Depuis de nombreux mois le pillage de la richesse algérienne connaît une accélération folle, pour des montants jamais égalés. Le dépeçage de l’Algérie n’est pas nouveau mais il semble que ceux qui se sont nourris sur la bête multiplient leurs crimes et ne veulent plus laisser un seul bout de chair sur les os.

 

Dans le même temps, un phénomène mondial s’accélère pour mettre fin aux crimes de la corruption d’État. Partout, des initiatives voient le jour car les pays occidentaux ont enfin compris qu’il n’était pas de leur intérêt à laisser agir les corrompus.

 

Tant que la croissance mondiale était au rendez-vous, corrupteurs et corrompus se sont donnés la main dans une fraternité du silence. L’impunité avait  toujours été déclarée pour nos hauts cadres et dirigeants d’entreprises nationales, nos hauts fonctionnaires, militaires et civils, ainsi que la génération de golden boys, issue d’ailleurs le plus souvent de la haute fonction publique ou ayant un lien familial et mafieux avec elle.

 

Il en est autrement aujourd’hui, pour des raisons différentes mais concordantes. D’abord parce que les pays occidentaux se sont aperçus que cette corruption était un gigantesque souci pour eux-mêmes en ces moments de rétractation économique. Puis ensuite parce que les montants usurpés et les mécanismes de dissimulation découverts ont secoué les populations. La multiplication des lanceurs d’alerte ainsi que les révélations, du type Panama papers, ont donné un écho assourdissant et planétaire à ce gigantesque pillage des deniers publics.

 

La réaction judiciaire, au niveaux des pays et internationale, s’accélère à son tour pour investiguer et condamner ceux qui s’adonnent à cette activité de spoliation des peuples. Le maillage est encore nouveau mais il tend à se resserrer de plus en plus fort.

 

Un nombre important de décisions ont été prises. Les législations internes et internationales sont à pied d’œuvre pour renforcer la traque. Il en est ainsi de l’échange obligatoire des données bancaires (le mot obligatoire est important à retenir) depuis le 1er janvier 2017. La Suisse a été mise à genoux par la menace américaine. La banque HSBC, maître en la matière, ainsi que bien d’autres ont été obligées de stopper leurs actions d’accompagnement de la dissimulation fiscale.

 

Le mouvement mondial est en marche. Nous l’avions déjà constaté sur le plan pénal par la brochette de chefs d’État et hauts responsables africains qui se sont présentés devant la Cour pénale internationale. Il manquait le volet de la responsabilité civile et criminelle par les spoliations des revenus publics. Le procès des « biens mal acquis » qui s’est ouvert à Paris le 19 juin 2017 donne le départ d’une volonté sérieuse de poursuivre les corrompus internationaux qui ont cru être couverts par l’immunité de leur statut et la protection de leur entourage.

 

C’est dans cet environnement, enfin favorable, que les algériens doivent saisir la balle au bond et réagir par des armes juridiques disponibles, hors de leur pays où la justice est totalement paralysée, si ce n’est inféodée et complice.

 

Des organes de presse comme Algérie Part irriguent chaque jour le flot vertigineux des révélations. C’est un véritable choc que de voir apparaître les éléments des preuves criminelles, ce que nous avions toujours su mais jamais pu mettre au jour dans le pays où régnait le silence de la pieuvre malsaine.

 

A chaque fois qu’il s’était agit de dénoncer et de faire apparaître les dissimulations à l’étranger, un certain nombre d’internautes avaient manifesté leur souhait que ce soit à l’extérieur de ce régime nauséabond que soit portée la menace judiciaire. Ils ont lu et compris qu’un certain nombre d’outils étaient à leur disposition pour tenter de reprendre possession de leurs biens spoliés.

 

L’affaire des biens mal acquis du procès de Paris a bien montré que la jurisprudence avait permis un pas important pour mettre à mal l’agissement des corrompus internationaux, particulièrement africains. La décision de la Cour de cassation est historique puisqu’elle permet à certains groupements de se porter partie civile.

 

Cependant, Transparency International ou l’association SHERPA, deux groupements actifs anti-corruption à l’initiative du procès de Paris, rappellent que les procédures restent encore très difficiles car le droit oblige à un certain nombre de preuves qu’il est parfois très difficile de réunir. De plus, la jurisprudence restreint la « légitimité à agir » aux personnes directement touchés par l’acte de corruption.

 

Ces deux points sont encore une entrave pour les citoyens algériens qui veulent agir pour dénoncer des faits de corruption qui leur sont si évidentes et si visibles. Il suffit de mettre en relation le niveau de traitement des fonctionnaires concernés avec le niveau de patrimoine pour que cela saute aux yeux.

 

Il en est de même pour les hommes d’affaires dont les fortunes colossales sont souvent difficilement en relation avec les déclarations fiscales et les montants bancaires enregistrés légalement. Et ne parlons pas de la législation du change en devises et des opérations internationales qui relèvent d’une prouesse technique peu conforme aux textes si on les compare aux biens et fonds possédés à l’étranger.

 

Il est temps que les algériens réagissent, y compris ceux qui résident à l’étranger. C’est leur dur labeur et leurs impôts lourdement ponctionnés qui aliment la corruption et les biens mal acquis à l’étranger par les corrompus algériens.

 

Ils sont en droit, eux-mêmes comme leurs familles, à exiger une législation beaucoup plus rigoureuse envers ces criminels qui ont pillé jusqu’à l’écœurement. Lorsqu’on regarde l’insolence de la fortune et des placements de la famille Nezzar, on comprend qu’il est temps de réagir. Il en est ainsi de bien d’autres. Certains ont même accédé au classement Forbes et d’autres tentent d’y parvenir.

 

Tant qu’il est encore temps, les algériens doivent réagir avant la catastrophe finale qui se rapproche de mois en mois, à la vitesse de la fonte des réserves financières nationales. C’est une course poursuite qu’il faut mener pour arrêter le pillage sanguinaire d’un peuple.

 

Ces biens mal acquis doivent être récupérés et les corrompus d’État ou hommes d’affaires malveillants, châtiés sévèrement. Le peuple algérien ne doit pas se faire d’illusion car ces sommes ne couvriront jamais les besoins colossaux de la prise en charge sociale des nécessiteux dépouillés  par la corruption d’État. Mais c’est une force symbolique que nous devons opposer à ces individus, un coup d’arrêt d’une puissance contre laquelle ils ne pourront résister.

 

Toutes les initiatives sont salutaires, petites et grandes. Elles alimenteront le fleuve de la rébellion contre cette mafia, civile et militaire. L’une d’entre elles, aussi modeste soit-elle, est proposée au bas de cet article.

 

Nous devons insister et harceler le Parlement européen afin qu’il étudie une proposition d’élargissement des outils de lutte mis à la disposition des algériens, nationaux ou résidents en Europe, bi-nationaux ou non. Nous le lui demandons par cette pétition.

 

Ce sont, bien entendu, des dispositions générales que nous demandons car le cas algérien ne peut être traité en droit séparément. Mais nous devons tenter de faire réagir ce parlement pour pouvoir traquer les corrompus avec des dispositions moins contraignantes auxquelles les textes actuels nous soumettent.

 

Il est donc demandé à tous les algériens d’exprimer leur soutien à cette initiative, (comme de participer à toutes les autres) :

 

Pétition disponible sur Change.org et sur ce lien : 

https://www.change.org/p/enseignant-halte-au-saignement-de-l-alg%C3%A9rie-par-la-corruption-d-%C3%A9tat?recruiter=743732857&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=share_petition

 

SID LAKHDAR Boumédiene, Enseignant