Dans l’organisation commerciale des opérateurs de téléphonie mobile en Algérie, il existe plusieurs acteurs dans la chaîne de distribution, dont la mission est de multiplier la base d’abonnés à travers l’accroissement des abonnements par la vente des cartes SIM, mais également de fournir, au client final, les minutes de crédit nécessaire pour pouvoir profiter de cet abonnement téléphonique.

Pour ce faire, les opérateurs ont signé des contrats de distribution avec des agents commerciaux commissionnaires, qui ont pour tâche de mettre à disposition des grossistes et points de ventes les services proposés par les fournisseurs de services de télécommunication mobile.

Ainsi, concernant la procédure de rechargement, les distributeurs se voient octroyés, par les opérateurs, un nombre indéfini de cartes SIM que l’on va appeler SIM Principales, sur lesquelles le sous-traitant contractuel de l’opérateur va recevoir, contre paiement, un certain nombre d’unités correspondant à son chèque.

Le distributeur dispose également de cartes SIM secondaires qu’il remet normalement à ses équipes commerciales et aux grossistes après y avoir transféré une partie du crédit acquis de chez l’opérateur. Nous appellerons ces SIM les SIM secondaires.

Enfin, les cartes SIM que possèdent les revendeurs au niveau des points de vente, sont celles que nous tous connaissons le mieux, le rechargement au client final s’établissant à partir de ces SIM que l’on va nommer SIM terminales.

Il va sans dire que les SIM terminales sont uniquement chargées par les seules SIM secondaires.

Ce système en cascade, classique, où chaque intervenant à un rôle bien défini dans la mise à disposition de la recharge aux abonnés de téléphonie mobile est quasiment le même pour chaque opérateur.

Dans tous les cas, l’opérateur est l’unique et seul responsable du service qu’il met à disposition de bout en bout puisque celui-ci est sa propriété et que les intervenants ne sont que des commissionnaires et des logisticiens qui facturent leur prestation selon un cahier de charges défini et des obligations contractuelles acceptées.

Or il s’avère que dans la réalité ce système échappe complètement au contrôle et à la rigueur imposés aux opérateurs par le gouvernement algérien à travers les dispositions légales émanant du ministère de tutelle, du règlement de l’autorité de régulation, à savoir l’ARPT, et n’obéit pas aux règles qu’impose la sécurité de notre pays.

Nous laissons le soin à tous nos lecteurs de prendre la mesure de cette affaire qui pourrait surprendre par l’inefficacité des systèmes de contrôles de l’opérateur en premier et du risque découlant de ces pratiques, mais qui appelle également les autorités de notre pays à prendre des dispositions adaptées à la mesure du danger que ces pratiques peuvent engendrer.

Tout d’abord il y a lieu de signaler qu’un nombre très réduit de grossistes et de points de vente émettent des factures liées aux commissions qu’ils perçoivent.

Cette culture du ‘’sans facture’’ qui prévaut, est un frein à l’évaluation et à la traçabilité des transactions pour les autorités financières de notre pays, qui voient là échapper des revenus conséquents, puisque le marché mensuel du rechargement est évalué à plusieurs dizaines de milliards de Dinars !

L’autre aspect, qui nous a paru être d’une importance capitale, est le fait que des sommes très importantes transitent à travers tout un réseau dont l’identification est souvent douteuse dans de simples cartes SIM Secondaires.

Selon plusieurs témoignages de parties prenantes d’un opérateur, un marché sous-terrain de location de cartes SIM Secondaires est organisé afin de transporter d’importantes sommes d’argent en substitution au réseau bancaire !

Quid de la procédure :

Une personne dans la ville A se présente au niveau d’un partenaire commercial ayant une carte SIM secondaire, lui remet par ex un montant X en DA. Le partenaire lui ‘’loue’’ une carte Sim Secondaire, moyennant une commission.

La personne traverse le pays sans éveiller un seul soupçon et avec une belle somme d’argent sur lui.

Arrivé au point de destination dans la ville B, cette personne va voir un autre partenaire commercial de l’opérateur et lui échange la carte SIM secondaire, toujours moyennant une seconde commission, contre le cash qu’elle renfermait !

Officiellement, il y a eu une transaction ‘’légale’’ qui consiste en un transfert d’unités et de minutes de crédit entre sous-traitants, mais la réalité est toute autre, nous avons affaire à un transfert d’argent à travers un porte-monnaie électronique qui n’est pas encadré par la loi, l’opérateur, la banque centrale, l’ARPT et toutes les instances légales.

L’identité de cette personne ne pourra jamais être remontée et pour peu que cet argent serve à financer des activités illégales, les opérateurs seraient en vertu de la loi, responsables d’un grave manquement à leurs obligations.

Ainsi, comme notre exemple le décrit, tout le monde peut disposer de cash, tout en discrétion et sur l’ensemble du territoire national, en empruntant les services d’un réseau financier occulte et illégal, permis, certainement de manière inconsciente, par l’opérateur lui-même.

La politique d’octroi de SIM Secondaire n’étant manifestement pas convenablement encadrée, l’identification des acteurs impliqués dans la distribution étant très souvent précaire, les équipes commerciales n’étant pas toujours au fait de ces pratiques ou fermant les yeux, la facturation des prestations ne faisant pas partie de la culture de ces réseaux, voilà ce à quoi doit s’atteler l’ensemble des opérateurs en concertation avec les experts et les différents services d’autorité en la matière.

Il est fondamental de couper court à cette déconcertante facilité de transport et de circulation d’argent cash dans un circuit dont l’opacité appelle à une vigilance accrue de nos services de sécurité.

Le gouvernement devrait se pencher sur cette révélation qui pourrait ébranler la sécurité de tous et dépêcher une commission d’experts pour évaluer le secteur.