Le 20 septembre 2007,  Brown & Root Condor (BRC), une firme mixte algéro-américaine, a été dissoute. BRC était spécialisée dans l’ingénierie, la construction et l’assemblage et dont le capital était détenu à 40% par Sonatrach,  11% des actions étaient détenues par le Centre de recherche nucléaire de Draria (CNRD), et à 49% par Halliburton, à travers sa filiale britannique KBR. Elle a été créée en 1994 et avait conçu et géré de nombreux projets stratégiques en Algérie. 

Entre 2001-2005, 41 marchés ont été signés pour un montant total de 204 931 897 milliers de dinars, soit l’équivalent de 2,6 milliards d’euros. Mais la BRC avait pratiquement le privilège des marchés du ministère de la Défense avec 14 marchés pour un montant total de 131 414 253 milliers de dinars, soit l’équivalent de 1,8 milliard d’euros. 27 marchés avec Sonatrach pour 73 517 644 milliers de dinars, à savoir l’équivalent de 750 millions d’euros.

Sur tous les grands marchés accordés par l’armée algérienne à la BRC planent des soupçons de malversation. Et pour cause, Algériepart s’est procuré le rapport confidentiel de l’Inspection générale des finances, un organisme du ministère des finances chargé d’auditer la gestion des organismes et entreprises publiques, qui dévoile des vérités amères sur la gestion de ces marchés onéreux. Des vérités étouffées car ce rapport n’a jamais été révélé au grand public et à la presse algérienne. Seules quelques bribes ont filtré dans les colonnes de certains quotidiens nationaux en 2006 et 2007.

Les enquêtes de l’IGF ont mis le doigt sur l’incroyable manque de transparence qui prévalait au sein de notre ministère de la Défense nationale. Sous couvert du “secret défense”, les hauts gradés de ce ministère ont accordé des enveloppes très généreuses à la BRC, une entreprise partiellement étrangère, pour réaliser des infrastructures très délicates et sans respecter les dispositions du code de commerce et du code des marchés publics.

Ainsi, lors de la réalisation des bases aériennes militaires à Tamanrasset, Tindouf, Boussaâda ou les hôpitaux militaires d’Oran et Constantine, la BRC établira avec nos militaires des opérations très douteuses. Il faut savoir d’abord que notre Ministère de la Défense a accordé tous ses marchés à la BRC suivant un type de contrat qui diffère complètement de celui qui est prévu par le code des marchés publics algériens comme nous l’expliquent dans ce document les enquêteurs de l’IGF :

La première irrégularité constatée fait tout simplement froid dans le dos car nos militaires ont établi des contrats avec la BRC qui violent tout bonnement la réglementation des marchés publics. En plus les forfaits de paiement générés par ce type de contrats suscitent une surévaluation des prix contractuels et une marge bénéficiaire très large au profit de la BRC. C’est dire que tout a été taillé sur mesure dans le seul but de permettre à la BRC d’amasser le plus d’argent possible avec notre armée.

 

Un autre constat étrange a été dressé par les enquêteurs de l’IGF. Les marchés accordés par notre armée à la BRC ne correspondent pas réellement à ses activités principales. Cette entreprise d’ingénierie pétrolière s’est transformée du jour au lendemain en une entreprise de réalisation des infrastructures. Une situation anormale qui soulève de nombreuses interrogations d’autant plus que la BRC pour réaliser toutes ces infrastructures a été contrainte de recourir à de nombreux sous-traitants. L’argent a circulé donc entre plusieurs acteurs dans un seul et même marché.

 

Et avec nos miliaires, les anomalies ne s’arrêtent pas là puisque les enquêteurs de l’IGF découvrent encore qu’une procédure exceptionnelle a été mise en place pour attribuer des marchés à la BRC et c’est le commandement de l’Etat-Major qui avait donné des instructions pour traiter de manière exceptionnelle l’américaine BRC. Et la liste des projets militaires cédés selon cette “procédure exceptionnelle” sont nombreux comme nous le montre ce document de l’IGF :

La suite de notre enquête dans la deuxième partie où vous allez explorer avec nous l’univers très secret des “marchés militaires” qui ne font, malheureusement, l’objet d’aucun contrôle institutionnel dans notre pays.