Le marché mondial de la dialyse ne cesse de se développer du fait de la recrudescence des affections rénales résultant de facteurs démographiques tels que le vieillissement rapide de la population, une alimentation déséquilibrée et l’incidence du diabète et de l’hypertension.

Le marché mondial du consommables de dialyse est dominé par l’américain BAXTER, l’Allemand FRESENIUS MEDICAL CARE (FME) et le japonais NIPRO, à eux seuls ils détiennent plus de 80% des parts de marché.

En Algérie, le nombre de patients traités pour insuffisance rénale terminale, qui ont perdu l’usage de leurs deux reins, aurait dépassé les 22.000 personnes à la fin 2015, selon un bilan dressé par le ministère de la Santé.

Plus de 500 millions d’euros en 2016

En 2004, seules 5000 personnes étaient traitées sur une population de 30 millions dans notre pays. C’est dire l’effort parcouru par les actuels 700 néphrologues de la profession depuis… Et ce malgré les 1000 à 1500 nouveaux cas sont recensés chaque année, et les patients souffrants d’insuffisance rénale temporaire (insuffisance rénale aiguë). Ces patients sont pour la majorité traités en centres d’Hémodialyse.

La dialyse est un acte médical consistant en une méthode d’épuration du sang par une machine extérieure à travers une membrane. Le principe est basé sur les échanges entre le sang et un liquide appelé dialysat. Les échanges se font à travers une membrane dont la perméabilité est choisie par le médecin.

Il existe trois méthodes thérapeutiques de prise en charge des d’insuffisants rénaux chronique au stade terminal, à savoir : la greffe rénale, l’hémodialyse ou «dialyse par le bras», et la dialyse péritonéale ou «dialyse par le ventre». Le professeur Farid HADDOUM, Chef de service de néphrologie au CHU Mustapha Bacha  d’Alger, a rappelé, dans une contribution  publié dans les colonnes d’un quotidien national, que le coût de l’hémodialyse en Algérie dépassait les 400 Millions d’euros en 2014, et plus de 500 Millions en 2016.

Le traitement en centre de dialyse est pris en charge par la CNAS, et il s’élève en moyenne à 1 Millions de DA par patient en coûts directs et 1 million supplémentaire pour les coûts indirects (3 repas par semaine, transport, coûts des médicaments…)

Une séance d’hémodialyse en Algérie coûte entre 7.000 DA chez le privé et 20.000 DA dans un centre hospitalier. Cette différence de prix s’explique par le fait que les CHU payant leurs fournisseurs à long terme, ces derniers ajustent leurs prix en prenant en considération le taux de crédit bancaire, l’inflation, la dévaluation du Dinar … alors que le privé paie cash et obtient un bien meilleur tarif.

Chaque patient hémodialysé a besoin d’une séance de 4 heures trois fois par semaine. Le coût de la prise en charge d’un malade hémodialysé est donc estimé aujourd’hui, à 19 000 euros par an, tandis que la dialyse péritonéale à domicile revient à 6 500 euros par an et par malade alors que la greffe rénale est estimée à 4 500 euros par an et par malade.

Un monopole qui date de 15 ans… 

Ce qui nous a surpris durant notre enquête est que depuis plus de 15 ans, le monopole d’importation des équipements et consommables en hémodialyse, ces produits n’étant pas fabriqués, mais montés en Algérie, est détenu par un seul opérateur : La société INDUSTRIES MEDICO CHIRURGICAUX SARL. (IMC)

Cette société est  le propriété du Général Kamel ABDERRAHIM et sa famille. Cet ex-général-major est l’ancien chef de la IIe Région militaire à Oran.  Sur le site internet d’IMC, il est précisé que le consommable de dialyse est fabriquées en Algérie.

Or, nous avons pu nous procurer des images de cartons de produits finis consistant en du consommable d’hémodialyse importé de la société FRESINIUS, alors que l’Etat algérien avait pourtant interdit l’importation du consommable de dialyse en 1997 par un arrêté ministériel, puis par une loi en 2008 et renouvelée en 2015.

Aucune entreprise n’a pu obtenir le visa technique pour les consommables de dialyse par le ministère de la santé, comme le stipule un autre arrêté du 06/06/2005 fixant le cahier des conditions techniques à l’importation des produits pharmaceutiques destinés à la médecine humaine hormis la société IMC.

Cette situation de monopole permet au Général Kamel ABDERRAHIM de fixer les prix comme il l’entend en l’absence de toute concurrence, pénalisant ainsi l’Etat et le malade à qui il impose certains produits obsolètes et abandonnés de par le monde.

Les patients algériens pris en otages 

A titre d’exemple, la membrane naturelle cellulosée a été abandonnée par la profession, alors qu’elle continue d’être importée par IMC à travers un fabricant thaïlandais pour un montant dérisoire avoisinant à peine les 3 dollars et revendue à 3000 DA HT aux hôpitaux et 2500 DA HT aux privés.

Les 6000 générateurs de dialyse placés par IMC, à un prix moyen de 2 Millions de DA, dépassent largement le nombre de patients pouvant être pris en charge, ce qui réduit à néant les efforts des autres marques et opérateurs à introduire des machines plus compétitives.

Il leur est, d’ailleurs, impossible de le faire puisque ils dépendront tôt ou tard d’IMC pour le renouvellement de leurs stocks de consommables…

Lors de nos investigations, nous avons comparé les prix du consommable de dialyse, pratiqués dans un pays comme la Tunisie, avec ses 10 Millions d’habitants, à ceux de notre pays avec une population de 40 millions, et le résultat est effarant…

Le KIT complet consistant en : filtre avec membrane polysulfone, cartouche Bicarbonate, 5 litres d’acide et 2 aiguilles et 2 lignes tubulaires est proposé à la vente à l’équivalent de 12 Dollars en TUNISIE alors qu’il dépasse les 25 dollars en Algérie chez le privé et va même au-delà des 50 Dollars aux CHU…

En Tunisie, le prix de vente du consommable d’hémodialyse a été arrêté par l’Etat en Novembre 2016 ! L’achat de prescription médicale est aussi un des stratagèmes mis au point par les émetteurs d’appel d’offres pour favoriser exclusivement la société IMC. Pour cela l’astuce est de désigner de manière détaillée les produits et de demander des spécifications techniques qui correspondent principalement aux produits distribués par la société du Général ABDERRAHIM.

Ou encore, lorsqu’un concurrent, sur un produit donné, est susceptible de soumissionner à un appel d’offres avec des chances de succès, les rédacteurs de cahiers de charges complices, ajoutent des produits que le concurrent ne propose pas dans sa gamme de produits. Ils utilisent ainsi vilement la réglementation sur les appels d’offres qui oblige les soumissionnaires à répondre à tout le lot, orientant et favorisant ainsi et préalablement à l’émission de l’appel d’offres l’entreprise choisie par eux sur des critères extra médicaux bien évidemment.

Et ensuite les cliniques de dialyse… 

Ces pratiques sont interdites par le code des marchés publics et par les lois de la République Algérienne sur la concurrence et sur le monopole. L’appétit du Général ne s’arrête pas là, il a, en 2003, investi le marché des cliniques de dialyse en lançant à travers la société RENADIAL un réseau de près de 25 cliniques qui lui assurent plus de 2500 patients !

Une possible situation de conflit d’intérêt et de monopole qui va encore à l’encontre de toutes les lois de la république. En effet, rien n’empêchera le Général ABDERRAHIM de favoriser en prix, en quantités et en qualité de produits ses propres structures médicales au détriment des autres centres de dialyse, prenant ainsi en otage les malades et patients algériens qui sont protégés par la constitution contre de telles pratiques mercantilistes et de favoritisme en matière de soin…

Nous avons contacté le service de communication du Ministère de la Santé et avons exposé la situation et les conclusions de notre enquête concernant la situation de monopole qui prévaut dans le marché du consommable d’hémodialyse, Mr Slim BELKESSAM nous a affirmé qu’IMC (sans la nommer) était la seule usine qui procédait au montage des équipements et consommables d’hémodialyse. A ce titre, elle avait le droit d’importer les intrants nécessaires à leur activité, dont la membrane, pourtant produit considéré comme produit fini, et interdit à l’importation quand il ne rentre pas dans un processus de montage.

A notre demande d’explication sur la cherté du consommable d’hémodialyse en Algérie par rapport à la Tunisie, il nous a répondu qu’une activité qui faisait travailler des centaines d’employés au niveau d’une usine algérienne, devait être pris en considération dans l’analyse des coûts, mais n’a pas écarté l’idée d’une concurrence par un projet similaire à celui d’IMC pour peu que les opérateurs se manifestent.

Toutes nos tentatives d’avoir le point de vue d’IMC et des professionnels de la santé au niveau des directions de CHU ont été vaines. Un silence qui laisse place à toutes supputations…

Pourquoi donc n’existe-t-il depuis plusieurs décennies qu’un seul opérateur sur le marché de l’hémodialyse, dans une situation de monopole en ALGERIE ?

A l’heure où le discours du gouvernement parle d’économies sur le plan financier, pourquoi ne pas mettre des conditions favorables à une réelle concurrence, qui permettrait de faire baisser les prix et en cassant le monopole de fait de la société du Général ABDERRAHIM ?