Qui l’eut crû. Pour couvrir ses besoins en fer, toute l’Algérie est dépendante d’une seule société… étrangère. Oui, l’entreprise turque Tosyali détient depuis le début de cette année 2017 un quasi-monopole sur ce secteur d’activité névralgique. Un monopole qui cause des dégâts majeurs au secteur du BTP dans notre pays. Explications. 

Implantée à Oran, dans la zone industrielle de Béthioua, Tosyali Algérie a été créée en 2008. La convention signée entre l’Agence nationale de développement de l’Investissement (ANDI) et “Tosyali iron & steel industry Algérie” a porté sur un investissement de 11,3 milliards de dinars (130 millions d’euros).  Tosyali a mis en exploitation le premier complexe de production d’acier et de rond à béton en juin 2013. Deux ans après, soit en 2015, cette même société a mis exploitation une extension constituée d’une «unité laminoir de production de fil machine pour approvisionner les PME et les entreprises de construction.

Tosyali produit l’équivalent de 700 mille tonnes de fer par an. En deux ans, elle réalisé en Algérie un bénéfice net de 350 millions de dollars, a appris Algériepart suite à ses investigations. Des chiffres extraordinaires qui font pâlir de jalousie toutes les autres aciéries européennes. Mais en Algérie, les turcs ont bénéficié d’un avantage précieux : un prix de la ferraille très bas pour leur production du rond à béton. Oui, Tosyali achetait toute la ferraille de notre pays à un prix dérisoire, entre 12 et 16 Da le kilo selon certaines sources très bien informées, pour la transformer en rond à béton. Cependant, depuis 2016, Toysali ne trouve plus sur le marché national de la ferraille de qualité pour poursuivre sa production. Dans ce contexte, il a bénéficié d’un autre énorme coup de pouce : l’autorisation d’importer de la billette de fer.

Et le fabricant devient ainsi… importateur alors que des avantages fiscaux et parafiscaux lui ont été accordés ! Or, jusqu’à 2016, il y avait en Algérie une trentaine d’importateurs. La concurrence maintenait les prix du fer à des seuils acceptables et raisonnables. Et brusquement l’Etat intervient pour imposer des licences d’importation afin de contrôler la sortie des devises en pleine crise financière.

L’importation du fer s’arrête. Toutefois, Tosyali bénéficie d’un statut particulier et il est autorisé à poursuivre l’importation des billettes de fer pour sa production de rond à béton. Quant aux autres importateurs, ils attendent depuis 6 mois l’ouverture des licences d’importation.

Tosyali a profité de cette situation pour augmenter significativement ses prix puisqu’il s’est retrouvé dans la position où il est le seul acteur qui peut répondre à la forte demande en acier. De 45 à 50 mille Da la tonne de fer, les prix sont passés jusqu’à 85 mille Da la tonne. Soit une augmentation qui frôle les 100 %. Le marché s’affole et de nombreux chantiers sont à l’arrêt car les promoteurs et les maîtres d’ouvrages ne disposaient guère des budgets nécessaires pour faire face à ces nouveaux prix.  Et contrairement aux anciens importateurs, Tosyali refuse d’accorder des crédits aux entreprises du BTP.

La situation se complique et les projets sont bloqués. L’Etat est obligé d’intervenir pour débloquer un premier budget de 60 milliards de Da, soit l’équivalent de 580 millions d’euros, au profit des projets des logements sociaux et ceux de l’AADL.  Tosyali se frotte les mains et poursuit son enrichissement. Et l’Etat ferme les yeux face à ce monopole et se contente d’attendre le lancement des autres aciéries comme le méga-projet de Bellara, financés par des qataris, dans la région de Jijel. En attendant, personne au sommet de l’Etat n’ose remettre en cause les privilèges de Tosyali en cause. Nous y reviendrons dans nos prochaines enquêtes.