Ahmed TOUIL et Radia BOUCHAOUR sont deux universitaires et chercheurs algériens au Centre de Recherches en Economie Applique pour le Développement (CREAD). Le premier est  Professeur et Directeur de Recherche Associé CREAD alors que le deuxième est maître de conférences. Dans cette enquête universitaire, publiée préalablement dans les cahiers du CREAD, les deux chercheurs explorent les traumatismes provoqués par l’endettement extérieur en Algérie. Durant les années 80 et 90, la dette extérieure avait bouleversé la situation politique en Algérie. Nous vous invitons vraiment à lire leur éclairage pour comprendre le rapport complexe entretenu par les dirigeants algériens vis-à-vis de l’endettement : 

La dette extérieure a constitué une contrainte majeure pour la progression de l’économie algérienne depuis les années 1980 pour cumuler à 27 milliards de dollars en 1986 quand la caisse nationale n’affiche qu’une disponibilité de 10 milliards pour couvrir les énormes besoins économiques et sociaux.

Aussi la dette apparaît-elle comme équation d’un état économique
ne possédant pas de solutions à horizon temporel moyen. En effet  sur un volume de 12 milliards de dollars de recettes annuelles moyennes, l’Algérie devait consacrer près de 8 milliards de dollars de remboursement de la dette. Il lui restait près de 4 milliards de
dollars pour approvisionner le marché local (ménages et entreprises) dont les besoins étaient évalués entre 10 et 12 milliards de dollars par an.

Même en s’installant dans la récession économique comme c’était le cas des années 1990, l’Algérie devait faire face à des demandes d’importations incompressibles révélatrices des rigidités structurelles caractéristiques des appareils de production et de consommation, soit plus des 2/3 des recettes consacrées à la dette. C’est l’un des taux les plus élevés au monde !

Le Brésil avec un stock de la dette 116 milliards de dollars n’a payé que 7,4 milliards de dollars en service de la dette en 1990, en comparaison l’Algérie a payé 8,3 milliards de dollars pour un stock de 26,8 milliards de dollars, soit 4 fois plus faible. Le Maroc avec un
stock presque égal (23,5) n’a payé que 1,9 milliards de dollars de service de la dette.

Bien plus tard, à partir des années 2000, l’endettement est jugulé par le cumul des réserves de change. L’Algérie arrive alors à honorer la quasi-totalité de ses dettes externes et reste sur une aisance financière lui permettant de programmer et d’initier des projets
publics de développement économique et social. Mais c’est là aussi une source de contradictions qui vient s’ajouter au reste des paradoxes. Les reverses de change constituent en soi un syndrome et un handicap celui de ne pouvoir puiser à volonté sur ces réserves au risque d’une inflation galopante et au risque de stresser les capacités de consommation des fonds déjà sollicitées à leurs extrêmes limites.

De telles situations monétaires et financières sont à rapporter à la source principale des revenus de l’Algérie à savoir la fiscalité pétrolière. Tributaire du marché international des hydrocarbures les recettes algériennes sont croissantes, mais restent aléatoires, depuis le
début des années 2000.

Autrement dit le résultat monétaire et financier est que tout dinar, ou plutôt dollar, investi, ou de préférence dépensé, dans la sphère économique et social coûte plus qu’il ne rapporte. Il suffit pour cela de comparer le cumul des dettes à un temps ‘’t’’, de l’évolution de l’économie nationale en particulier précédant l’augmentation providentielle du prix des hydrocarbures, et de le comparer au PIB, ou mieux encore aux exportations censées financer le développement, ou de le comparer à l’amélioration des conditions de vie et de travail si celle-ci peut être quantifié dans sa globalité.