L’Algérie perd chaque jour des sommes très importantes en devises pour rembourser les frais occasionnés par les retards dans la prise en charge de navires et conteneurs au niveau des ports.
Les surestaries, sont une compensation que l’affréteur doit payer au propriétaire d’un navire lorsque le délai de traitement dépasse ce qui était prévu dans le contrat de voyage.
Pour les conteneurs, les surestaries sont évaluées entre 17 USD et 22 USD par jour selon  les compagnies maritimes, Ils commencent à être décomptés dès l’arrivée du navire en rade et ce jusqu’à leur restitution.  Cette somme est versée au trésor en dinars et ce dernier la reverse en devise à la compagnie maritime.
Le gouvernement algérien a émis un décret limitant le paiement des surestaries des conteneurs à un mois à compter de la touche du navire au quai réceptionnaire du conteneur, mais d’après notre source ‘’ à ma connaissance cette loi n’est pas appliquée’’.
Le Directeur Général des Ports Mr Boushaki a, entre autres, pour mission de contrôler les 14 ports d’Algérie. Et pour cela il reçoit quotidiennement un PV détaillé des navires transmis de la part de la commissions de programmation d’entrée des navires de chaque port.

La commission d’emplacement des navires a un rôle central dans l’organisation des ports, c’est elle qui décide quand un navire doit rentrer au port et lequel restera en rade.

Il va sans dire qu’elle fait l’objet de convoitise par certaines personnes qui peuvent ainsi ‘’négocier’’ la rapidité avec laquelle leur marchandise pourra être traitée et éviter de payer des surestaries.
Un business florissant est ainsi né de l’anarchie, du laxisme et de la rareté des missions de contrôles organiques.
Comment cela fonctionne-il ?
Un importateur pour transporter sa marchandise signe un contrat bail avec une compagnie maritime pour un délai précis. Au-delà de ce délai, il commence à payer des surestaries. Le montant de ces pénalités s’évalue entre 10.000 USD et jusqu’à 40.000 USD par navire et par jour de retard selon le volume et l’état des navires. Un navire qui transporte des céréales par exemple s’acquitte de 20.000 USD/Jour, cette somme pouvant aller jusqu’à 40.000 USD/Jour pour les navires de plus 32.000 Tonnes.

La commission d’emplacement gère normalement l’emplacement des navires selon les dates d’arrivées des navires en rade, mais cette commission obéit à d’autres règles qu’établissent très souvent des personnes intéressées par ce que la mafia de l’importation a à leur offrir.

Nos sources nous ont affirmés que des millions de dinars sont ainsi partagés entre les protagonistes d’un tel aménagement illégal, les grands importateurs faisant jouer leurs relais au sein des ports pour faire rentrer leur navire plus rapidement et avant d’autres.

Il faut savoir que parmi les dispositions contractuelles qui lient armateurs, compagnies maritimes et clients importateurs, il y a une clause de rebours qui stipule que si le délai de la manutention du navire est plus court que celui convenu contractuellement, la compagnie ou l’armateur rembourse au client un montant équivalent aux surestaries, soit de 10.000 à 40.000 USD par jour.

Nos lecteurs comprendront que pour celui qui paye des dessous de table à certains membres influents, ayant la main mise sur la commission de programmation des navires, voit sa marchandise traitée en un temps record et lui permet de récupérer une somme non négligeable en devises à l’étranger de la part de l’armateur ou de la compagnie maritime !

5 jours de gagnés représentent un plafond de 200.000 USD !!!

Cela se fait souvent, comme nous l’avons dit, au détriment des navires tels que les céréaliers étatiques de l’OAIC ou de l’ONAB, qui se retrouvent avec des surestaries très importantes qu’ils répercutent au client final rendant leurs produits peu compétitifs et pénalisant les consommateurs.

Les compagnies maritimes ne réclament presque jamais les conteneurs ; le calcul est simple, un navire qui transporte à son à bord 500 conteneurs représente une source de revenus pour la compagnie maritime un minimum de 11.000 dollars par jour (22USD*500).

Les sociétés privilégiées, souvent privées, de leur côté, qui importent des céréales ou d’autres produits prennent en compte les revenus qu’ils tirent des dispositions de leur contrat bail et redistribuent une partie à leurs soutiens au port.

’Ils savent bien à l’avance que le séjour de leur navire en rade ne durera pas plus que 72 h, certains navires rentrent directement à quai, l’emplacement étant réservé avant même leur arrive en rade… et cela malgré le fait qu’il y ait des navires à conteneurs ou céréaliers OAIC et ONAB arrivés bien avant eux en rade’’ nous explique une autre source.

Voilà comment l’Etat et le trésor publiques perdent des sommes colossales, que la corruption le clientélisme et la médiocrité de personnes qui se sont appropriés les moyens de l’état et qui menacent la stabilité de l’Algérie utilisent pour leurs propres intérêts.

Le futur port de Cherchell va coûter selon les dernières estimations la somme de 3,2 milliards USD au trésor, soit approximativement la somme que l’Algérie a payé en surestaries en 2016.

L’entreprise qui va bénéficier de ce projet obtiendra une concession à long terme et pourra en théorie récupérer son investissement en 3 ans uniquement avec les surestaries. Cela sans prendre en considération ni les quelques 20 millions de Tonnes de marchandise qu’aura ce nouveau port à gérer, ni l’ensemble des opérations de transbordements et chargements payables en devises !

Force est de se demander à la lumière de ces informations su cette disposition est une bonne option pour l’état algérien sachant que l’amortissement du port pourra se faire en quelques années en améliorant le flux maritimes et le traitement des navires.

Notre source insiste sur le fait que ‘’Le transport maritime ne cesse d’augmenter, avec la dévaluation du Dinars face au Dollar, l’Algérie perd pour chaque conteneur un montant réel de 53 USD et ce sans prendre en considération l’augmentation de 30% en de la rémunération du personnel des ports décidée en 2015’’, renforçant par-là l’idée de revoir l’étude économico-financière de ce projet.

La filiale d’un grand groupe français de ciment s’est très vite adapté aux règles imposées par la maffia des ports, elle a droit au couloir vert et à un quai spécial grâce à son consignataire LMTS pour le déchargement de sa matière première (clinker) et peut ainsi assurer cinq rotations mensuelles sans avoir à payer de taxe de rade au trésor Algérien, mais en ménageant grassement ses soutiens dans certains ports.

En 2016 le montant total estimé pour le paiement des surestaries conteneurs et navires s’élève,  selon les sources, entre 3 et 4 milliards de dollars!! De quoi s’équiper de 30 navires marchands !

Une somme surprenante qui en cette période de chasse aux dépenses est une charge à la charge de l’Etat et que le Ministère des transports devrait juguler en urgence.

Mr Boushaki, Directeur des Ports et  ‎Abdelghani Zalene, Ministre des Transports vont-ils demander une véritable enquête en s’appuyant sur la nouvelle inspection générale que le gouvernement vient de mettre en place ? Pensent-ils à une autorité de régulation dans le secteur ?

Enfin, quand est ce que les autorités vont-elles informatiser le transport portuaire et sévir le sabotage des graphes électroniques sur les grues et autres dispositifs de suivi des opérations de manutention portuaires en général ?

Tant de questions qui méritent des réponses que l’on ne voit pas arriver. Pourquoi ?