A l’ère du numérique, les usages quant à la recherche d’informations changent. Que faisons-nous aujourd’hui lorsque nous voyons ou entendons quelque chose que nous avons du mal à comprendre ou que nous souhaitons en savoir plus sur un sujet ? Avant, on posait la question autour de nous, on prenait un livre ou une encyclopédie quand cela était possible.
Aujourd’hui, Il nous est bien plus facile d’aller chercher l’information sur le net ou d’adresser directement nos questionnements à travers les médias sociaux.

En quelques clics et autant de minutes, nous trouvons et rassemblons des éléments de réponses de sources variées et au final le mystère qui nous taraudait l’esprit s’étiole.

Prenez le même scénario et transposez-le à un agriculteur à des milliers de kilomètres à l’intérieur de l’Algérie profonde ou en Afrique, qui serait responsable de la nourriture non seulement de sa propre famille, mais également de la nôtre.

On estime que 70% de la nourriture mondiale provient de petites fermes isolées
en moyenne d’à peine 1 hectare. (Source:
www.wefarm.orgJusqu’à présent, pour résoudre les tracas quotidiens de leurs activités, les hommes et les femmes qui travaillent dans ces fermes s’appuyaient sur ce que leur avaient enseigné leurs prédécesseurs et faisaient confiance au bouche à oreille. Désormais, comme pour nous, leur accès à l’information va littéralement transformer leurs vies, autant que les aliments qu’ils produisent.

La révolution verte des années 1960 a vu l’agriculture prospérer particulièrement en Asie, il s’agissait d’assurer la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale à mesure que la taille des populations augmentait, l’Afrique était alors embourbée dans sa lutte contre les colonisations.

Aujourd’hui, beaucoup de pays d’Afrique sont confrontés au niveau agricole à des défis réguliers : de faibles rendements agricoles, la sécheresse entrainant de mauvaises récoltes qui peuvent mener à une famine, comme l’a déclaré le Soudan du Sud il y a quelques semaines. ( lire:http://www.fao.org/hunger/fr/)

Nous pouvons aujourd’hui utiliser un puissant outil qui n’existait pas lors de la première révolution agricole: le téléphone mobile.

Les petits agriculteurs produisent la majorité des aliments que nous consommons, ils sont très souvent confrontés à des facteurs qui échappent à leur volonté ou contrôle, comme les effets du changement climatique, l’échec des semences, la volatilité des marchés, le diktat des intermédiaires, les maladies infectieuses…
Crée il y a quelques temps, un nouveau service connu sous le nom de WeFarm, utilise une forme simple de réseautage social pour aider les agriculteurs à rester informés.
Ce service se propose d’aider les petits agriculteurs à travers le monde à accéder à des informations cruciales en temps opportun concernant leurs récoltes.
L’approche est simple: lorsqu’un agriculteur fait face à des difficultés à propos de ses récoltes, il envoie un message au numéro WeFarm local. La question est ensuite traitée et envoyée à une sélection de membres de la communauté à même d’apporter une réponse et ce en quelques minutes.

Lancée en 2015, la plate-forme basée à Londres a déjà été testée dans plusieurs pays d’Afrique : Kenya, Ouganda mais également en Amérique latine : Pérou.
Avec l’évolution de la téléphonie mobile en Algérie, ce service, qui a pour but l’information et le partage de connaissances pourrait être efficace pour ce secteur vital.

Nos agriculteurs ont des informations et des connaissances générationnelles qui profiteraient à d’autres agriculteurs au sein du réseau, ils pourraient ainsi profiter de la connaissance d’autres agriculteurs éparpillés en Algérie même, en Afrique ou dans le monde puisque plus de 120 000 agriculteurs sont connectés à l’aide de service et il a déjà été apporté plus de 280 000 réponses à des questions !

La construction d’une communauté d’agriculteurs en Algérie utilisant et partageant des informations à travers des plateformes de services inspirées de ce qui se fait au niveau continental et à travers l’exploitation de la téléphonie mobile serait un puissant facteur de changement.


Contribution de l’internet dans le PIB :
L’Algérie se situe en 11ème position en Afrique en 2012 et 31ème mondial.
GAINS DES RENDEMENTS AGRICOLES
Hormis la recherche et le partage d’informations auprès d’autres agriculteurs, il existe des axes de développement basés sur l’exploitation des nouvelles technologies de télécommunications: l’amélioration de la production alimentaire.

Le programme Mbegu Choice (Swahili pour «choix de semences») a permis à de petits cultivateurs de développer de nouvelles perspectives en investissant sur des plantes qui produisent des aliments toute l’année.
Il s’agit en fait d’une base de données, développée par une entreprise, de toutes les cultures disponibles au Kenya et transmise à L’Association Africaine du Commerce des Semences.
(http://afsta.org/fr/)

Le but de ce programme est d’aider les agriculteurs à choisir les plantes à cultiver après avoir décrit les conditions de leurs terres agricoles et leur région d’implantation afin d’obtenir une liste des variétés de semences qui pourraient s’épanouir chez eux.

Le processus est là encore simplifié, il suffit d’indiquer sa localisation, le type de récolte et le type de culture désiré (croissance précoce…) On peut demander de prendre en considération un plant résistant à la sécheresse ou à certaines maladies… tout ceci en Anglais, en swahili pour le moment.
Le site a déjà été visité par plus de 26 000 utilisateurs au Kenya et 34 000 dans le monde, la seule limite est la nécessité d’avoir un ordinateur ou un smartphone et pour se développer d’avantage et particulièrement en Algérie, il s’agirait de rendre le contenu accessible en arabe et français et éventuellement de l’adapter.
La plateforme iCow au Kenya a été développée pour de petits producteurs laitiers. Elle distribue de l’information en ligne et sur les téléphones mobile, ainsi que des vidéos éducatives. Cette initiative aurait permis d’augmenter de 30 % la production de lait de ses utilisateurs.(Lire: http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/04/02/icow-le-conseil-agricole-au-bout-des-doigts_4608580_3212.html)
En Ouganda, un centre d’appels existe, qui fournit aux agriculteurs des compétences en quatre langues sur les récoltes, le bétail, la météo, les prix du marché et les fournisseurs d’intrants.
Internet joue également un rôle-clé dans l’accès aux marchés en terme de prix pour les produits et les bêtes.
Dans de nombreux pays africains, Esoko fournit des conseils hebdomadaires aux agriculteurs à travers les téléphones mobiles, ce qui leur permet de négocier de meilleurs prix, de choisir entre plusieurs marchés et de recevoir des offres pour leurs produits. 
La nécessité d’être en ligne est une limitation majeure de ces service et c’est là que les pouvoirs publics et les opérateurs peuvent contribuer à proposer des forfaits et des accès subventionnés afin d’aider à redynamiser le secteur agricole et assurer une sécurité alimentaire dans notre pays et de limiter notre dépendance aux importations. 
LUTTE CONTRE LA SECHERESSE

Dans plusieurs régions du monde, les approvisionnements alimentaires sont entravés par la sécheresse. La Corne de l’Afrique a vu des sécheresses se produire presque annuellement au cours des 12 dernières années, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Dans la plupart des pays de cette région, plus de 25% de la population souffre de la faim et de la sous-alimentation chronique.
Les conséquences de la sécheresse sont nombreuses, en plus de la réduction de la disponibilité des aliments et de l’eau, on constate souvent une augmentation du risque d’incendie, l’infestation d’insectes, de maladies infectieuses en plus de l’érosion éolienne et la désertification, tout en réduisant encore les volumes d’aliments qui peuvent être produits.

Des chercheurs de l’Université de Columbia ont lancé un programme pour aider les populations à risque à anticiper les problèmes liés à la sécheresse en combinant des données satellitaires et des informations issues de personnes sur le terrain.

Ils utilisent les résultats d’une étude connue sous le nom de SATIDA (Satellite Technologies for Improved Drought Assessment), dirigée par l’Université de technologie de Vienne. (
https://satida.net)
Cette étude a utilisé des données satellitaires pour identifier les évolutions régionales de la sécheresse en partenariat avec les personnes qui utilisent des smartphones sur le terrain et ainsi pouvoir exploiter leurs connaissances locales sur les sécheresses et des informations sur les activités susceptibles d’alimenter davantage l’insécurité alimentaire.(Guerres, famine)

L’objectif étant de savoir si une sécheresse tendra à se poursuivre ou pas et d’adapter des actions correctives même si nous savons que ce n’est pas toujours la sécheresse qui mène à l’insécurité alimentaire.

L’ALGERIE 2.0

Au cœur de ces programmes, il y a un grand espoir pour le rôle de la technologie dans l’évolution de l’agriculture.
L’utilisation des TIC peut changer radicalement les coûts et les modèles de livraisons d’une vaste gamme de produits et services aux agriculteurs et autres acteurs intervenant le long des chaines de valeur agricoles.
En Algérie et sans être exhaustifs, les institutions publiques, les opérateurs privés, les associations, les universités peuvent participer à engager une réflexion participative qui mènerait à la mise en place d’actions concrètes pour le développement de plateformes de services dans le domaine de l’agriculture en exploitant les nouvelles technologies et collaborer étroitement avec les programmes déjà en cours en Afrique pour une meilleur mutualisation et intégration régionale.
Une plateforme de services proposant un bourse numérique regroupant les agriculteurs producteurs aux revendeurs et clients finaux exclurait de facto les intermédiaires et mandataires ce qui ferait baisser mécaniquement les prix des produits agricoles avec une meilleure transparence sur les prix, la provenance des produits…
Les système de subventions aux intrants, tel les engrais, grâce au programme ainsi développé, pourra adresser des vouchers de subvention directement sur les téléphones mobiles des agriculteurs et leur proposer de se diriger vers le prestataire le plus proche. Le pays pourra réaliser des économies considérables et disposera ainsi d’une distribution plus efficace des engrais aux fins d’atteindre des objectifs de productions positifs.
A l’instar de l’Inde où une expérimentation à été menée auprès de 8000 agriculteurs dans le cadre d’un  projet portant le nom de Tech for Food développant des techniques appelées au secours de l’agriculture, l’Algérie qui s’est récemment dotée de structures scientifiques pointues telle que l’Agence spatiale Algérienne (http://www.asal.dz/), pourrait s’inspirer de ce programme, tout en sachant que les lancements des derniers satellites se sont effectués en Inde.
Ce programme a pour but de suivre l’érosion des sols , l’état des terres irriguées, les rotations des cultures … Un ensemble d’informations qui permettrait au gouvernement de suivre les évolutions dans l’agriculture et de prendre des décisions notamment sur les importations et exportations.
L’utilisation des satellites algériens pour ces questions agricoles devrait constituer une priorité et les pouvoirs publics se doivent d’organiser la formation de spécialistes pour pouvoir exploiter traiter et interpréter toutes les données satellitaires.
Un autre exemple d’utilisation de la technlogie de l’internet des objets (IoT) au sein de la ferme est celui des sondes de mesures. Une entreprise comme l’américain Solum (http://solum.ag/) s’est spécialisé dans la vente de sondes enterrées, géolocalisées et connectées à Internet, qui mesurent l’humidité des sols et les taux de minéraux et de nitrates. Cela permet ensuite de visualiser ces paramètres en les superposant à des images satellite, et d’adapter l’irrigation et la fertilisation en les dosant de manière ciblée et différenciée entre les différentes parcelles.
Pour analyser des hectares entiers de terres agricoles, la start-up française Airinov (http://www.airinov.fr/) a développé un système de cartographie agronomique par drone guidé automatiquement par GPS et qui mesure grâce à un capteur la surface de seuil, le taux de chlorophylle ou encore le taux d’azote.
La 4G et demain la 5G, vingt fois plus rapide, la multiplication des produits interconnectés (IoT), l’utilisation économique des drones pour contrôler les grandes plantations et suivre les irrigations sont de formidables technologies, leur exploitation ne demande qu’une volonté : celle de l’Homme.