Je vous écris aujourd’hui en réaction à l’indécente attitude que vous avez adoptée au cimetière d’El Alia, à l’enterrement de feu Rédha Malek, une grande figure de l’histoire contemporaine de notre pays.

Mais je vous écris aussi et surtout parce que mon père, Mohamed Boudiaf qui a été lâchement assassiné par la mafia politico-financière, qu’il a été le premier à dénoncer, a eu droit, malgré lui, à une tombe au même cimetière ou vous affichiez un rire qui, pour le moins qu’on puisse dire, est étrange à notre culture d’Algériens.

Je vous écris aussi et surtout pour vous rappeler qu’à ce même cimetière, tentent de se reposer El-Emir Abdelkader, Lalla Fatma N’Soumer, Ferhat Abbas, Si Larbi ben M’Hidi, Abane Ramdane, Zighoud Youcef, Si El Haoues, Amirouche, et bien d’autres encore, les vrais ennemis de l’ennemi d’hier. Et là, je me rappelle la respectable décision de feu Ait Ahmed, quand il a refusé une tombe à El Alia, qui devait lui revenir de plein droit, eu égard à la page dorée qu’il a écrite dans le livre de l’histoire de notre pays.

Visionnaire comme il était, il a vu qu’un jour viendra où quelqu’un sans respect pour nos morts et nos vivants, poussera un rire malencontreux, et affichera peu, très peu de respect aux historiques Hommes et Femmes enterrés à El Alia.

Ainsi, Ait Ahmed a donc très parfaitement eu raison de refuser d’être enterré à El Alia pour éviter qu’haut fonctionnaire de la République vienne rire sur sa tombe. Ceci démontre combien vous ne respectez pas nos morts ; et celui qui ne respecte pas nos morts, ne sera pas respecté par nos vivants ; les vrais vivants pas ceux qui pensent qu’ils sont vivants.

Rire au cimetière en compagnie de quelqu’un que le Premier Ministre et le Ministère de la Défense Nationale ont mis en demeure, rire pendant l’enterrement de Rédha Malek, rire devant les caméras de ce qui est appelé la Télévision Nationale, est un rire qui en dit long sur l’état de l’Etat au sein duquel vous exercez les fonctions de Conseiller du Président de la République. C’est un rire qui ne donne pas envie de rire mais de pleurer sur l’état de l’Etat d’un peuple qui a combattu l’injustice du colonialisme pour se retrouver peuple d’une République gérée par procuration, devant le rire du monde entier. Dont acte.

Nacer Boudiaf