L’Algérie est un pays démographiquement très dynamique. En dépit d’une guerre civile qui a duré 10 ans, les Algériens ont fait dans les années beaucoup, mais vraiment beaucoup de bébés. 

L’Algérie compte 41,2 millions d’habitants au 1er janvier 2017, avec un excédent naturel annuel moyen de 858 000 personnes, soit un taux d’accroissement annuel de 2,15%, selon les données de l’Office national des statistiques (ONS). De 589 000 naissances vivantes en 2000, l’effectif est passé à 978 000 en 2012, enregistrant une légère baisse en 2013 pour reprendre et dépasser le million de naissances vivantes à partir de 2014, atteignant ainsi 1,040 million de nouveau-nés en 2015, soit une moyenne de 2800 naissances par jour, contre 2700 en 2014 et 2600 en 2013.

Face à cette importante croissance démographique, un rapport français réalisé par le Think Thank, l’institut Montaigne, a conclu que l’Algérie est un cas d’école. A en croire les experts ayant rédigé ce rapport, les Algériens ont fait beaucoup d’enfants depuis le début des années 2000 en raison de l’enracinement des idées islamistes dans la société.

“Confrontée aux prémices d’une transformation sociale très rapide dans les années 1980, une partie de la société a répondu par l’adhésion aux idées islamistes et, déjà, salafistes. La guerre civile qui a suivi était une guerre entre deux visions de la société. Et la paix obtenue par le président Bouteflika était fondé sur un compromis. Au prix du retour à la paix civile, elle a aussi permis aux islamistes hostiles aux transformations sociales de s’installer au cœur de la société. La hausse soudaine de la fécondité en Algérie depuis 2005 s’explique probablement par le poids pris par les islamistes algériens, mais aussi peut-être par un effet retard de hausse de la fécondité bien connu après les guerres (voir le baby-boom en Europe après 1945)”, décrypte ce rapport qui explique ainsi la forte fécondité des Algériennes par les moeurs islamisés et la poussée du conservatisme religieux.

Cette analyse risque de susciter une polémique en Algérie puisque les experts algériens ont une toute autre vision sur la dynamique démographique de notre pays. “La reprise de la natalité est due essentiellement au potentiel de reproduction contenu dans la structure par âge de la population algérienne, qui compte plus de 10 millions de femmes en âge de procréer (15-49 ans) et à la reprise de la nuptialité, dont le nombre des mariages dépasse les 300 000 par an”, a expliqué récemment à ce sujet Nadia Djeraoune, sous-directrice de la prospective et de la veille démographique au ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière.

Le rapport de l’Institut Montaigne sombre-t-il enfin dans la caricature stéréotypée ou assène-t-il une vérité sociologique que les Algériens ne veulent pas reconnaître ? Le débat est ouvert…