Les sondages d’opinion en Algérie connaissent une anarchie alarmante. Plusieurs instituts de sondage opèrent dans notre pays et publient des rapports notamment en ce mois sacré du Ramadhan pour nous donner une mesure de la consommation médiatique de nos compatriotes. 

Des rapports qui suscitent une vive polémique et soulèvent de nombreux soupçons de corruption et de népotisme. L’absence d’un encadrement juridique dans notre pays laisse le terrain vierge à des entreprises qui réalisent des sondages d’opinion au profit des diverses chaînes de télévision. Parmi ces principales entreprises, nous retrouvons IMMAR qui se présente comme le spécialiste français des études médias et marketing en Afrique subsaharienne et en Afrique du Nord. Présent en Algérie depuis plusieurs années, Immar intervient dans plusieurs rapports au cours de ce mois de Ramadhan. Il dispose de deux autres concurrents, MMR et Media & Survey, deux agences algériennes.

Difficile d’évaluer le plus fiable de ces trois agences. Mais le plus difficile est d’évaluer la pertinence de cette activité tout court en l’absence d’un instrument de régulation dans notre pays. Officiellement, les projets de loi sur l’audiovisuel, la publicité et le sondage d’opinion sont toujours en cours d’élaboration. Et ce vide juridique encourage “la collision avec des intérêts privés”, estime le Professeur à l’École nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’information d’Alger, Belkacem Mostefaoui.

“Contrairement aux pays développés, il n’y a aucun instrument de régulation dans notre pays. Celui paie l’orchestre, choisit ainsi la musique !”, s’étonne notre interlocuteur selon lequel il n’est pas possible de croire en la fiabilité des sondages de ces agences y compris de ceux d’Immar qui se targue d’une expérience internationale au regard du contexte très douteux dans lequel évolue cette activité en Algérie. “Par la passé, nous avons découvert comment l’institut algérien Abassa a été payé par l’ENTV pour se retrouver à la tête des sondages. Aujourd’hui, ces mêmes pratiques sont toujours en cours et personne ne peut réguler ou intervenir pour imposer de la transparence”, souligne notre interlocuteur qui met en garde contre “cette fabrication de l’opinion publique”.

Oui, une fabrication car ces sondages “nous font croire ce que les Algériens regardent ou pensent alors leur fiabilité pose problème”, analyse le professeur Mostefaoui.  “Il y a une proximité étrange entre ces fabricants de sondages et les chaines de télévision qui leur commandent des sondages”, relève-t-il encore en assurant que les pouvoirs publics doivent accélérer la mise en place d’une instance officielle chargée de la régulation de ce secteur pour éviter les dérapages.

Des dérapages que Sofiane Maloufi, le patron de l’agence Media & Survey, relativise. “Il y a certes des velléités de corruption, mais nous nous efforçons de faire notre travail de la meilleure manière”, confie ce spécialiste algérien des sondages qui nous invite à ne pas se montrer très dur avec ce secteur d’activité. “L’absence d’un encadrement juridique ne porte pas préjudice par définition à la fiabilité des nos études”, fait remarquer Sofiane Maloufi.

La seule différence entre les trois agences est la méthode utilisée dans la conception du sondage, précise encore Sofiane Maloufi. “Mais pour la première semaine de ce mois du Ramadhan, les résultats des trois agences se ressemblent. Les études des trois agences constatent le leadership d’Echorouk TV et d’Ennahar TV ainsi que le recul des chaînes étrangères comme MBC ou les chaînes françaises”, certifie Sofiane Maloufi. Ce dernier insiste enfin sur un point essentiel : “nos sondages ne mesurent pas la qualité de l’audience”, affirme-t-il. “Nous évaluons uniquement selon un calcul arithmétique combien de personnes regardent un programme précis ou une chaîne de télévision déterminée au sein d’un échantillon représentant pas moins de 24 millions d’algériens. Nous ne fournissons aucune indications sur la qualité des programmes”, conclut-il en dernier lieu.