C’est une affaire qui n’a pas encore livré tous ses secrets et mystères. Mouafki. F est une notaire à Oran qui est accusée d’avoir escroqué des dizaines de personnes grâce à un système d’arnaque unique en son genre. La notaire encaissait toutes les taxes et droits qui devaient être réservés au Trésor public. 

Le montant de toutes ces arnaques est estimé, par des sources judiciaires à la Cour d’Oran, à près de 400 milliards de centimes, soit près de 40 millions d’euros. Comment est-ce possible ? Mouafki F. était une notaire réputée et très prisée. Originaire du quartier huppé ex-Courbet, aujourd’hui appelé communément Point du Jour à Oran, cette notaire avait établi un système de malversations qui lui permettait d’encaisser les droits et taxes des ventes et acquisitions immobilières et des biens privés ou publics effectuées au niveau de son cabinet sans enregistrer les actes notariés au niveau de la direction de la conservation foncière.

Ainsi, Mouafki F. empochait directement les montants faramineux de ces taxes en faisant croire à ses clients que les actes étaient bel et bien enregistrés et validés. Selon les résultats de l’enquête menée par la Gendarmerie Nationale, cette notaire avait des complices au sein de la direction de la conservation foncière de la ville d’Oran. Ces complices lui permettaient de tricher avec la réglementation en vigueur pour qu’elle puisse encaisser pour son propre compte les montants colossaux destinés au Trésor Public.

Grâce  à cette supercherie bien huilée, la notaire a amassé une fortune colossale. Mais une de ses victimes a découvert le pot aux roses. Il s’agit d’un algérien établi en France qui avait racheté un cabaret à Ain-el-Turck. Il a remis à la notaire pas moins de 3,5 milliards de centimes pour les taxes et droits d’enregistrement des actes de propriété et de vente.  Et ce montant n’a jamais été versé au Trésor Public. Placé en détention depuis mars 2017 à la suite de cette première affaire, d’autres victimes de cette notaire finiront par parler et se présenter devant la justice. Deux plaignants déposent plainte après avoir découvert que la somme de 11 milliards de centimes leur a été dérobée par la “Madoff” algérienne.

De leur côté, les enquêteurs de la gendarmerie poursuivent leurs investigations. Et à leur grande surprise, ils prennent conscience de la gravité de ce scandale lorsqu’ils découvrent au domicile de la notaire pas moins de 87 milliards de centimes en espèces. Les enquêteurs identifient, par la suite, une dizaine de victimes. Et dans chaque dossier, les montants détournés défient l’imaginaire.

A la chambre régionale des notaires de la ville d’Oran, plusieurs sources crient également au scandale. Cette notaire scélérate a été suspendue et écartée à trois reprises. Mais son dossier n’a jamais été touché à la sous-direction des auxiliaires de justice au niveau de la direction des affaires civiles du ministère de la Justice à Alger. Plusieurs sources proches de ce dossier affirment que la notaire Mouafki F. a été protégée et couverte par des juges et hauts cadres de l’institution judiciaire. Selon nos investigations, elle était très proche d’un certain Bensouna Omar, l’ancien procureur de la République près de tribunal d’Oran, qui a été promu, lors du dernier mouvement partiel dans la magistrature par Abdelaziz Bouteflika,  procureur général près la cour de Tamanrasset où il s’est retrouvé cet été au coeur d’un étrange scandale de trafic d’or.  

Quoi qu’il en soit, Mouafki F. n’aurait jamais pu organiser son trafic et ses opérations frauduleuses sans le soutien de plusieurs complices hauts placés occupant des fonctions stratégiques au sein des administrations publiques. Algériepart poursuivra ses investigations dans cette affaire et reviendra vers ses lecteurs et lectrices avec de nouvelles révélations.