Le dinar chute et perd de plus en plus sa valeur. Depuis 2016, il a perdu plus de 30 % de sa valeur face au dollar et à l’euro. Et cette chute est en train d’atteindre les 40 %. Pis encore, elle risque de s’aggraver encore si de nouveaux billets de banque seront imprimés bientôt par la Banque d’Algérie. 

En économie, le principe est clair : plus les pays impriment de l’argent sans raison valable, moins les autres pays désirent se faire payer en cette monnaie. Et c’est ce qui explique pourquoi cette monnaie se déprécie et perd continuellement sa valeur. Le dinar algérien est exactement dans cette situation.

Les pressions des députés 

L’Algérie a-t-elle donc besoin de créer une nouvelle monnaie pour voir le bout du tunnel ? Cette semaine, plusieurs députés au parlement ont voulu faire pression sur Ahmed Ouyahia pour le contraindre à réfléchir sur cette option. Des pressions qui interviennent au moment où au sommet de l’Etat, une réflexion a été lancée sur la possibilité de créer une nouvelle monnaie en remplacement de l’actuel Dinar, a appris Algériepart de plusieurs sources concordantes.

Ainsi, Saliha Gachi, députée du Mouvement de société pour la paix (MSP) a appelé, dans ce cadre, le gouvernement à créer une nouvelle monnaie qui préserve le legs algérien et à réfléchir au financement participatif et à la diversification de l’économie. La députée Besma Azouar (Front Al Moustakbal) a considéré aussi que la création d’une nouvelle monnaie nationale permettra au pays de recouvrer “la valeur de sa monnaie” par rapport aux monnaies étrangères.

Elle a mis l’accent, dans ce sens, sur la nécessité de trouver le  meilleur moyen pour encourager l’épargne interne et exhorter les citoyens à déposer leurs fonds auprès des banques. Abdelkrim Benamar, du même parti, a plaidé également en faveur du “changement de la monnaie”, soulignant que cette mesure figure parmi les solutions les plus efficaces pour faire face au problème d’inflation et à la dépréciation du dinar, soulignant que ces deux facteurs placent le pays dans un cercle  d’endettement extérieur.

Mais la création d’une nouvelle monnaie, ça se passe comment exactement ?  

“L’établissement d’une nouvelle monnaie n’est pas une mince affaire. Il peut être motivé par l’hyperinflation, l’effondrement du taux de change, la masse de fausse monnaie en circulation, ou même la guerre”, explique à ce sujet le Fonds Monétaire International (FMI).

“Cela peut aussi être un choix raisonné, par exemple l’adhésion à une union monétaire, telle que l’Union monétaire européenne. C’est en tout cas une décision éminemment politique. Parfois, la monnaie existante ne répond pas aux besoins de l’économie.
C’est en général dans les pays où les transactions se font principalement en espèces et où plusieurs monnaies circulent à la fois (dollarisation) qu’une réforme monétaire est nécessaire”, ajoute-t-il encore. Récemment un pays a réussi le processus de sa création d’une nouvelle monnaie. Il s’agit du Turkménistan.

En effet, le Turkménistan, ex-république soviétique d’Asie centrale, s’est lancé en 2008. À cause de l’écart considérable entre les taux de change officiel et informel, le système des
prix du Turkménistan était devenu complexe et inefficace. Cela compliquait la comptabilité,
ainsi que l’établissement des statistiques. Le gouvernement a donc décidé de créer une
nouvelle monnaie avant de passer à une économie de marché. Selon un rapport détaillé du FMI, “la réforme complète et ordonnée du système monétaire opérée par le Turkménistan en 2008–09 est, à bien des égards, exemplaire”.

Comment l’Algérie peut-elle s’en inspirer ? 

L’exemple du Turkménistan est très illustratif. Au Turkménistan, la banque centrale a lancé une offensive d’information dès l’amorce de la réforme. Les conditions du changement de monnaie ont été soigneusement définies et annoncées à l’avance. La campagne de sensibilisation a été menée dans l’ensemble du pays par voie de brochures illustrant les nouveaux billets de banque, qui ont été publiées dans tous les journaux nationaux et locaux, avec des articles explicatifs à l’appui. Des cartes de format poche comparant l’ancienne monnaie à  la nouvelle ont aussi été distribuées au public. Et la Banque centrale du Turkménistan a ouvert une ligne en appel gratuit pour répondre aux questions des entreprises et du grand public.

L’Algérie peut aisément reproduire ce processus mais elle doit, d’abord, adopté des mesures concrètes pour gérer son marché informel des devises. Et là aussi, l’exemple turkmène est très instructif.

Et pour cause, la première étape de la réforme de la monnaie turkmène a consisté à établir un taux de change unique. Par le passé, à cause de la pénurie de devises, il y avait un système dual, avec un taux officiel fixé à 5.200 manat/dollar et un taux parallèle
d’environ 23.000 manat/dollar.

Le gouvernement a par la suite dévalué le taux officiel, qui est passé à 6.250 manat/dollar, et institué un taux commercial de 20.000 manat/dollar que les banques pouvaient librement offrir à leurs clients. Les deux marchés ont été unifiés avec succès le 1er mai 2008, au taux de 14.250 manat/dollar, témoignant de la solide situation extérieure du pays. Des bureaux de change ont été installés partout où il pouvait y avoir des clients désireux de changer leurs dollars en manat, facilitant les transactions à un taux proche de celui du marché parallèle, qui a du coup disparu.

Au début de juin 2008, le gouvernement turkmène a institué une nouvelle réglementation des changes habilitant la Banque centrale du Turkménistan à délivrer des devises aux banques et aux changeurs agréés, qui ont dès lors pu alimenter le secteur privé marchand.

Auparavant, la banque centrale s’était employée à maintenir le taux officiel artificiellement bas en restreignant l’accès aux dollars. La distribution d’une quantité suffisante de devises au vaste réseau de bureaux de change a fait disparaître le marché noir.

Le processus en 4 étapes 

En conclusion, si l’Algérie décide de créer une nouvelle monnaie, elle doit accomplir  un processus qui  comprend quatre étapes. D’abord, il faut que les conditions préalables indispensables — une politique macro- économique avisée et une solide législation financière — soient en place ou en cours d’établissement.

Il faut, dans un deuxième temps, préparer soigneusement la réforme en définissant les
mesures et procédures qui la sous-tendent et en établissant un budget détaillé pour l’ensemble du processus (y compris le coût de fabrication des billets et pièces). La phase de production peut alors commencer. Vient ensuite l’étape la plus délicate : la mise en circulation de la nouvelle monnaie.

La balle est, maintenant, dans le camp des décideurs algériens. Auront-ils le courage d’emprunter cette voie ?

Source : Fonds Monétaire International (FMI)