Bernard Werber a écrit : « L’hypocrisie fait les amis, la franchise engendre la haine ».

 Depuis plus de 10 ans, le public Algérien s’est habitué à voir déferlé nombre de footballeurs binationaux, nés et formés en France, à rejoindre les rangs de la sélection Algérienne. Sur un point vue sportif, ces joueurs représentaient une aubaine pour la sélection nationale, des joueurs formés dans les meilleurs centres de formation Français, habitués à l’exigence du haut niveau et de surcroît capable de tirer la sélection Algérienne vers le haut.

Sur un point de vue moral, la fédération avec à sa tête le fantasque Mohamed Raouraoua, a fait preuve d’une hypocrisie profonde.

En effet, au moment où le championnat local et le football Algérien dans son ensemble était plongé dans un désastre sportif et organisationnel, le fait de composer une équipe nationale essentiellement de joueurs issus de la meilleure formation Française fût un exceptionnel stratagème portant à afficher l’image d’un football Algérien fort, en plein développement et complètement imprégné dans la modernité.

Pour cacher son incapacité totale à trouver des solutions concrètes aux problèmes du football Algérien, la fédération a choisi de parachuter des joueurs formés en France pour représenter le football Algérien.

Et c’est ainsi que l’hypocrisie du pouvoir de la fédération Algérienne a produit une autre hypocrisie : celle des footballeurs binationaux.

Ces joueurs formés au sein des meilleurs centres de formation Français ont durant toute leur adolescence et leur cursus de formation rêvé d’une seule et unique chose : l’Équipe de France.

Ce que ces jeunes footballeurs appellent communément « l’Équipe d’Ef’ » pour désigner la sélection Française fût durant de longues années, le rêve absolu, l’objectif suprême.

Tous autant qu’ils sont, ils ont rêvé de porter le maillot Français, de jouer pour les « Bleus », de s’entrainer à Clairefontaine, et de ce fait marcher sur les traces de Platini, Zidane ou Ribery.

Au fil des années et la probabilité de rejoindre la sélection Française diminuée, ces joueurs binationaux ont fait de la sélection Algérienne une option concrète et réalisable, celle de disposer du statut d’international, de participer à une compétition continentale mais par-dessus tout, jouer la coupe du monde, le graal de tout footballeur.

C’est ainsi qu’avec l’appui de la fédération Algérienne et du pouvoir médiatique Algérien, ces joueurs ont pu troqué le maillot bleu contre un maillot vert dans une facilité déconcertante, comme si tout cela était normal.

Alors même que l’Équipe de France vivait de son côté une crise identitaire entre les joueurs et la nation Française après le drame de Knysna, du fait du manque d’implication des joueurs au service du maillot bleu, l’Algérie quant à elle construisait au même moment une alchimie malsaine entra sa nation et sa sélection, une équipe nationale composée majoritairement de joueurs nés loin de l’Algérie, des jeunes millionnaires vivant en Europe et n’ayant aucune conscience de la société et de l’identité et des préoccupations du peuple Algérien, et finalement n’ayant accepté de jouer pour Les Verts comme unique et seule alternative à l’option d’être joueur au statut international, un choix par défaut absurde et hypocrite.

Comme si l’on pouvait acheter des joueurs pour composer une équipe nationale, comme les clubs peuvent le faire.

L’échange de bons procédés entre une fédération et des joueurs binationaux a permis un équilibre parfait, entre l’image d’un football Algérien en plein développement au devant de la scène internationale, et toute une génération de binationaux enfin considérée dans leur pays d’origine.

Cependant, cette double hypocrisie a produit un immense mensonge, loin de la vérité et de la sincérité auxquels les Algériens ont le droit, au nom du développement du football Algérien et de la société Algérienne.

Pour revenir à la citation de Bernard Werber, l’hypocrisie des joueurs binationaux leur a tout de même accordé un statut de héros en Algérie, sollicités par le public, les médias et les publicités, c’est ainsi que « l’hypocrisie a fait des amis… »

Dans le même sens, les joueurs binationaux qui ont fait le choix de la vérité et de la franchise, qui ont choisi l’équipe de France comme le choix logique de la continuité et de leurs objectifs, les Benzema, Nasri ou autres Fekir, sont devenus des traitres en Algérie, des mots de haines leur ont été adressé pour avoir choisi de jouer pour l’équipe de France, aux yeux du grand public, les Feghouli, Brahimi ou Boudebouz sont devenus des patriotes, quand Benzema et Fekir sont devenus des traitres.

C’est ainsi que que Bernard Werber conclus par : « la franchise engendre la haine ».

On peut tout reprocher aux binationaux qui ont choisi de jouer pour l’équipe de France, mais incontestablement, on ne peut pas leurs reprocher leur franchise.

La double hypocrisie initiée par le pouvoir de Mohamed Raouraoua a miné le football Algérien dans un malaise profond, et quand le malaise est profond, les résultats sont proportionnels.

J’ose espérer que l’avenir du football sera à la formation, au développement du football local, et ainsi à l’émergence de footballeurs issus de la société civile Algérienne pour représenter l’équipe nationale sur le devant de la scène internationale.

Pour finir, j’ose croire que la nouvelle direction du football Algérien dirigée par Kheireddine Zetchi saura prendre un tournant à 180° degrés, et ainsi reconstruire l’évolution du football Algérien sur des bases saines, professionnelles, et par-dessus tout, sincères.