Il est l’homme le plus présent sur le front. Et pas seulement militaire. L’homme qui occupe, effectivement, ces derniers jours tous les devants de la scène politique s’appelle : Ahmed Gaïd Salah. En plein congé estival, le vice-ministre de la Défense nationale, Chef d’Etat-Major de l’Armée nationale populaire (ANP), multiplie les sorties sur le terrain et lance à chaque fois des meages politiques codés. 

Et à Annaba, lors de sa visite d’inspection de l’Unité de Construction Navale à Annaba, Ahmed Gaïd Salah a une nouvelle fois parlé du Président Abdelaziz Bouteflika en des termes très élogieux pour défendre sa personne auprès des hauts gradés de l’armée algérienne. “Telle est la démarche assurée et fructueuse que nous suivons avec persévérance et dévouement, sous le commandement et avec les orientations de Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef Suprême des Forces Armées, Ministre de la Défense nationale”, a expliqué ainsi le chef d’Etat-Major de l’Armée qui s’est rendu dans  la 5ème Région militaire dans un contexte politique national très tendu marqué notamment par le limogeage d’Abdelmadjid Tebboune et des interrogations persistantes sur la vacance du pouvoir au sommet de l’Etat.

Il faut dire que depuis le début de l’été, Ahmed Gaïd Salah n’a pas cessé de sillonner les régions militaires du pays pour rencontrer les officiers les plus importants de notre armée. Visites de terrain, réunions, exercices militaires, inspections d’installations militaires, le général-major âgé de 77 ans a été l’acteur politique le plus infatigable de cet été 2017. Et ce travail de terrain cache en réalité des considérations politiques qui s’inscrivent dans la crise de succession d’Abdelaziz Bouteflika en 2019.

Une crise qui a éclaté au grand jour à la suite du clivage entre les partisans de Saïd Bouteflika et ses adversaires, les amis des oligarques et leurs ennemis, etc.

Des clivages qui ont fortement inquiété les chefs militaires et le chef de l’état-major de l’armée algérienne. Selon nos investigations, quelques jours à peine le limogeage de Tebboune le 15 août dernier, Ahmed Gaïd Salah a tenu une réunion avec Abdelaziz Bouteflika et plusieurs de ses conseillers dont Ahmed Ouyahia et Saïd Bouteflika. La réunion a été organisée dans une grande discrétion à la Résidence présidentielle de Zéralda.

L’ordre officiel du jour était le budget de l’armée et les futurs projets que devront lancés par l’institution militaire. Mais la situation politique et ses bouleversements ont été largement abordés. Selon nos sources, Ahmed Gaïd Salah a parlé avec beaucoup de franchise et a fait part de ses inquiétudes sur les risques d’instabilité engendrés par les dysfonctionnements politiques du gouvernement. Cependant, il aurait rassuré l’entourage du Président sur la neutralité de l’armée et son engagement à défendre l’inviolabilité de la Constitution.

Ahmed Gaïd Salah aurait même, selon nos sources, demandé un congé de quelques semaines pour se reposer auprès de sa famille, mais c’est le Président de la République qui lui a demandé de rester aux commandes pour poursuivre le travail de terrain au moment où de nombreux nouveaux projets militaires seront lancés. Aux yeux de Bouteflika, la présence de Gaïd Salah constitue un gage de crédibilité et un signal fort qui pourrait rassurer les Algériens en ces temps politiques troubles où l’avenir de l’Algérie nourrit toutes les polémiques.