Reporters sans frontières (RSF) appelle la justice algérienne à libérer Saïd Chitour, fixeur et collaborateur de médias anglophones dont la BBC et le Washington Post, emprisonné depuis le 5 juin à Alger. La détention préventive est injustifiée et son prolongement depuis plus d’un mois est excessif. RSF s’inquiète également des conditions de détention difficiles de Chitour qui est diabétique.

Said Chitour a été arrêté le 5 juin 2017 à l’aéroport international d’Alger par les services de renseignements et présenté directement au tribunal de Dar Al Beïda qui l’a placé sous mandat de dépôt. Ce collaborateur de médias, très connu à Alger, est accusé d’avoir remis des documents confidentiels à des diplomates étrangers. Il est poursuivi en vertu de l’article 65 du Code pénal qui prévoit la “réclusion perpétuelle pour quiconque, dans l’intention de les livrer à une puissance étrangère, rassemble des renseignements, objets, documents ou procédés dont la réunion et l’exploitation sont de nature à nuire à la défense nationale ou à l’économie nationale”. Chaque personne étant présumée innocente, la détention préventive de Chitour est excessive puisque l’utilisation de cette mesure devrait être exceptionnelle, et doit être justifiée par des éléments du dossier clairement énoncés, comme le risque de fuite ou de trouble à l’ordre public, qui ne sont pas réunis ici. Elle ne saurait en outre se prolonger indéfiniment sans qu’une date soit fixée pour le procès.

« Quand le provisoire se prolonge sans motifs, sans date de procès, la détention devient arbitraire, et le principe de la présomption d’innocence est bafoué, déclare Virginie Dangles, rédactrice en chef de RSF. Dans l’attente d’un procès équitable, Said Chitour doit être libéré sans délai, d’autant plus qu’il souffre de problèmes de santé. Par ailleurs, les autorités algériennes algérien et plus particulièrement la présidence de la République dont dépendent les services de renseignements à l’origine de l’arrestation de Chitour doivent exposer les motifs qui justifient le prolongement de cette détention avant procès, or jusqu’ici nous ne savons rien des faits exacts qui lui sont reprochés.»

Interrogé par RSF, son avocat Me Miloud Brahimi a affirmé que son client devait être libéré. “Il fera face à la justice et ne compte en aucun cas s’échapper”. Contacté par RSF, le service de communication de la présidence de la République n’a pas souhaité faire de commentaires.

Cette affaire n’est pas sans rappeler l’arrestation du blogueur Touati Marzoug également maintenu en détention provisoire depuis janvier 2017 à la prison d’Oued Ghir à Bejaia pour avoir publié un entretien sur Skype avec une personne se présentant comme diplomate israélien. Accusé sur la base de l’article 71 du Code pénal algérien, il risque jusqu’à 20 ans de prison. Dans un communiqué publié en février dernier, RSF dénonçait la disproportion des charges et de la peine encourue.

Dans son rapport “Algérie : la main invisible du pouvoir sur les médias”, l’organisation décrivait l’utilisation abusive de la détention provisoire par les autorités algériennes comme une épée de Damoclès pour les journalistes, journalistes-citoyens et contributeurs de médias.

L’Algérie occupe la 134ème place au Classement mondial de la liberté de la presse 2017.