisées. Pour l’heure, la direction générale de l’ENTV n’a fourni aucune explication à ses voix critiques de plus en plus nombreuses à réclamer des excuses publiques à la suite de ce dérapage inqualifiable. L’ENTV aurait dû faire un travail d’analyse et de réflexion avant de réaliser un tel documentaire traitant d’une question aussi délicate. Mais la chaîne étatique a-t-elle reçu des instructions fermes pour terrifier les Algériens à travers la diffusion de ces images qui heurtent leur sensibilité ? C’est fort probable d’autant plus que ces images ont été diffusées dans un contexte politique marqué par de fortes tensions et une sérieuse remise en cause de la légitimité des tenants du pouvoir. Affaire à suivre…