Le Centre Olympique de Djurdjura, situé au coeur du Centre national des sports et loisirs de Tikjda (CNLST), est un joyau du sport algérien qui a été entièrement livré à la corruption, la mauvaise gestion et les passations douteuses de marchés. Algériepart a obtenu en exclusivité le rapport de l’Inspection générale des Finances (IGF), un organe du ministère des finances chargée de contrôler et vérifier la gestion financière et comptable des organismes publics, qui dévoile les affaires scabreuses du Comité Olympique Algérien (COA). 

C’est, effectivement, le COA qui s’occupait de la gestion de ce site sportif majestueux situé sur le site d’Aswel, à 1700 m d’altitude à Tikjda. Il faut savoir que la célèbre station de Tikjda s’est dotée depuis 2006 d’un complexe sportif sur le plateau d’Aswel, composé d’un terrain de football, d’une piste d’athlétisme, de salles d’accompagnement pour les autres disciplines (musculation…), et d’un centre d’hébergement.

Ce lieu devait permettre aux différents clubs algériens et autres athlètes d’éviter les dépenses faramineuses induites par les stages à l’étranger. Sa réalisation a coûté 3 milliards de centimes. A l’époque, cette somme a été jugée dérisoire car les gestionnaires du centre olympique de Tikjda ont réussi à obtenir un rabais de 50% et le Comité international olympique (CIO)  ainsi que la Fédération internationale d’athlétisme ont participé au montage financier, aux côtés des sponsors algériens. Le rêve était grand, mais il a vire rapidement au cauchemar car les affaires de corruption et de malversation vont rapidement miner la gestion du  Centre Olympique de Djurdjura. Le rapport de l’IGF en notre possession est implacable et relève de nombreuses irrégularités.

 

A titre d’exemple, en 2004, pour réaliser la piste d’athlétisme de Tikjda, aucun appel d’offres  n’a été rendu public et un marché de gré à gré a été conclu en devise (USD) entre le Comité Olympique Algérien et l’entreprise IRS Derrich- Boumerdes, une entreprise pourtant basée ici en Algérie. Il s’agit bel et bien d’une anomalie déconcertante. L’IGF a découvert également qu’un contrat a été signé sans numéro ni date de signature pour un montant de 300 000 dollars en échange de la réalisation de travaux de revêtements synthétique de la piste d’athlétisme de 8 couloirs du Centre Olympique de Djurdjura.

Aucun cahier des charges n’a été établi et aucun permis de construire et d’aménagement n’a été obtenu pour ce projet. Et en dépit de ces irrégularités, 150 000 USD ont été transférés sur un compte devise  d’EURL IRS Derriche ouvert au niveau de l’Agence Badr de Bordj Menail suite à un simple PV de chantier du 05 octobre 2004, attestant de l’avancement des travaux établi entre l’entreprise réalisatrice et le bureau d’étude Bensegueni Riad.

Un laisser-faire totalement inédit. Et cette situation illégale et scandaleuse va s’aggraver encore puisque Mustapha Berraf, président du Comité olympique algérien, va rompre ce contrat avec l’entreprise algérienne le  21 novembre 2004 pour des raisons de « facilité de paiement et respect de procédures bancaires particulières ». Il optera pour entreprise suisse appelée  Degussa-Division Conica Technik (Suisse). Les enquêteurs de l’IDG découvriront que cette société étrangère fut le partenaire d’EURL Derriche.

Les soupçons de magouilles vont se confirmer puisque 250 000 USD vont être rapidement transférés pour le nouveau partenaire suisse. Une somme faramineuse qui a choqué les enquêteurs de l’IGF surtout lorsqu’on sait que tout le marché ne devait pas dépasser le montant de 300 mille Dollars. Le COA de Berraf a dépensé d’un coup 400 mille Dollars sans respecter aucune réglementation.

L’IGF a révélé enfin que le  COA a géré dans l’obscurité totale une enveloppe qui s’élève à environ 470 000 USD entre les 50 000 USD accordés comme subvention par le Comité Olympique International (CIO), les 20.000.000 DA donnés par le ministère des sports et de la jeunesse en plus d’un complément de 6 000 000 DA alloués par la SONATRACH.

Ce rapport accablant n’a, malheureusement, jamais été pris en considération par les autorités publiques. Et Mustapha Berraf, le principal haut responsable incriminé dans ce rapport, a été réélu le 27 mai dernier pour un deuxième mandat à la tête du COA sans que cela n’émeuve personne. Et pendant ce temps-là, des athlètes algériens comme le décathlonien algérien Larbi Bourrada, cinquième aux Jeux Olympiques de Rio de Janeiro 2016, étaient privés de tous les moyens nécessaires pour préparer dignement et professionnellement leurs participations aux compétitions sportives internationales. Une véritable honte.