Très peu d’Algériens connaissent les Kouninef, infiniment discrets mais ô combien influent auprès de la Présidence algérienne.

La famille Kouninef est dans les affaires en Algérie depuis les années 70. Le père fondateur de cette famille devenue l’une des plus riches en Algérie a été depuis longtemps l’un des amis les plus proches d’Abdelaziz Bouteflika. Lorsque ce dernier faisait sa traversée du désert dans les années 80, il a toujours trouvé une main tendue chez ses amis, les Kouninef, qui n’ont jamais hésité à le secourir financièrement. Et comme la gratitude et la reconnaissance sont des valeurs très chères à Bouteflika, les Kouninef ont agrandi significativement leur empire depuis 1999, date à laquelle Abdelaziz Bouteflika accède au pouvoir.

Aujourd’hui, à la tête de l’empire Kouninef, nous retrouvons les trois frères Karim, Réda et Noah. Karim, l’homme qui figure sur la photo qui illustre notre enquête, est l’aîné et celui qui mène une véritable vie mondaine. Mais Réda Kouninef, le deuxième des trois frères, est le cerveau de cette famille d’affaires car il est celui qui vit au sein du sérail algérien avec  les relations privilégiées qu’il entretient avec la famille Bouteflika. Né en 1970 à Oran , Karim est, néanmoins, l’aîné de trois frères et une soeur. Pour apprendre le sens des affaires, son père l’oblige à découvrir les chantiers à l’âge de 12 ans. Au moment où toute sa famille s’apprêtait à partir en vacances, Karim travaillait dur.

Le prince des oligarques

“C’était une belle leçon de vie que je n’ai pas regrettée”, dira plus tard Réda qui préside aujourd’hui aux destinées du groupe familial, l’un des plus importants groupes privés en Algérie. Après des études à Pasteur à Oran, il part en 1989 suivre un cursus en Suisse où il obtenu la première partie de la maturité, équivalent du baccalauréat. Par la suite, il décroche un diplôme de commerce et revient au pays afin de reprendre des chantiers à Hassi Messaoud là où le groupe familial a obtenu plusieurs marchés juteux.

La société phare du groupe familial s’appelle KOUGC. Cette entreprise concentre les activités les plus onéreuses et lucratives des Kouninef. Sous l’ère Bouteflika, elle est devenue la plus grande entreprise privée algérienne dans le secteur de l’hydraulique. “Nous avons été la première entreprise algérienne privée à avoir fait des forages pétroliers, notamment pour Mobil. Nous avons même reçu des lettres de félicitations des sociétés pour lesquelles nous avons travaillé”, se targue Karim Kouninef dans des confessions faites à son entourage.

L’axe Kouninef-Bouteflika, 

Mais les Kouninef sont surtout connus pour leur amitié avec Saïd Bouteflika, le frère et puissant conseiller d’Abdelaziz Bouteflika. Saïd se confie à son ami Réda et n’hésite pas à lui demander conseil. Réda fait partie aussi du cercle restreint du clan présidentiel.

Depuis des années, dans leur villa à Hydra, qui a servi de QG électoral lors des élections pour les 3e et 4e mandats de Bouteflika, les conciliabules les plus secrets sont organisés pour éplucher les dossiers politiques les plus délicats. En quelques années, les Kouninef sont devenus l’oreille des Bouteflika. Mais ils conservent cette influence dans la plus grande discrétion.

Pas question apparaître. “Mon père m’a toujours dit : “Karim, tu dois choisir. Soit tu fais de la politique, soit tu deviens homme d’affaires. Tu ne peux pas mélanger les deux. J’ai choisi d’être homme d’affaires. D’ailleurs, tous ceux qui ont essayé de faire les deux, ont échoué dans les deux”, avait-il raconté un jour.

Hommes d’affaires et influents lobbyistes de l’ombre. C’est le secret de la réussite étincelante des trois frères Kouninef. Une réussite qui a fait de ces trois mousquetaires les “princes des oligarques”. On ne compte plus le dossiers où ils ont été les principaux instigateurs. En 2015-2016, le stratège Réda Kouninef le déclencheur de l’offensive contre Issad Rebrab, l’homme d’affaires le plus riche d’Algérie, et héritier de l’Etat-DRS longtemps combattu par Bouteflika. Lors du conflit entre Sellal et Ali Haddad, il est celui qui négocie et impose la paix. Et lors du lancement des méga-projets, il est celui qui défend toujours les intérêts des groupes privés dans leurs associations avec les multinationales.

Source : Mondafrique