Confrontée depuis trois ans à la chute de ses revenus pétroliers, l’Algérie se retrouve contrainte de sortir sa “dernière cartouche” pour tenter de contenir ses déficits: faire tourner la “planche à billets”, une arme à double tranchant compte tenu du risque inflationniste.

C’est la plus grave crise de la présidence d’Abdelaziz Bouteflika, débutée en 1999. Durant près de 15 ans, le pouvoir algérien a pu s’appuyer sur de confortables revenus pétroliers, et par conséquent une aisance financière qui lui a permis de maintenir la paix sociale et mettre son pays à l’abri du tumulte du Printemps arabe.

En 2011, alors que la révolte éclatait dans plusieurs pays de la région, le prix du baril dépassait les 110 dollars. Mais pour ce pays dont l’économie dépend quasi exclusivement des hydrocarbures, les nuages se sont amoncelés à partir de l’été 2014, en même temps que le baril de pétrole voyait son cours divisé par deux.

Comme un symbole, Ahmed Ouyahia, qui avait exécuté il y a 20 ans un douloureux plan d’ajustement structurel dicté par le Fonds monétaire international (FMI), a été rappelé le mois dernier au poste de Premier ministre.

‘Fonds de tiroirs’

Evoquant la “situation infernale” des comptes publics, ce haut fonctionnaire de 65 ans, surnommé “l’homme du sale boulot”, a désormais pour mission de mettre en oeuvre le “plan d’action” adopté jeudi dernier par les députés et qui prévoit un recours au financement “non conventionnel”.

Le Premier ministre a indiqué qu’il s’agissait d’autoriser la Banque d’Algérie à acheter directement des titres émis par le Trésor: en d’autres termes, à faire “tourner la planche à billets” pour résorber le déficit budgétaire, de 13,7 % en 2016.

Le gouvernement avait prévu dans la loi de finances de 2017 un déficit de 8 % du PIB mais, selon des experts, cet objectif ne sera pas atteint.

Le nouveau plan d’action intervient alors que le pays a déjà dû renoncer en 2015 à de nombreux projets, à réduire drastiquement les importations et à déprécier sa monnaie, le dinar, d’environ 30 %.

Dès 2014, Alger avait en outre puisé abondamment dans un fonds souverain créé au début des années 2000 dans le but de servir “d’épargne” pour les générations futures.

Peu à peu détourné de sa tâche pour maintenir la paix sociale, il est désormais tari, a prévenu Ahmed Ouyahia.

Pour les budget 2016 et 2017, le gouvernement a dû “racler les fonds de tiroir”, résume Ferhat Aït-Ali, expert en finances.

Dans le même temps, les banques, à cours de liquidités, ne sont plus en mesure de financer des projets d’investissements.

‘Dernière cartouche’

Le gouvernement a également puisé dans les réserves de change pour faire face à la baisse de ses recettes extérieures. Ces réserves ont fondu de moitié en trois ans, passant de 200 milliards de dollars en 2014 à 102 milliards en septembre.

Faire tourner la planche à billets –mesure qualifiée de “dernière cartouche” par l’ancien ministre des Finances Abderhamane Benkhalfa– stoppera-t-il l’hémorragie ?

La plupart des experts mettent en garde contre le risque inflationniste, surtout si les autorités poursuivent leur politique de restriction des importations.

“Le risque est réel. Comme on est dans une économie mono-exportatrice, la masse monétaire va augmenter mais n’aura pas d’équivalent en production interne”, explique Kamel Rezig, professeur à l’université de Blida (sud).

Premier chef de gouvernement nommé par M. Bouteflika après son élection en 1999, Ahmed Benbitour prédit le pire.

“Les Algériens doivent se préparer à une inflation à quatre chiffres”, s’alarme-t-il, alors que la hausse des prix est actuellement estimée à plus de 7 %.

Sur la période 2017-19, la baisse de la croissance du PIB par habitant que pourrait induire l’assainissement des finances publiques menace d’avoir des “répercussions négatives sur le bien-être des ménages”, a récemment estimé la Banque mondiale.

Pour tenter de calmer les craintes, M. Ouyahia a assuré que les subventions des produits de base ainsi que le budget alloué aux prestations sociales (éducation, santé…) seraient maintenues au même niveau dans le budget de l’Etat (plus de 13 milliards de dollars, soit 23,7 % du budget 2017).

En juin, le précédent gouvernement avait évoqué un ciblage des subventions, un an après que le FMI eut exhorté l’Algérie à réduire d’un tiers ses dépenses publiques.

Source : AFP