A la surprise générale, les autorités algériennes ont décidé de bloquer les importations de plusieurs produits alimentaires comme le chocolat, la mayonnaise ou divers biscuits comme nous l’avons révélé.  Entrée en vigueur au début de ce mois de juillet, cette décision radicale va causer certainement dans les jours à venir une augmentation des prix de ces produits largement consommés par les Algériens.

Mais est-ce réellement une mesure salutaire pour l’économie de notre pays ? Pas si sûr car de nombreux pays dans le monde ont cru bien faire en interdisant les importations pour “soigner” leurs économies. Mais à la fin, la situation économique n’a guère été améliorée. Récemment, le Zimbabwe, ce pays de l’Afrique australe avait adopté cette même stratégie pour faire face à sa crise financière. Et en 2016, les autorités de ce pays ont vite compris que cette tendance à traiter les symptômes plutôt que les problèmes réels  ne résoudra pas les problèmes fondamentaux de l’économie zimbabwéenne. L’Algérie se retrouve aujourd’hui dans la même situation.

Nos dirigeants croient savoir que le contrôle des marchandises importées va nous libérer de l’actuelle crise financière provoquée par la chute des recettes en devises. A travers ses nouveaux contrôles à l’importation, le gouvernement algérien essaie d’augmenter ses recettes fiscales. Pour bloquer les importations, il nous fait croire qu’il va défendre l’industrie nationale. Mais ces mesures ne signifient nullement que notre industrie sera capable de produire elle-même ses biens interdits à l’importation.  Le pays a plutôt besoin d’une stratégie à long terme non pas de solutions de bricolage.

Et pour cause, au Zimbabwe, cette politique a engendré d’énormes pénuries sur le marché national et la population privée de produits alimentaires a fini par se révolter dans de violentes manifestations populaires.

« Sans aborder les vrais problèmes, les nouvelles politiques ne serviront qu’à renforcer les résultats négatifs actuels. Pour apaiser le climat politique fragile, le gouvernement doit relever les défis macroéconomiques et traiter les problèmes de la politique monétaire et de la productivité industrielle. Ce seraient quelques-unes des premières mesures pour instaurer la confiance, relancer la production et attirer les investissements directs étrangers », avait analysé en 2016 un expert sud-africain, Matlou Kalaba, Maître de conférences en économie agricole, Université de Pretoria.

 

Ce dernier a démontré brillamment que la solution de bloquer les importations n’aidera jamais un pays à surmonter sa crise financière ou économique. Cet expert a décrypté le cas de l’Afrique du Sud en expliquant comment son pays avait pris des mesures politiques contraires aux problèmes qu’il cherchait à résoudre. En 2016, l’Afrique du Sud avait augmenté la taxe à l’importation du blé de 34%. Avant cela, elle avait imposé un quota de 65.000 tonnes pour l’importation de la viande de volaille originaire des États-Unis.

 

« Les décisions ont été justifiées par la protection des emplois, des revenus des agriculteurs et de l’industrie locale. Bien que ces arguments semblent louables, malheureusement les causes profondes des problèmes ont été ignorées. L’Afrique du Sud consomme actuellement plus de blé qu’elle n’en produit. En effet, depuis les années 1980, les agriculteurs sont passés à d’autres cultures plus rentables, alors que la consommation n’a cessé d’augmenter. Ainsi, une hausse du tarif douanier ne permettra pas l’augmentation de la production. Elle pourrait, certes, permettre accroître les revenus des agriculteurs à très court terme, mais cette hausse va encore nuire aux consommateurs en augmentant les prix du pain, un produit alimentaire de base », explique cet expert pour démontrer l’irrationalité des mesures prises par les autorités sud-africaines.

 

Pour Matlou Kalaba, le plus important est « de réfléchir à la racine d’un problème pour ne pas mettre en place des politiques populistes inefficaces et contreproductives ». « D’évidence, quand la demande dépasse la production d’un pays, recourir à l’importation n’est pas un crime ! », ajoute-t-il en assurant que la solution durable est « de résoudre le problème du déficit d’offre en créant un environnement incitatif pour les producteurs ».

« C’est surement plus stratégique pour le consommateur qui gardera une offre de produits à des coûts accessibles », conclut-il. Les autorités algériennes devraient s’inspirer de cette expertise pour revoir leur politique afin d’éviter à notre pays les erreurs stratégiques qui ont déstabilisé auparavant d’autres pays souffrant d’une crise financière aussi dure que la nôtre…