« Nous avons assisté à des comportements d’une médiocrité affligeante. Certaines chaînes, pour des raisons électoralistes, ont bafoué les règles fondamentales pour influer sur le débat politique. (Ce sont) des chaînes pitbull. »

Abderezak Dourari, professeur en sciences du langage et en traductologie à l’Université Alger II in « Le Soir d’Algérie » du 22 avril 2014.

« Il n’est nul besoin de recherches scientifiques pour montrer et démontrer que l’insulte, l’invective et, parfois, la diffamation ont pris le pas sur le discours méthodique et objectif. Il est vrai qu’une bonne partie des chaînes algéro-étrangères est intimement liée à des partis politiques par le biais d’individus dont on parle beaucoup dans les salons, mais dont on ne cite que rarement les noms et les entreprises. Ce que l’on peut tirer comme conclusion, c’est que les milieux d’affaires et d’affairistes sont de plus en plus présents dans le secteur de toute la communication ».

Belkacem Ahcene-Djaballah, Professeur à l’ENSJ/SI d’Alger in « Le Soir d’Algérie » du 22 avril 2014. 

L’affaire de l’émission en format familial caméra cachée « Rana Hkemenak », « On t’a eu ! On t’a attrapé ! » (https://www.youtube.com/watch?v=OMPfdktgUZE) (http://www.elwatan.com/actualite/voyeurisme-et-fatwa-cathodique-03-06-2017- 346421_109.php), diffusée sur Ennahar TV le mercredi 31 mai 2017 à une heure de grande écoute, dans laquelle on voit le grand romancier Rachid Boudjedra, piégé, malmené et terrorisé par des pseudos journalistes qui ne sont en vérité que des petites frappes en cols blancs, avec la complicité de sherpas du même acabit qui se présentent à lui comme des policiers, n’est pas une « dérive », comme l’a affirmé et tenté de le justifier par la suite, après le large mouvement de protestation et de dénonciation, le patron du groupe Ennahar, sur son compte Tweeter (http://twitter.com/anisrahmanidz?lang=fr&lang=fr), relayé par la directrice de publication du quotidien Ennahar Souad Azzouz (https://twitter.com/SouadAzouz?lang=fr), mais une politique de la chaîne qui a fait de l’audimat son principe cardinal de travail et du sensationnalisme sa ligne éditoriale, réfléchie, tracée et assumée par Anis Rahmani, Mohamed Mokadem de son vrai nom, et ses commanditaires, depuis son lancement en mars 2012. La première des chaînes privées « lancées comme opérations de “charme démocratique” dans la foulée du contexte des révoltes sociales enregistrées sur l’aire dite Monde arabe en 2010-2011, (…) comme la pléthore de quotidiens parapublics, ont bétonné des discours médiatiques populistes mâtinés d’islamisme soft aux germes salafistes. Le marécage dont elles ressortent (dont l’opacité totale question financement) est sans doute nauséabond, même si ses effluves peuvent apparaître à certains de moindre gravité. » (Belkacem Mostefaoui, professeur à l’École nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’information d’Alger-ENSJ/SI), (http://elwatan.com/actualite/une-indispensable-depollution-avant-regulation-04-06-2017-346519_109.php).

 

Ennahar TV : l’arbre qui cache… la jungle audiovisuelle algérienne

L’émission que ses concepteurs et ses animateurs ont transformée en « tribunal médiatique » en vue de d’amener le romancier à se « confesser », sous la menace et par la peur, comme s’il était devant les inquisiteurs d’un tribunal de l’Inquisition au Moyen Âge a soulevé un puissant et large mouvement d’indignation, de protestation, de dénonciation et de condamnation qui a touché toutes les catégories de la société algérienne et dont l’onde de choc a même atteint les pays étrangers, écornant d’avantage l’image, déjà peu reluisante, de notre pays.

Scandalisés et choqués au plus haut point par de telles pratiques abjectes et haïssables qui foulent aux pieds la dignité humaine, l’honneur de la personne, les principes et les règles du noble métier de journaliste, le professionnalisme dans l’exercice de ce métier, l’éthique et la déontologie et qui outrepassent toutes les règles de la bienséance et de la bonne éducation, des Algériennes et des Algériens ont décidé de réagir pour dire « Assez » !

L’organisation, le samedi 3 juin, d’un sit-in de protestation, de dénonciation et de condamnation auquel ont participé des dizaines d’intellectuels, écrivains, artistes, universitaires, journalistes et simples citoyens a été un succès dans la mesure où il a obligé l’Agence de régulation de l’audiovisuel (ARAV) à réagir et le patron de la chaîne Ennahar TV à arrêter définitivement la diffusion de l’émission incriminée. Il a surtout été un déclic dans le réveil des esprits et le début d’une prise de conscience des dangers que représentent ces chaînes de télévision dont la médiocrité des programmes le dispute à la bassesse des coups portés.

Spontané, non partisan, pacifique, ce mouvement qui a rassemblé dans leur diversité des femmes et des hommes de différents courants et tendances politiques et idéologiques, arabophones et francophones, jeunes et moins jeunes, militants et sans partis, activistes de la société civile et « indignés » est l’expression la plus belle et la plus aboutie de cette Algérie qui résiste et refuse de plier le genou devant les tenants de l’obscurantisme et de la régression où qu’ils se trouvent et dont les médias jaunes sont les porte-voix et le groupe Ennahar le fer de lance.

Le courage, la lucidité et la détermination des organisateurs de ce mouvement et des participants leur ont valu des soutiens nombreux et des messages de sympathie de toutes les régions du pays d’Algériennes et d’Algériens outrés au plus haut point.

Au-delà de Rachid Boudjedra et d’Anis Rahmani, cette affaire est celle de l’image donnée de tout un pays par ces médias et les attentes d’un peuple qui aspire à une information plurielle et professionnelle, respectueuse des règles déontologiques,  qui éclaire et n’obscurcit pas, une culture qui rayonne et n’abêtit pas, des divertissements qui délassent sans agresser et violenter.

 

 

Des chaînes offshore et hors-la-loi et aux ordres

Une cinquantaine de chaînes de télévision privées « algériennes » dont seulement 5 d’entre elles dispose d’un bureau accrédité en Algérie arrosent les téléspectateurs de leurs programmes : Dzair TV (de droit jordanien) de l’homme d’affaire Ali Haddad, Ennahar TV (de droit jordanien) du groupe Ennahar dirigé par Anis Rahmani, Echourouk TV (de droit jordanien) dirigé par Ali Fodil, Al Djazairia (de droit jordanien) dirigé par Karim Kardache et Riad Redjal, et Hoggar TV de l’homme d’affaires Hassene Boumaraf, propriétaire de la marque « Flash » et de la maison d’édition Dar El Waii. Toutes sont de droit étranger et diffusent de l’étranger. (http://www.algeria-watch.org/fr/article/presse/chaines_offshore.htm).  Les chaînes qui ont réussi à s’imposer dans cette jungle médiatique se comptent sur les doigts d’une seule main. Elles ne disposent que de simples bureaux à Alger qui ne devraient pas employer plus de quatre personnes mais dont certains se sont transformés en véritables sièges, employant des dizaines de personnes comme si elles étaient des chaînes nationales de plein droit. Beaucoup d’entre elles font dans le piratage des œuvres artistiques et ne payent pas les droits d’auteur (http://www.djazairess.com/fr/ennaharfr/42891) sans parler des conditions socioprofessionnelles des journalistes et employés.

Toutes ces chaînes se livrent à une guerre sans merci (https://www.djazairess.com/fr/lexpression/245131) où tous les coups sont permis pour attirer le plus grand nombre de téléspectateurs et la manne publicitaire qui suit derrière. Deux d’entre elles se distinguent dans ce jeu de massacre qui consiste à faire feu de tous bois pour arriver à leurs fins en se basant sur l’adage « la fin justifie les moyens » : Ennahar TV et Echourouk TV. Intéressons-nous à Ennahar TV.

 

Sexe, religion, drogue, petites culottes et… pisse de chameau

Les sujets de prédilections de la chaîne d’Anis Rahmani  sont tous liés à ce qui touche au sexe dont l’adultère (https://www.youtube.com/watch?v=FD50I7hrybA), les dessous féminins (https://www.youtube.com/watch?v=EQxdZSYNvyk), à la religion dans ses manifestations les plus obscurantistes (http://www.lematindz.net/news/15724-cheikh-chamseddine-le-moudjahid-le-fusil-et-la-gorgee-de-whisky.html), à la politique dans ses manifestations les moins nobles, à la drogue,(https://www.youtube.com/watch?v=CVBtsGQ4T0M), à la prostitution réelle ou supposée à l’exemple des étudiantes des cités universitaires salies et jetées en pâture à la meute des conservateurs et des islamistes à l’affût de n’importe quel « écart » de conduite pour vouer aux gémonies les femmes (https://www.youtube.com/watch?v=m1BRmq4UNSI) et au charlatanisme comme dans cette vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=S-IlEKjE5V8) où l’on voit un présentateur faisant la promotion de la pisse de dromadaire et la présentant comme une panacée pouvant guérir toutes les maladies !

Foulant aux pieds loi de l’information et règles de l’éthique journalistique, le responsable de cette chaîne privé a choisi sciemment comme « politique » pour sa chaîne la désinformation, la manipulation, l’amalgame, le mensonge, l’insulte, la diffamation, la calomnie, la rumeur, le montage manipulé, l’utilisation de fausses informations, de fausses images et de faux témoignages, voire la « terreur » ou le « chantage » (http://www.algerie-focus.com/2017/04/homme-daffaires-victime-dun-chantage-journalistes-dennahar-tv-)eclaircissements-danis-rahmani/), portant de la sorte atteinte à l’honneur et à la réputation de personnes connues, moins connues ou pas connues du tout, semant le trouble dans les esprits et suscitant la zizanie et la discorde et dans les familles et la société.

À l’instar de l’affaire de la pratique de la supposée prostitution d’étudiantes dans les cités universitaires, évoquée plus haut, qui a brisé l’avenir de nombre d’entre elles, sommées d’arrêter d’étudier par des parents crédules. En caméra cachée, début décembre 2013, une équipe de femmes reporters (le comble !) plus proches du mercenariat que du journalisme, toutes en hijab (comme par hasard !)  avait filmé des filles seules à l’intérieur des cités et en extérieur avec des garçons, présentant ces scènes, souvent floutées comme des scènes de « mauvaises mœurs » de la part d’étudiantes aux « mœurs légères », le tout soutenu par des commentaires tendancieux et une musique de cabaret et présenté comme une enquête en plusieurs parties, sous le titre « Lorsque les étudiantes demandeuses de savoir se transforment en étudiantes demandeuses des joies de l’amour » (https://www.youtube.com/watch?v=2IaIYNJEOOE).

Devant l’ire des étudiantes et la manifestation organisée devant le siège d’Ennahar TV, et les condamnations sans appel de larges pans de la société de ses pratiques indignes du métier de journaliste, le directeur de l’Office national des œuvres universitaires (ONOU) dépose plainte contre la chaîne d’Anis Rahmani pour « diffamation et intention de nuire au secteur de l’enseignement supérieur », selon un communiqué du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique cité par la très officielle agence Algérie presse service-APS.

 

Mentez et calomniez, il en restera toujours quelque chose

Sa devise est « Mentez, mentez, calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ! »

Sa technique est celle des propagandistes passés maîtres dans l’emploi des techniques modernes de manipulation des masses.

Les exemples sont légion de par le monde de ces journaux, radios, télévisions qui se sont illustrés par des discours de haine et une propagande virulente contre des individus ou des groupes, créant ainsi une atmosphère hostile et des tensions extrêmes qui ont débouché sur des assassinats, des crimes et parfois des génocides.

Les programmes de cette télévision qui puisent leurs sujets dans les « bas-fonds » de la société, flattent et encouragent les bas instincts et abêtissent les citoyens au lieu de les éclairer et les éveiller doivent nous interpeller et nous faire prendre conscience des dangers de propagation des discours de haine et des horreurs qui peuvent s’ensuivre…

En désignant à la vindicte populaire des citoyennes et des citoyens bien en vue ou ordinaires, dont les discours ou les prises de position ne rentrent pas dans le cadre des lignes de conduite et éditoriale tracées par leurs maîtres à penser, les accusant de « traîtres », de « sionistes », de « harkis », « de comploteurs », de « subversifs », d’« athées », d’« agents de l’étranger », cette télévision constitue une menace pour la cohésion nationale en dressant les uns contre les autres des groupes, des couches et des catégories sociales.

 

Tirez sur tout ce qui bouge… sauf sur Dieu et Bouteflika !

Sur la base de ses orientations, sa télévision s’en prend de manière particulière à toutes les voix discordantes et tous les choix, contraires à la ligne politique et aux convictions idéologiques de ses maîtres, de personnalités, de partis, d’associations ou de mouvements opposées à ses intérêts étroits et aux intérêts de ses soutiens.

Ses cibles de choix sont certains partis politiques comme le FFS et son feu leader historique Hocine Aït Ahmed, « Talaie El Houriat » et son président Ali Benflis en particulier, le RCD, le MDS, le PT, des mouvements politiques comme le MAK et tous les protestataires kabyles, mozabites ou chaouias, le Mouvement citoyen pacifique Barakat (https://www.youtube.com/watch?v=xPEzlXiiQg4), ses leaders et notamment sa figure de proue Amira Bouraoui, médecin gynécologue et activiste politique, des hommes d’affaires comme Issad Rabrab (https://www.youtube.com/watch?v=4LYFvKBF1qA), http://www.liberte-(algerie.com/actualite/ennahar-tv-une-cabale-sur-ordonnance-247827), Mahieddine Tahkout et tant d’autres. Même le président Zeroual n’a pas échappé pas à ses tirs ! (https://www.youtube.com/watch?v=atKOuVedJqk).

   Le seul qui échappe à sa vindicte, c’est curieusement le président Abdelaziz Bouteflika qu’Anis Rahmani vénère comme un prophète, après l’avoir « fusillé » en 2014. « Après Dieu, il y a Bouteflika ! », le redresseur des torts, le « dégommeur » de généraux, le libérateur de l’État et du pays ! (https://www.youtube.com/watch?v=p3Tfa1hwKvg). Abdelaziz Bouteflika et son frère Said Bouteflika qu’ont dit, sans preuves tangibles à ce jour, derrière le lancement de la chaîne Ennahar TV. Tout laisse à croire, si c’était le cas, que le divorce est consommé entre le prétendu  mentor et son supposé sherpa.

   Pourquoi tant de haine envers ces mouvements et ces personnalités ? Pour comprendre cela, il faut saisir les motivations des responsables de cette chaîne et les enjeux financiers qui sont derrières ?

 

Qui est Anis Rahmani, ce personnage si ambigu ?

Selon ses propres dires (cf. entretien émission « Zad fi mazad » de sa propre chaîne de télévision Ennahar TV du 1er juin 2017, diffusé sous le titre « L’histoire d’un journaliste ambigu appelé Anis Rahmani » (https://www.youtube.com/watch?v=J2j7h5Mbroo), Anis Rahmani, pseudonyme qu’il choisit durant la décennie noire « pour se protéger et protéger sa famille du terrorisme », Mohamed Mokadem de son vrai nom, est né le 25 avril 1971 aux Eucalptus dans le quartier Mouna (est d’Alger) et il est l’aîné d’une fratrie de quatre garçons et quatre filles. Issue d’une famille pauvre que la perte de l’emploi du père, militaire écarté de l’armée suite à un incident dans une caserne de Blida, il est obligé de travailler pour aider sa famille. Il entame en 1977 ses études primaires dans une école primaire qu’il quitte au bout d’un an pour rejoindre une autre école primaire à Beaulieu (El Harrach). Après le collège et le lycée où il passe un baccalauréat technique en économie et gestion qu’il obtient avec rachat en juin 1989, il ne peut s’inscrire à l’école de journalisme d’Alger dont il rêvait, n’ayant pas atteint la moyenne requise. Après avoir repassé le bac, il est orienté d’office vers un complexe des industries textiles auquel il renonce très vite parce qu’il ne veut pas devenir « tailleur »,  une honte pour la famille et l’enfant « prodige » qui rêve de se tailler une carrière à la hauteur de ses ambitions illimités. Après un bref passage par Sétif, il rejoint l’Université de M’Sila où il étudie la comptabilité et les finances mais finit par abandonner pour rejoindre l’Institut de sociologie de l’université de Bouzaréah en 1990 d’où il sort avec une licence en 1994.

L’enfant qui lisait le quotidien « Ech-Chaâb » quotidiennement va inonder, une fois adolescent, la page du « Courrier des lecteurs » du quotidien « El-Massa » par ses écrits réguliers.

Tout dans son parcours scolaire et universitaire, de l’enfance à l’âge adulte, révèle un homme instable et perturbé et cette instabilité va continuer lorsqu’il entamera sa carrière professionnelle, passant d’un journal à l’autre jusqu’au jour où il arrivera à ses fins et commencera à prendre sa revanche sur la vie qui ne lui a pas souri, tirant sur les uns et tentant d’abattre les autres avec deux puissantes armes en main : le quotidien Ennahar et Ennahar TV, fers de lance du groupe qu’il dirige d’une main de fer.

 

Un parcours professionnel chaotique et troublant

Faute de diffusion de la deuxième partie de « Zad fi mazad » consacré à sa vie (tiens ! tiens ! Pourquoi donc ?), je me réfère  sa biographie officielle (http://ennaharonline.com/fr/presentation.html et http://www.anisrahmani.com/fr/biographie-de-anis-rahmani). Mohamed Mokedam alias Anis Rahmani commence sa carrière de « journaliste » en 1992, à l’âge de 21 ans, en plein terrorisme, en lançant une revue en arabe appelée « El Ouma ». Il sera, selon ses propres dires,  un lecteur assidu des publications du Front islamique du Salut (FIS dissous) et notamment son organe central. En 1994, il prend la direction d’un obscur bureau à Alger d’un non moins obscur périodique pakistanais, « Affaires internationales » jusqu’en 1998, le Pakistan, pays qui, durant cette période, avec l’Arabie Saoudite, l’Iran et le Soudan, s’employait, alors que l’Algérie était à feu et à sang, à la déstabiliser par tous les moyens, pays connu comme étant la base arrière des Talibans afghans lesquels entraîneront les Afghans algériens qui, de retour au pays, vont l’ensanglanter. Il y restera jusqu’en 1998, période durant laquelle il assume le poste de correspondant de l’hebdo tunisien en arabe, basé à Londres, « Al Moustakillah » fondé en janvier 1993 par le très sulfureux homme politique et homme d’affaires milliardaire tuniso-britanique Mohamed Al Hachimi Al Hamidi, qui lancera en 1999 la chaîne de télévision « Al Mustakillah » et « Addimoukratia » en 2005.

Secrétaire général du Parti des conservateurs progressistes (sic), ce diplômé de littérature et histoire arabe ainsi qu’en études islamiques contemporaines de l’Université de Londres est connu pour changer d’opinion comme on change de chemise, une vraie girouette qui passe du parti islamiste Ennahda  de Ghannouchi au parti de Zine El Abidine Ben Ali à Tayar Al-Mahabba (Courant de l’Amour) (sic), son parti sous les couleurs duquel il se présente à l’élection présidentielle de 2014 en faisant une fulgurante percée grâce aux Saoudiens et aux réseaux dormants du président tunisien déchu (http://www.businessnews.com.tn/Hachmi-Hamdi,-les-Saoudiens-et-les-r%C3%A9seaux-dormants-de-Ben-Ali-,519,27352,1).

Le parfait exemple pour le jeune Anis Rahmani qui commence à se faire les dents dans la presse algérienne (http://www.leaders.com.tn/article/6759-mais-qui-est-ce-hachemi-hamdi-qui-suscite-tant-de-polemiques). Hormis les diplômes, on trouve des similitudes frappantes entre les deux hommes.

Il n’est donc pas surprenant que le journaliste nourri au biberon de la presse islamiste fait l’éloge d’Ali Benhadj qu’il qualifie, selon un câble de Wikileaks, de « fhal », un  homme, un vrai, très respecté et craint parce que populaire (https://wikileaks.org/plusd/cables/08ALGIERS97_a.html).

En mai 1997, il rejoint l’équipe du quotidien El Khabar où il restera près de dix ans avant de démissionner en 2006. Il part suivre aux États-Unis pendant un mois un programme sur « les médias américains et les groupes d’influence ». Tout un programme ! Il n’oubliera aucune leçon !

C’est au quotidien Echourouk El Yaoumi de Ali Fodil qu’il atterrira naturellement en tant que directeur de la rédaction jusqu’en octobre 2007, année où il fonde avec d’autres le quotidien Ennahar dont le premier numéro paraît le 1er Novembre. Ce quotidien, édité par la Société El Athir pour la presse fait partie de cette presse écrite jaune qui s’est spécialisée dans les attaques virulentes de toute opposition au pouvoir et notamment l’opposition kabyle. (http://ffs1963.unblog.fr/2009/02/16/la-serpilliere-du-drs-anis-rahmani-sen-prend-a-hocine-ait-ahmed-et-au-mak). Il s’en prend aussi violemment, pour des raisons que lui seul sait, à Mohamed Megueddem à qui l’on prête le rôle de mentor de… Mohamed Mokadem (http://www.algeriepatriotique.com/article/mohamed-mokadem-tire-sur-son %C2%ABombre%C2%BB-mohamed-megueddem).

Parallèlement, il occupe le poste de chef de bureau du quotidien saoudien basé à Londres Al-Hayat, tribune préférée des intellectuels favorables aux thèses américaines sur le monde arabe. Propriété du prince saoudien Khalid bin Sultan, ce journal est connu pour sa ligne éditoriale proaméricaine et proislamiste, résolument antiprogressiste et antidémocratique et dont l’Algérie avait fait les frais à travers des articles de soutien aux intégristes algériens du FIS, des GIA et des tenants du « qui-tue-qui ».

En mai 2002, il publie à l’Agence nationale d’édition et de publicité, « Les Afghans algériens, de la Djamaa à El Qaïda », un ouvrage de compilation rendu possible grâce aux « informations » obtenues dans certains cercles fermés.

Spécialiste autant des coups tordus plus que des coups médiatiques, obtenus grâce ses « entrées » dans des milieux fermés, il fait encore entendre  parler de lui avec la publication en avril 2010 d’« Al-Qaïda au Maghreb islamique. Contrebande au nom de l’Islam », aux Éditions L’Harmattan, ouvrage où il « révèle » la vraie identité de l’instigateur des enlèvements dans la région du Sahel, Abdelhamid Abou Zeid, le chef du commando d’Aqmi qui ne serait pas vraiment… Abou Zeid mais Mohamed Ghadir, un contrebandier qui avait rejoint les rangs du FIS. (http://www.anisrahmani.com/fr/biographie-de-anis-rahmani). « La France et l’islamisme armé », son dernier ouvrage paraît aux Éditions Casbah en 2011.

 

D’Ali Benflis à Abdelaziz Bouteflika, sans état d’âme

En 2004, lors de l’élection présidentielle qui opposent les candidats Abdelaziz Bouteflika, Ali Benflis, Ali Fawzi Rebaine, Louisa Hanoune, Said Saadi et Abdallah Djaballah, il se range du côté d’Ali Benflis, lui apporte son soutien inconditionnel et prévient contre la fraude dont il soupçonne Abdelaziz Bouteflika qu’il met en garde contre la tentation de trafiquer les résultats.

Lors de l’ouverture du bureau d’Alger en 2003 de Khalifa-TV et de KNews, les deux chaînes de télévision du Golden Boy milliardaire algérien Abdelmoumène Rafik Khalifa qui émettent sur l’Europe, les États-Unis et L’Afrique, Anis Rahmani fera partie de cette faune d’opportunistes qui sentent la bonne affaire et se battent comme des chiffonniers pour prendre le contrôle du bureau d’Alger. Il fait tout pour convaincre Abdelmoumene Rafik Khalifa de lui confier la direction du bureau d’Alger et de lui signer un document en ce sens. Anis Rahmani affirme que depuis Londres où il était réfugié, le Golden Boy déchu lui aurait accordé le fameux sésame tant convoité, le désignant comme nouveau directeur du bureau d’Alger aux lieux et place de la fonctionnaire qui le tenait et qui venait de démissionner mais refuse de faire les passations de consignes en l’absence d’un document « authentifié ». (http://www.telesatellite.com/actu/6362-deux-personnes-se-disputent-la-direction-du-bureau-alger-de-khalifa-tv.html).

Cette version est démentie par le très sulfureux journaliste islamiste Salim Salhi, personnage ambigu, ancien rédacteur en chef de la chaîne Al Magharibia et présentateur sur cette chaîne du FIS. Ce dernier affirme qu’Anis Rahmani est venu le voir à Londres en 2004 alors qu’il occupait le poste de directeur de l’information de Khalifa News pour obtenir un document pour le bureau d’Alger qu’Addelmoumene Rafik Khalifa lui a catégoriquement refusé (https://www.youtube.com/watch?v=7-i61dFxLyk). Anis Rahmani aurait-il produit un faux en écriture ? La question reste posée.

Voici comment Khalifa TV, la chaîne de toutes les polémiques, a été lancée, selon un reportage signé M. Ait Amara publié sur le site « Algérie patriotique » : « Le 20 septembre 2002, Khalifa débourse 20 millions d’euros pour fêter en grande pompe le lancement de sa chaîne de télévision. « Silvio Berlusconi l’a fait, pourquoi pas moi ? » semble se dire le magnat éphémère. Il organise à la villa Bagatelle, à Cannes, de somptueuses réceptions où se pressent les comédiens Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, Fiona Gelin, l’ancienne actrice porno, Sophie Favier, la présentatrice, Alexandra Bronkers, l’ex-femme de Johnny Halliday, Adeline Blondiau, l’épouse de Christophe Dechavane, l’animateur Bernard Montiel, le chanteur Patrick Bruel, Melanie Griffith, Sting et d’autres personnalités en vue du show-biz, prêtes à se vautrer dans la gadoue pour plaire à Ubu. (…)  C’est la ruée chez Khalifa qui plie sous une tonne de CV. » Anis Rahmani en fera partie.

Le bureau d’Alger de la télé parisienne de Khalifa est géré par une femme, « ex-cadre du ministère de la Communication bombardée directrice du bureau d’Alger (laquelle) grâce à ses relations, a pu obtenir un registre du commerce pour une entité que la loi ne reconnaît pas, c’est-à-dire une télévision privée algérienne qui se retrouve autonome de la chaîne de Paris alors que c’est censé être un bureau, une simple antenne à Alger qui dépend d’une boîte de droit français. » (http://www.algeriepatriotique.com/article/khalifa-tv-retour-sur-la-premiere-chaine-de-television-privee-algerienne-xii).

Voici ce qu’Anis Rahmani déclarait le 7 avril 2004 à cette chaîne de télé : « Je crois que Bouteflika ne peut pas passer dès le premier tour. S’il y a une fraude cette fois-ci, je crois qu’il y aura une menace réelle d’instabilité du pays, il y a une menace réelle pour la sécurité du pays, parce que les Algériens ne peuvent pas donner un chèque à blanc à un candidat qui fraude » (http://www.youtube.com/watch?v=7dmmTrqpMqs).

Après la défaite d’Ali Benflis et le « triomphe » de Bouteflika, il aurait été « retourné » et récupéré par les Bouteflika. Il renie alors Ali Benflis comme il avait renié avant lui, selon des sources non confirmées, Mohamed Mgueddem qui lui aurait mis le pied à l’étrier du pouvoir et s’engage à fond dans l’apologie du président et les attaques systématiques et ciblées contre ses opposants. (http://www.algeriepatriotique.com/article/mohamed-mokadem-tire-sur-son-%C2%ABombre%C2%BB-mohamed-meguedde).

En avril 2014, dix ans après avoir fait l’apologie d’Ali Benflis, candidat à la présidentielle pour la deuxième fois face à Bouteflika, il s’en prend à lui de manière virulente, au mouvement Barakat et… aux journalistes du quotidien « El Watan » (http://www.djazairess.com/fr/elwatan/453903), faisant sortir de ses gonds Lotfi Boumghar, responsable de la communication du candidat Benflis qui accuse Ennahar TV d’« allégations mensongères », démentant catégoriquement les « informations tendancieuses que passe en boucle cette chaîne (…) dans le but de semer la terreur et de porter atteinte à l’image du candidat Ali Benflis, dont le projet de renouveau national a une large adhésion des couches populaires » et déplore le fait qu’une chaîne télévision « se transforme en un instrument qui sème la terreur et la discorde entre les Algériens en ne ménageant aucun effort pour les diviser ». Ce ne sera pas la première fois et ce ne sera pas la dernière.

Comme pour se racheter de son passé trouble et de ses errements médiatiques et politiques, Anis Rahmani va s’illustrer dans son quotidien et dans sa télévision dans les « reportages » et les « enquêtes » à scandale, les attaques indignes contre tout ce qui ne va pas dans le sens de ses « hommes » de l’ombre, affairistes malhonnêtes et politiciens véreux. En faux dévot et vrai biznessman, sexiste, antiféministe, antiprogressiste, il va faire des attaques en règle de toute opposition d’où qu’elle vienne son pain béni et sa manne dans des « reportages » à sensation qui mêlent religion matinée de charlatanisme, sexe mélangé de racolage, politique liée à la mauvaise foi et à la perfidie.

Rien d’étonnant qu’il ne trouve pour le défendre, lorsque la descente aux enfers commence pour lui, que quelques conservateurs : un chef de parti islamiste hypocrite, une  rentière  planquée et un affairiste véreux. Trois au total ! (http://www.algerie-focus.com/2017/06/affaire-boudjedra-conservateurs-rentiers-a-rescousse-dennahar-tv/).

 

Une réussite fulgurante et des questions qui restent sans réponse

Quatre ans seulement après son lancement en mars 2012, le bureau d’Alger se transforme en un siège flambant neuf, au cœur du quartier d’affaires de Bir Mourad Raïs à Alger,  composé de deux tours jumelles de 7 étages (tout un symbole !) abritant les bureaux de l’administration du groupe Ennahar et ses filiales, 6 studios, 6 rédactions (politique, socio-économique, locale, internationale, reportages et enquêtes) ainsi que les services VTR et archives.

Avec plus de 400 salariés et un coût annuel de fonctionnement estimé à 1,8 million d’euros dont la principale source de revenue est constituée par les annonces publicitaires, cet empire qu’est devenu le groupe Ennahar, propriétaire d’Ennahar TV et Ennahar Laki, Ennahar El Djadid (quotidien généraliste), Echibek (quotidien sportif) et Ennahar Online (site web d’informations en ligne) dont 100 % des parts reviennent à ses propriétaires alors que la loi interdit à un propriétaire et aux membres de sa famille de détenir plus de 40 % des parts.

Cette réussite fulgurante d’un homme, plus rapide que son ombre,  qui a bâti un empire,  entouré d’opacité de sa naissance à ce jour, pose de nombreuses questions légitimes : D’où viennent les financements qui ont permis le lancement et le développement rapide du groupe dans un pays où les banques sont fermées aux entrepreneurs sans soutien politique ? Qui sont les soutiens politiques sans lesquels la publicité, nerf de la guerre, qu’elle soit publique ou privée, ne peut être octroyée à des médias ? Qui sont les hommes parapluies du système qui soutiennent et encouragent le groupe et son patron, en dépit de la violation des lois de la République et des pratiques condamnables politiquement et répréhensibles déontologiquement ? Dans quelles institutions se trouvent-ils ? À quels niveaux de la hiérarchie ? Quels liens Anis Rahmani entretient-il avec les hommes influents et les  « décideurs » aux niveaux les plus hauts et les moins accessibles du système ? Les liens entre lui et les « Services » existent-ils ou sont-ils le fruit des fantasmes de journalistes en mal de scoops ? Les liens  entre lui et Said Bouteflika sont-ils réels ou supposés ? Et pourquoi Anis Rahmani qui se défend de toutes ces allégations et de toutes ces accusations se contente-t-il de les démentir sans jamais en apporter les preuves ?

Ces  questions et bien d’autres continueront de se poser tant que la transparence totale n’est pas exigée et qu’une enquête n’est pas ouverte sur l’empire de ce Golden Boy qui n’es pas sans rappeler d’autres Golden Boy algérien et étranger qui l’ont toujours fasciné et inspiré.

Ce qui est certain, c’est qu’en dépit de tous les scandales de ce groupe et particulièrement de son journal et de sa télévision, Anis Rahmani, en toute impunité, continue à se targuer d’être « la voix du peuple » algérien en l’abreuvant d’images chocs et de mots mensongers qui ne font qu’ajouter de l’huile sur le feu et obscurcir une réalité déjà sombre à la faveur de « la nuit » faussement présentée comme « Le jour ».

Alger, le 7 juin 2017

Lazhari Labter, ancien journaliste et éditeur