Alors qu’en Tunisie, les femmes se félicitent pour la consécration de leur droit à la liberté de choisir leur conjoint même s’il n’est pas musulman, en Algérie, il n’est même pas encore possible de lancer ce débat. 

Les Tunisiennes de confession musulmane pourront désormais se marier dans leur pays avec des non-musulmans, les circulaires ministérielles empêchant ces unions ayant été abolies, a annoncé la semaine passée la porte-parole de la présidence tunisienne. Aux yeux de nombreux observateurs, cette nouvelle législation traduit le progressisme la société tunisienne. Contrairement à nos voisins, notre société est demeurée conservatrice et religieuse. Certains sujets relatifs aux libertés individuelles demeurent tabous et les autorités écartent toute l’éventualité d’un quelconque débat sur ces questions.

Mais qu’est-ce qui explique un tel conservatisme ? Nacer Djabi, le plus célèbre des sociologues algériens, estime que “notre problème est lié à notre élite et à notre système politique dont la doctrine est devenue plus rétrograde et conservatrice”.” C’est ce qui s’est passé avec le nationalisme en Algérie. Alors qu’il était moderne et ouvert sur le monde durant la guerre de libération et après l’indépendance, il a été influencé, ces dernières années, par le conservatisme et la religion”, décrypte notre sociologue auteur de plusieurs ouvrages académiques qui ont connu un grand succès en Algérie et à l’étranger.

Dans un entretien accordé à l’édition africaine du magazine français Le Point, Nacer Djabi a affirmé également que l’élite algérienne a manqué de courage et d’audace dans l’édification du pays contrairement à l’élite tunisienne qui a osé défier les certitudes de sa société.

“Habib Bourguiba est le représentant de cette partie ouverte et moderne de l’élite politique tunisienne qui s’est basée sur les points forts de sa société pour construire sa politique en ce qui concerne la femme. Habib Bourguiba n’a pas entendu les voix conservatrices qui venaient de la campagne et des régions de l’intérieur qui ressemblaient aux voix qu’on entendait dans la campagne algérienne. Cela n’a pas été facile pour le président tunisien en 1956. Ce dernier est même entré en conflit avec Zitouna (mosquée). Donc l’élite tunisienne avait cette forte volonté depuis l’indépendance et même avant de prendre des décisions courageuses comme le fait actuellement Essebsi alors qu’il est âgé de près de 90 ans”, assure Nacer Djabi qui déplore le manque de courage de l’élite algérienne.

A entendre notre sociologue, notre élite préfère “parfois se tourner vers des modèles et des expériences conservateurs dans le monde arabe”. “Il suffit de constater le taux de port du foulard des filles et des femmes de nos responsables. Faire une Omra (petit pèlerinage) plusieurs fois par an et le Hadj (le grand pèlerinage) chaque année fait désormais partie des rituels de notre classe politique algérienne corrompue. L’Algérie n’a pas produit une élite audacieuse”, regrette-t-il en dernier lieu.