Un dirigeant d’entreprise vient d’être limogé pour mœurs incompatibles avec les valeurs de la république. S’est-il comporté comme Chakib Khelil en confondant intérêt public et privé ? Est-il aussi atteint d’une profonde débilité que celle de Ould Abbes ? A-t-il assassiné comme certains services de l’État ou coupable de népotisme autour d’un fauteuil roulant ? Est-il responsable de l’explosion du niveau intellectuel ou de la dictature militaire ? Non, pas du tout, car toutes ces incriminations ne sont pas des délits en Algérie. Dans un chuchotement pudique et gêné, on nous annonce que c’est le pire des crimes, inavouable et horrifiant…il serait homosexuel !

 Nous sommes des êtres sexués et rien ne peut contraindre cette pulsion si ce n’est au prix d’une violence qui peut emmener à une explosion sociale. Ils égorgent et menacent du courroux du ciel, ils enferment les femmes dans un tombeau, ils transpirent et leur gorge se noue lorsqu’ils parlent de l’objet de leur fantasme interdit. Ils exultent leurs manques par une barbarie qu’ils croient salvatrice de leurs pulsions irrépressibles. Tout cela, nous le savons.

 

Mais il existe une dernière frontière dont ils n’osent même pas imaginer l’existence car elle les angoisse d’une manière terrifiante, l’homosexualité. Et pourtant, certains d’entre eux, prédicateurs ou militants de la morale puritaine sont touchés par cette étrange pulsion qu’ils assimilent à l’action du diable. On peut alors s’imaginer les efforts immenses qu’ils déploient pour évacuer la « bête »  qui les ronge jusque dans le plus profond d’eux-mêmes. Et plus ils sont violents pour l’écarter, plus elle revient les hanter d’une angoisse insistante.

 

Il est temps que ce pays résolve son profond problème psychiatrique avec la sexualité. C’est probablement l’un des maux les plus désastreux de cette société qui n’arrive jamais à sortir de cette perpétuelle dépression. C’est terrifiant de les voir plongés dans un combat effréné envers ce qui les ronge de l’intérieur et, plus ils ont mal, plus ils sont réactifs, dans une infernale boucle mortifère .

 

L’homosexualité n’est ni une maladie ni un crime, il faudra bien qu’ils fassent cet effort gigantesque de la pensée, bien au-delà de leurs limites cognitives. L’Algérie est confrontée à un immense défi, un mur érigé devant elle qu’il faudra qu’elle escalade, pourquoi s’embrasser encore de ce qui l’alourdit ? Comme tous ces maux intimes, à chaque fois que la parole prend le dessus sur la honte et que le combat épuisant du silence cesse, les êtres humains s’épanouissent pour aller de l’avant, dans un parfait accord avec eux-mêmes.

 

Il est clair que leur capacité intellectuelle ne peut actuellement dépasser cette frontière très éloignée. C’est donc aux jeunes algériens de se battre pour exiger qu’on les déleste de ce poids insupportable qui ne vaut pas d’être vécu comme un problème. Des milliers de nos compatriotes souffrent, la plupart sont obligés de se cacher et dans ces conditions, l’inévitable existence d’un monde parallèle germe dans la société. Or ces mondes parallèles entraînent toujours des dérives incontrôlées.

 

L’homosexualité n’est ni immorale ni illégale dans une société qui se veut civilisée (ce qui est d’ailleurs très récent dans les pays qui, aujourd’hui, se réclament de l’avancée humaniste). C’est un état de fait qu’il est inutile de résoudre par l’ordre moral, la recherche scientifique ou la thérapie. La normalité n’est qu’une donnée statistique qu’il est dangereux d’appliquer dans de pareils thématiques.

 

Il est « normal » de constater l’existence de cas contraires à la norme majoritaire biologique qui veut que l’attirance s’opère entre un homme et une femme (Ce qui, au passage, est rassurant pour la perpétuation de l’humanité). C’est le cas dans tellement d’autres observations qu’il n’est pas utile de s’en offusquer et, encore moins, de le combattre avec une violence qui ne génère que frustration, souffrance et injustice.

 

Moi, j’aurais voulu qu’on aborde l’accusation de ce monsieur autrement que par l’insulte et le mépris envers ses pratiques sexuelles, libres et légales dans un État de droit. J’aurais voulu savoir comment on peut servir, au plus haut niveau des responsabilités, un État népotique, totalitaire et corrompu. J’aurais voulu savoir si cette personne a, ou n’a pas, pratiqué l’infâme jeu national de la corruption et comment a-t-il fait dans ce cas ? Et de toute façon, il est peu vraisemblable que je trouve beaucoup d’excuses à ce type de comportement où des cadres de la république n’ont jamais été conscients d’une situation qui, elle, est monstrueusement coupable dans mon esprit.

 

Oui, j’aurais aimé que l’on place le « terrifiant » sur une autre base d’accusation que celle de la vie privée, fondamentalement libre et protégée.

 

Que les homosexuels vivent leur vie comme la nature le leur suggère. Seules les lois d’un véritable état de droit peuvent s’appliquer. On me parle d’une vidéo sexuelle, la seule incrimination que l’on pourrait avoir seraient les questionnement éventuels suivants : sont-ils tous des adultes consentants ? Font-ils des actes illégaux dans leurs ébats intimes, comme la violence par exemple ? Ont-ils diffusé illégalement cette vidéo alors que des lois protègent les mineurs lorsqu’ils s’aventurent dans la recherche de vidéos ?

 

Voila les seules questions qui m’intéressent et que devrait se poser la société. En dehors de ces dernières, elle franchit les limites pour museler les libertés individuelles et intimes des citoyens libres.

 

Cette défense de l’individu en question n’est pas le fait d’une proximité de ressenti et de pratique. Je n’ai pas à me justifier mais c’est pour bien appuyer le fait que la revendication d’une liberté spécifique n’est pas de la responsabilité exclusive de ceux qui en sont dépourvus. Nous devons, nous, les hétérosexuels, nous soucier de la liberté de chaque citoyen à ce propos, quelle que soit son orientation sexuelle.

 

Et si c’est une interdiction formelle de la religion, que les religieux commencent à faire le ménage dans leur association spirituelle, il y a certainement à s’occuper !

 

SID LAKHDAR Boumédiene, Enseignant