Le chef d’Etat-Major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, pourra-t-il un jour remplacer Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’Etat algérien ? Oui, c’est possible ! C’est du moins ce que croit le général à la retraite Rachid Benyelles, l’ancien commandant de la Marine Algérienne et puis ministre de la défense (1985-1986). 

Lors d’une entrevue avec le correspondant à Alger du magazine français Le Point, le général qui a démissionné en 1988, de l’équipe de Chadli Benjedid – dont il était un proche – pour exprimer son désaccord avec la répression des émeutes d’octobre, a estimé que l’accession d’Ahmed Gaïd Salah au pouvoir est « un scénario probable ». « Mais j’espère qu’on finira par apprendre de nos erreurs passées. Il faut laisser les Algériens décider », a-t-il analysé dans le même sillage.

Concernant enfin les relations entre la politique et les militaires en Algérie, le général Benyelles a expliqué que l’armée a toujours « été utilisée dans des conflits ». « Par exemple, Boumédiène n’a jamais associé l’armée à la prise de décision, aux choix stratégiques sur les plans économiques. Il a même interdit aux hommes politiques de s’approcher des militaires ! Nous sommes très loin des schémas de dictature militaire, nous étions plutôt un régime autoritaire », confie Rachid Benyelles selon lequel « la seule fois où l’armée a été maître de la situation, c’était après la démission du président Chadli… et après l’assassinat de Boudiaf aussi [en 1992] ».

« Le pouvoir était entre les mains de Mohamed Lamari [chef d’état-major] et Mohamed Mediène [alias Toufik, légendaire patron des services secrets durant vingt-cinq ans]. Cette période a pris fin après l’installation par l’armée de Bouteflika, en 1999. L’armée ne veut plus décider face à un président élu, même si je mets le mot élu entre guillemets », conclut en dernier lieu ce militaire de 77 ans qui vient d’édite son livre « Dans les arcanes du pouvoir : mémoires (1962-1999) ».