Ce n’est pas tous les jours que Saïd Bouteflika assiste à des manifestations publiques. Le très discret frère et conseiller spécial du chef de l’Etat a fait une brève mais énigmatique apparition lors du rassemblement organisé par les intellectuels pour dénoncer le traquenard que la chaine Ennahar TV a tendu à l’écrivain Rachid Boudjedra. L’homme s’est dirigé vers l’écrivain avec qui il a échangé quelques mots avant de quitter la place. Un geste politique fort qui suscite des interrogations.

S’il est difficile d’expliquer ce geste de manière précise, l’attitude du frère du président peut avoir, a priori, deux lectures. La première est que cette sortie publique est un signe de soutien à l’écrivain et homme de lettres qui est Rachid Boudjedra. L’homme est connu pour ses diatribes, mais il ne s’est jamais publiquement attaqué au pouvoir. Surtout pas à Abdelaziz Bouteflika et sa famille.

Le second degré de lecture est qu’incontestablement, Saïd Bouteflika, que tout le monde désigne comme étant détenteur du pouvoir depuis que son frère de président est sérieusement atteint par la maladie, veut se démarquer du patron d’Ennahar TV, Anis Rahmani. Pourtant, le sulfureux directeur de la chaîne Ennahar TV a toujours été présenté au sein du sérail comme un proche du cercle présidentiel. « Un geste symbolique qui signifie que les larbins sont lâchés. Anis Rahmani et se semblables doivent trembler », écrit, par exemple, le journaliste en exil, Hichem Aboud sur sa page facebook.

On peut également interpréter cette sortie de Saïd Bouteflika comme une manière de calmer les esprits qui se sont trop remontés contre l’attitude de cette chaîne de télévision. Une situation qui n’a pas forcément fait réagir les responsables de l’Etat de par le passé. Ennahar TV a-t-elle donc poussé le bouchon plus loin cette fois-ci ?

Saïd Sadia