A quoi servira la planche à billets à laquelle va recourir bientôt l’Algérie ? Un projet de loi préparé par le gouvernement nous fournit de précieuses réponses à cette question. 

En effet, dans la présentation du projet de loi portant amendement de l’ordonnance relative à la monnaie et au crédit, les raisons qui incitent nos autorités à imprimer et mettre sur le marché une nouvelle quantité d’argent et de billets de banque sont expliquées et détaillées.

Avec cette nouvelle quantité d’argent, le gouvernement affirme ouvertement qu’il espère financer “le remboursement de la dette publique interne”. Mais en quoi consiste le remboursement de cette dette ? Là encore, les rédacteurs de ce projet nous fournissent des réponses précises. Le gouvernement a besoin de cet argent pour racheter la dette bancaire de Sonelgaz qui risque de déclarer la faillite. Les dettes de Sonelgaz s’élèvent, effectivement, à près de 750 millions de dollars !

Le gouvernement doit également rembourser Sonatrach car celle-ci détient les titres du Trésor et se retrouve donc créancier de l’État.  Il faut savoir que les titres du Trésor sont émis par les gouvernements afin d’emprunter des fonds à court terme. Le gouvernement doit surtout payer la “compensation du différentiel sur les prix des carburants importés et de l’eau dessalée”. En clair, Sonatrach a importé du carburant à un prix nettement plus cher par rapport à celui auquel il est cédé dans nos stations-service. L’Etat doit donc verser à Sonatrach l’équivalent du différentiel entre ses deux prix.

Le gouvernement algérien doit également verser de l’argent aux détenteurs des titres de l’emprunt national pour la croissance levé en 2016. Pour rappel, cet emprunt a été levé 17 avril 2016 et l’opération s’est achevée le 16 octobre dernier. La mesure visait à faire face à l’effondrement des cours du pétrole et du gaz enregistré sur le marché international, dès la mi-2014.

Cet emprunt a permis au pays de collecter 568 milliards de dinars algériens, soit l’équivalent de 5,8 milliards de dollars. A partir de 2018, les autorités algériennes doivent commencer à verser de l’argent aux personnes physiques et morales qui ont prêté de l’argent à l’Etat  avec respectivement des taux d’intérêt de 5 et 5,75 %.

Avec les nouveaux billets de banque qui seront imprimés, l’Etat espère enfin de financer “le Fonds National d’Investissement (FNI) au titre des prises de participation de l’Etat dans des investissements ou de financements à long terme de programmes publics d’investissements”. C’est-à-dire que le gouvernement a besoin cruellement de cet argent pour financer des programmes de développements bloqués depuis ces derniers mois en raison de la crise financière et la rareté de la ressource financière.

Dans ce même projet de loi, les autorités jurent que la planche à billets sera utilisée exceptionnellement “durant une période de cinq années”. Le gouvernement promet dans ce même sillage que son utilisation “doit être rigoureusement encadrée et soumise à un suivi continu”.