Le foncier industriel encore et toujours. Au moment où le flou entoure le sort des 49 zones industrielles dont l’Algérie a cruellement besoin pour amorcer son développement, la gestion des 3 milliards de dollars accordés pour la réalisation de ces parcs industriels continue de répandre un parfum de scandale. 

Comme il a été expliqué par Algériepart dans une précédente publication, la construction de ces zones industrielles a été gelée. Les tensions politiques qui ont bouleversé récemment le ministère de l’Industrie avec l’arrivée et le départ de plusieurs ministres ont aggravé les blocages. Mais les langues commencent à se délier.

Et cette fois-ci, c’est une grosse entreprise française qui est au cœur de la controverse. ALGOE est effectivement une grosse société française de conseil en management.  En Algérie, elle s’est associée avec trois partenaires algériens pour créer une filiale appelée AL2 Management/SPA. Elle s’impose rapidement dans notre pays et obtient durant l’exercice 2014-2015 le marché de l’Assistance à maîtrise d’ouvrage pour la réalisation du programme d’aménagement des 49 parcs industriels. Il s’agit du fameux programme dirigé par l’Agence Nationale d’Intermédiation et de Régulation Foncière (ANIREF) au profit du ministère de l’Industrie.

269 milliards de centimes… 

Cette agence a joué un rôle important dans la commission qui a attribué les marchés conclus en 2014, 2015 et 2016 pour l’aménagement de ces futures zones industrielles. La filiale Algérienne d’ALGEO a obtenu un marché de plus de 269 milliards de centimes, soit l’équivalent de près de 20 millions euros pour assurer le suivi et l’accompagnement du programme de réalisation de ces zones industrielles. Il s’agit d’un marché juteux et son attribution va susciter rapidement de nombreuses interrogations car plusieurs sources concordantes affirment que cette entreprise française a été aidée et introduite en Algérie par l’ex-ministre de l’Industrie, le célèbre Abdesslam Bouchouareb.

Réputé pour sa proximité avec les réseaux d’affaires français, au ministère de l’Industrie plusieurs cadres n’ont pas compris le choix de l’ANIREF qui a jeté son dévolu sur ce cabinet française. Les soupçons de favoritisme et de népotisme font rapidement le tour du ministère de l’Industrie. Et lorsque Abdesslam Bouchouareb “saute” le temps d’un remaniement ministériel, le DG de l’ANIREF, Hacène Hammouche, est convoqué dans le bureau de son remplaçant, Bedda Mahdjoub.

Le DG de l’ANIREF convoqué et interrogé 

Déterminé à faire le ménage et à chasser tous les “lieutenants” de son prédécesseur Bouchouareb dont le bilan n’est guère reluisant au niveau de la performance comme de la transparence, Bedda interroge Hacène Hammouche, l’un des proches collaborateurs de Bouchouareb, au sujet de ce marché. Le DG de l’ANIREF se défend et sort tous ces dossiers pour démontrer qu’il n’a fait que respecter la réglementation.

Mais la polémique se poursuit et les doutes persistes. Que s’est-il réellement passé ? Des sources proches de la direction générale de l’ANIREF assurent que l’attribution de ce marché important à la filiale algérienne de cette entreprise française est conforme aux dispositions du code des marchés publics. Une procédure d’appel d’offres avait été lancée et AL2 Management/SPA a soumissionné en bonne et due forme, jure-t-on du côté de l’ANIREF.

Mais cette transparence ne va pas durer longtemps puisque le contrat entre l’ANIREF avec la filiale algérienne de ALGOE n’a jamais été signé, a-t-on appris suite à nos investigations. Selon nos informations, ce blocage est intervenu avant même le départ de Bouchouareb du ministère de l’Industrie. L’ANIREF adresse même des mises en demeure à la société française qui perdra finalement cette fameuse cagnotte de 20 millions d’euros.

Selon nos informations, ALGOE avait exigé un paiement en devises pour exécuter ce marché. Or, la législation algérienne interdit catégoriquement une telle transaction puisque la société française a soumissionné pour ce marché à travers sa filiale algérienne. Une filiale créée avec personnes de nationalité algérienne. L’une de ces trois personnes est, d’ailleurs, l’architecte qui a conçu le nouveau siège du ministère des Affaires Etrangères devant la cité des Annassers. Ces actionnaires algériens entretiennent-ils un quelconque lien avec Abdesslam Bouchouareb ? Il demeure, malheureusement, difficile de répondre avec exactitude à cette question.

Jusqu’à aujourd’hui, cette affaire nourrit de nombreuses spéculations et dans les jours à venir elle risque de connaître de nouveaux rebondissements.