Saïd Bouteflika est devenu, aujourd’hui, un sujet et une cible pour les médias. Et cette situation commence à agacer de nombreuses personnes proches de son entourage notamment des cadres qui travaillent avec lui à la Présidence de la République.

Selon les témoignages de certains de ses cadres recueillis par Algériepart, Saïd Bouteflika serait attaqué « simplement parce qu’il se trouve être le frère du Président mis, par devoir, dans la position où il se trouve et que ce dernier lui voue une confiance et une considération bien méritées».

Oui, méritée selon nos interlocuteurs qui ont requis l’anonymat, au regard des fonctions délicates qu’ils occupent, pour nous expliquer les raisons pour lesquelles le Président de la République voue à son petit frère une affection sans borne.

 

« Depuis longtemps, le Président a toujours apprécié le sérieux, l’abnégation à toute épreuve, l’intelligence et le sens élevé de l’engagement de son frère Saïd », nous révèle un membre de l’entourage du cercle présidentiel.

Selon les récits de cet interlocuteur proche de la famille Bouteflika, parmi tous ses frères, Abdelaziz Bouteflika a toujours eu un penchant et une préférence pour Saïd. Et des liens forts unissent les deux frères depuis qu’Abdelaziz était un simple ancien Ministre des Affaires Etrangères et ancien membre du Conseil de la Révolution. D’ores et déjà, à cette époque-là, il était « accompagné du Professeur Saïd dans toutes ses activités et rencontres politiques et sociales», nous apprend notre source.

Ces informations nous ont été confirmées par d’autres sources bien informées et qui connaissent parfaitement les rouages du sérail algérien. Selon ces sources, le Président Abdelaziz Bouteflika s’est toujours fait assister par deux membres importants de sa famille, en l’occurrence ses frères Mustapha et Saïd.

Ces deux derniers étaient l’un médecin spécialiste et l’autre professeur universitaire titulaire avant de s’engager au côté de leur ainé. « Pourquoi le Président aurait-il dû se priver de leur service ? Ne remplissaient-il pas les conditions pour être respectivement médecin officiel du Président et responsable du service informatique de la Présidence ? », s’interroge-t-on au niveau du Palais d’El-Mouradia.

Plusieurs témoignages évoqués d’anciens membres du gouvernement n’ont pas fait état d’ingérence des deux frères du Président dans la gestion des affaires du pays. « C’est le cas de tous les conseillers auxquels le président n’a pas donné le pas sur les ministres dans l’ordre de préséance protocolaire sauf l’exception qu’il a discrétionnairement et à son initiative faite pour son auguste conseiller diplomatique le défunt Abdellatif Rahal », assure, pour sa part, un ancien diplomate algérien aujourd’hui à la retraite et qui a côtoyé pendant longtemps Abdelaziz Bouteflika.

« C’est l’ex-Département du Renseignement et Sécurité (DRS) qui a usé et abusé de la plus grande part du pouvoir de prise de décision durant les trois premiers mandats du Président Bouteflika. Même dans la sphère diplomatique, le DRS intervenait directement dans le choix et la nomination des Ambassadeurs et Consuls de la République », dénonce cet ancien diplomate qui ne cache pas sa colère face à la campagne médiatique menée tambour battant contre Saïd Bouteflika y compris par certains organes de la presse étrangère.

Toujours sous le couvert de l’anonymat, un fonctionnaire dans une direction stratégique relevant de la Présidence de la République confirme à Algériepart qu’Abdelaziz Bouteflika ne fait confiance qu’à sa famille. « Sa soeur lui prépare ses repas, son frère médecin assure son suivi médical et son frère informaticien prend en charge la régie informatique au siège de la Présidence. Quoi de plus naturel ? Quoi de plus normal ? », fait remarquer ce dernier selon lequel « partout dans le monde, tout Chef d’Etat est entouré des mesures de sécurité les plus draconiennes. Nul ne peut l’approcher comme bon lui semble et il est tenu lui-même de respecter et de faire respecter l’accès réglementé à son périmètre de sécurité établi par les services compétents ».

« On raconte, ajoute ce même haut fonctionnaire, que même le frère cadet du Président aurait un jour, lors d’un déplacement à l’intérieur du pays, fait les frais du protocole de sécurité appliqué pour la protection du Président ».

Un ami de longue date à la famille Bouteflika confie, pour sa part, que Saïd a été désigné pour servir dans le carré intime du président parce que ce dernier était «contraint de ne pouvoir faire autrement en raison des conséquences de l’AVC qu’il a subi ».

 

Il faut savoir, en effet, que le Président ne s’adresse que très rarement directement aux ministres et hauts responsables. Ses instructions écrites ou orales ont été, et depuis le début, communiquées par son secrétaire particulier Mohamed Rougab et non pas par son frère Saïd, a-t-on appris également suite à nos recherches.

Ce secrétaire particulier, qui ne l’est plus à présent, est demeuré, jusqu’à sa récente disgrâce « le fameux interlocuteur incontournable » et l’intercesseur auprès du Président.

“Saïd Bouteflika n’a ni choisi ni souhaité la situation dans laquelle il se trouve lui seul à l’exclusion de tout autre conseiller du président. Lui qui a toujours vécu dans l’anonymat et bien immergé au sein de sa communauté professionnelle et de son milieu social antérieurs, n’a pas choisi de se mettre en scène au centre de la vie nationale”, précise, de son côté, un ancien chercheur de l’Université de Bab Ezzouar qui est toujours lié au frère du Président.

Et dans les allées secrètes du Palais d’El-Mouradia, on parle plutôt de “l’obligation de reconnaissance envers son frère ainé qui l’ont prédestiné et déterminé à partager celui d’un frère qui a choisi de se porter au secours de la patrie en danger et d’assumer le sacerdoce de présider aux destinées de son pays depuis près de deux décennies”. Et c’est pour toutes ces raisons, concluent nos sources, que Saïd bénéficiera éternellement de “la sympathie, la reconnaissance, le soutien et le respect” de son frère, l’homme qui a dirigé le pays pendant 4e mandats successifs. Mais parviendra-t-il, en revanche, à conquérir la reconnaissance de ses compatriotes algériens ? Seul l’avenir nous le dira…