Ahmed TOUIL et Radia BOUCHAOUR sont deux universitaires et chercheurs algériens au Centre de Recherches en Economie Applique pour le Développement (CREAD). Le premier est  Professeur et Directeur de Recherche Associé CREAD alors que le deuxième est maître de conférences. Dans cette enquête universitaire, publiée préalablement dans les cahiers du CREAD, les deux chercheurs explorent les principales raisons qui expliquent le sous-développement économique de l’Algérie. Nous vous invitons vraiment à lire cette première partie de cette enquête : 

 

Les changements institutionnels successifs opérés, au niveau économique algérien, n’ont pas résolu le problème de l’incohérence dans la décision comportementale. La contradiction décisionnelle a marqué et marque toujours aussi bien l’économie planifiée (1969) que l’économie libéralisée (à partir de 1994).

 

Il y a contradiction parce qu’en fait le pouvoir décide d’un argumentaire- modernisation de l’économie (1969), développement de l’entreprise (2000) – tout en initiant des facteurs biais –industries vieillissantes (1969), absence de protectionnisme économique et commercial en vue d’une hypothétique adhésion à l’OMC (2000) sans que l’économie ne soit compétitive !

 

Planification et incohérences

 

L’examen de la cohérence comportementale, dans ce contexte, peut être mené selon trois niveaux : celui des contradictions fondamentales et ceux qui en sont inhérents à savoir la structure de l’économie nationale et l’application des principes de la théorie économique adéquate.

 

Les contradictions fondamentales

 

Ce type de contradictions est à l’origine de l’ensemble des autres paradoxes de la décision prise en vue du développement économique. Il consiste en la volonté du politique à s’affirmer comme pouvoir indépendant de toute ingérence et de la vocation première de l’économie algérienne.

 

La première série

 

La première série de contradictions relève de l’attitude affichée par le pouvoir politique à l’égard des puissances économiques étrangères. En effet l’Etat algérien, et ce depuis l’indépendance du pays, prône une volonté d’indépendance politique (doctrine inspirée des chartes de Tripoli et d’Alger) à l’égard du monde extérieur, ne voyant en celui-ci qu’un système d’exploitation et de domination hégémonique. Mais paradoxalement l’Etat y recourt à la première occasion : pour acquérir la connaissance, s’équiper en outillage et biens matériels ou s’approvisionner en biens alimentaires …Or la vocation de ces économies, comme programmée dans leur stratégie de croissance, veut que leur objectif soit celui de conquérir et maintenir économiquement sous leur domination les économies en développement. Ces dernières doivent à cet égard constituer des marchés et débouchés pour doper la croissance économique des dominants.

L’économie algérienne en fournit à cet égard l’exemple type via la politique d’industrialisation. Cette attitude accentue la dépendance économique et annihile en même temps toute recherche d’innovation, de process ou de produit, pour la simple raison que l’espace économique ainsi conçue n’en engendre aucune occasion. En effet ‘’les usines clefs en main’’, le produit fini au bout de la chaine et la maintenance relevant de la seule compétence du fournisseur étranger n’offrent pour tout apprentissage que l’adaptation à la machine importée de l’extérieur.  Les conséquences sont le non développement et l’accumulation des coûts

 

Les coûts économiques

 

La production nationale ne répond pas aux besoins exprimés tant en quantité qu’en qualité. Comme la structure économique installée n’était pas flexible, et pour diminuer la tension sur la demande, la décision salutaire fut celle d’importer encore plus de biens d’équipement de l’étranger. Des importations qui n’ont cessé de prendre de l’importance non seulement à cette époque mais bien au-delà comme le montre le schéma suivant représentant les sommes cumulées par période ; appréhendé en termes de volume le constat est le même.

 

En termes de coûts économiques, donc d’opportunité, ces sommes auraient pu être investies autrement : dans l’espace rural, au développement des métiers par exemple de manière à augmenter la production locale et satisfaire une importante partie de la demande locale, ou encore au développement des infrastructures annexes à la production de manière à faire croître la productivité et le rendement des entreprises et des activités économiques existantes.

 

L’industrialisation de l’économie, en généralisant la salarisation de la main d’œuvre, a tout simplement détruit l’ensemble des métiers et activités dits traditionnels. Un ensemble qui aurait pu, à l’instar des autres économies maghrébines, maintenir l’existence de revenus privés (les réformes russes- 1959- d’alors auraient pu inspirer la décision), une certaine exportation et susciter le tourisme dont le décideur actuel est à la recherche comme source-substitut pour la diversification des recettes monétaires.

 

A ces coûts s’ajoutent ceux internes qui accompagnent l’ajustement relatif à chaque étape de l’évolution. Ainsi en est-il des dépenses des réformes agraires, culturelles (1967/1980), de la restructuration- déstructuration du tissu industriel (1981/1988), de l’ajustement structurel, des départs volontaires et de la privatisation des entreprises publiques économiques et de gestion de la transition (1989/2000), enfin ceux de la relance économique et de l’intermédiation publique dans le marché du travail et de l’emploi.

 

Un cumul de coûts économiques sans communes mesures de par le monde.