Le Top 500 du classement Shanghai annuel des meilleures universités au monde vient de paraître. Aucun établissement national n’y figure. Le manque de moyens ne peut plus être invoqué puisque, depuis un certain nombre d’années, les pouvoirs publics ont octroyé à l’université un budget substantiel que lui envient certaines des universités classées au Top 500.

Les responsables du secteur ne cherchent pas à mettre le doigt sur les vraies raisons du déclassement. Ils proposent seulement des moyens à mettre en œuvre pour améliorer notre classement :

1) faire en sorte que nos établissements deviennent plus « visibles ».

2) Munir nos universités d’un programme de développement de manière à ce qu’elles puissent apporter des solutions scientifiques aux problèmes du pays.

3) Amener l’université sur le terrain de la « qualité ».

Il n’est pas difficile de voir que ces initiatives sont inopérantes. Primo, une meilleure visibilité de nos établissements, même si elle est souhaitable, ne trompera personne, car le classement est fondé sur des critères impartiaux. Secundo, une économie rentière n’a nul besoin des méthodes scientifiques et de l’innovation. Tertio, l’« assurance-qualité », concept importé d’outre-mer, dont on nous rebat les oreilles, a si peu de prise avec la réalité.

A-t-on jamais vu une charrue tirer des bœufs ?

Les raisons objectives qui ont abouti au déclin de notre université me semblent résider en ce qui suit. Elles sont le résultat d’une lente érosion que personne n’a cherché à stopper, et qui menace aujourd’hui de tout emporter pour ne laisser place qu’à une coquille, c’est-à-dire des murs et des hommes mais où l’esprit et les valeurs universitaires auront définitivement déserté. Nul doute que les universitaires sont les premiers comptables de la situation à laquelle est arrivée leur institution. Un jour viendra où notre pays devra payer la facture de leurs errements.

  1. Notre université n’est plus comme les autres

Laissons parler les faits.

a) Partout ailleurs, les chefs d’établissement sont élus pour un mandat d’une durée précise. Or, chez nous, les ministres s’en vont, les walis passent, mais pas les recteurs et leurs staffs. Certains recteurs sont en poste depuis plusieurs décennies ! Les ministres et les walis ont le droit de rester à leurs postes aussi longtemps qu’ils veulent, car la politique et l’administration sont leurs métiers. Mais le recteur est d’abord un enseignant-chercheur. La responsabilité est un acte volontaire, temporaire, pour donner de soi-même et se mettre momentanément au service de la collectivité, et non une profession qui éloigne la personne de sa raison d’être.

  1. b) Une université est toujours érigée sur un espace libre, non gardé, dont l’accès est garanti à tous. Or, la nôtre est entourée de murs d’enceinte, généralement avec une seule issue flanquée d’une pléthore de gardiens, au mépris des libertés académiques. Cela donne une image choquante et révoltante de notre institution.
  2. c) Une université est un espace cosmopolite, car c’est le lieu de l’universalité. L’absence d’enseignants étrangers est sans aucun doute préjudiciable car elle nous ôte la possibilité de nous regarder nous-mêmes avec les yeux d’autrui, et donne de notre université l’image d’une institution fermée sur elle-même et isolée du monde.
  3. d) Il a été décidé que les études primaires et secondaires se font en langue nationale, puis les études supérieures en français pour certaines filières. Cette rupture, qui n’est ni du fait des étudiants, ni de celui des enseignants, a amené une situation inédite aux conséquences désastreuses. Comme les étudiants ne peuvent recevoir et assimiler un cours en français, de même que la plupart des jeunes enseignants recrutés ne sont en mesure d’enseigner en cette langue, un consensus a été trouvé : l’arabe dialectal. Or, l’acquisition des connaissances, la réflexion et le raisonnement sont des processus complexes qui nécessitent un langage rigoureux. Avoir recours à l’arabe dialectal affecte la teneur du discours. Je vous laisse deviner ce que peut être la démonstration d’un théorème, la soutenance d’une thèse ou la présentation d’une théorie en arabe dialectal : une causerie démarchée aux puces !
  4. e) Notre université est gérée selon un mode désespérément bureaucratique. Les responsables s’attribuent un nombre excessif de locaux administratifs, et ont recours à une administration pléthorique jamais vue ailleurs. Pourtant le rôle de l’administration semble résider en une phrase : gérer le quotidien, en prenant soin de la forme, sans se soucier du fond, et exhiber le fameux bilan annuel.
  5. f) Nous sommes l’un des derniers pays au monde à proposer la gratuité des études, de la restauration, de l’hébergement et des soins. Puisque les études et les œuvres universitaires coûtent cher au contribuable, cette situation n’aboutit qu’à une formation au rabais qui ne dit pas son nom. Pourquoi ne pas attribuer leurs vraies valeurs aux choses ? L’égalitarisme n’a pas de place à l’université. Les études universitaires ne peuvent pas être une sinécure. Au contraire, elles doivent être contraignantes comme partout ailleurs, pour le portefeuille et pour la santé (concentration, stress, fatigue, nuits blanches). C’est seulement dans l’adversité, l’effort, le dur labeur, le sacrifice, que l’on obtient des diplômés de qualité.
  6. g) Notre université se caractérise par une gestion empirique des ressources mises à sa disposition. L’argent public est employé avec beaucoup de légèreté par tous : administration, laboratoires, enseignants.
  7. h) La vocation n’a plus aucune place. On ne choisit plus rien par vocation, mais seulement par contrainte. Dans un système devenu totalement permissif, des élèves médiocres peuvent très bien finir avec un master et même un doctorat.
  8. Notre université a renoncé à une de ses missions essentielles

On naît enserré dans le carcan de sa culture, de ses traditions, des idées reçues, des convenances et du conformisme. Une mission essentielle de l’université, qui n’est écrite nulle part, est de nous aider à nous défaire de ce conditionnement, pour nous permettre de penser et d’agir en hommes libres. Or, aujourd’hui, notre université est totalement incapable de s’acquitter de cette tâche car elle est devenue, elle-même, le lieu de l’enfermement sur soi, de la pensée unique, du conformisme, de l’immobilisme et de la soumission à l’ordre établi.

  1. Notre université n’assume plus sa raison d’être

L’université est le lieu de la différence, du foisonnement des idées et de leur confrontation. La richesse des universitaires réside dans leur diversité. Une université dans laquelle tout le monde tout le monde est d’accord et pense de la même façon est monotone et stérile. Curieusement, la charte d’éthique et de déontologie de la Société Mathématique d’Algérie publiée dans le bulletin d’information numéro 7 de janvier 2017, comporte dans son introduction une série de phrases débutant par « nous n’aimons pas … » pour finir avec « Bref, nous rejetons tout mathématicien qui ne nous ressemble pas. » C’est à la fois
sidérant et effrayant ! Voilà une société savante qui fait l’apologie de la pensée unique. Tout mathématicien a bien entendu le droit, et même le devoir, de se singulariser et de penser différemment. Si tous les mathématiciens se mettaient à penser de la même façon, il n’y aura plus de mathématiques.

L’université est aussi le creuset du questionnement, de la remise en cause, de la critique. Mais, depuis longtemps déjà, nos étudiants ne posent plus de questions, ne se posent plus de questions, ne sont curieux de rien. Or, la curiosité est le moteur de la science. Beaucoup d’hommes se sont assoupis sous un pommier et ont regardé tomber des pommes, mais Newton a été curieux et a voulu comprendre. La faute n’incombe pas à nos étudiants, mais au système éducatif défaillant, tourné vers le passé, incapable de propulser nos enfants vers l’avenir, vers leur siècle. Dans sa décrépitude, il n’arrive plus à inculquer à nos enfants que des bribes de connaissances, souvent obsolètes, sans lien entre elles, sans fil conducteur, sans effort unificateur, sans chercher à développer en eux la capacité de réflexion, d’abstraction, de méta-connaissance, de critique, et d’autonomie, c’est-à-dire de leur donner les moyens de réfléchir et de résoudre par eux-mêmes les problèmes. Il ne faut donc pas s’étonner que les étudiants arrivent à l’université avec ce réflexe acquis à l’école, qu’ils érigent en stratégie : glaner des morceaux de savoir, en faisant le moindre effort, dans l’espoir de les reproduire à l’examen.

La science n’est pas une juxtaposition de connaissances éparses. La connaissance seule ne sert pas si elle n’explique rien. C’est l’explication des choses qui est fondamentale à l’homme, car ce qui lui importe c’est d’expliquer et comprendre le monde qui l’entoure. C’est pourquoi il a assigné ce rôle à la science. La science est donc une quête permanente de vérité, même si une connaissance complète et cohérente du monde est hors de notre atteinte. Seule la vérité de Dieu est absolue. Toute autre vérité, toute théorie, toute construction, doit être critiquée, remise en cause, combattue, pour être remplacée par une autre.

Nous sommes donc, dans notre condition humaine, condamnés à chercher des vérités inaccessibles. Le Créateur de toutes choses nous a offert le joyau le plus précieux, l’outil le plus accompli de la Création, qu’est notre cerveau. Pour cette raison, nous ne pouvons renoncer à cette quête. D’ailleurs notre démarche n’est ni absurde, ni stérile. Elle n’est pas absurde, car si nous acceptons que notre passage en ce monde soit éphémère, alors elle nous ramène à ce que nous sommes : grains de poussière dans l’immensité sidérale, néants devant l’Infini. Notre approche est aussi féconde car elle nous permet d’avancer vers une meilleure connaissance du monde, et par là vers plus de progrès humain et donc vers plus de bonheur sur terre. Ainsi, le progrès n’est pas la préoccupation de la science mais simplement une de ses retombées et, de ce point de vue, l’avenir de l’humanité s’annonce toujours plus radieux que son présent et son passé.

Revenons à la vie universitaire. On ne publie pas des faits scientifiques anodins dans les prestigieuses revues « Nature » et « Science ». On ne reçoit pas de prix Nobel, ni de médaille Fields, pour des faits comme ceux que l’on a l’habitude de publier. Pour obtenir ces prix et publier dans ces revues, il faut emprunter des voies inexplorées, tenter des théories, des explications, pour lesquelles toute une vie de dur labeur et de sacrifice aura été consentie. Cela se planifie à l’échelle d’un pays et se prépare avec soin, et demande énormément de temps, souvent des générations, et un investissement colossal de tous points de vue.

  1. Notre université a abandonné certaines de ses valeurs

Ce point est probablement le plus redoutable. Les valeurs universitaires sont bien connues et il est inutile de les énumérer. Au fil du temps, la communauté universitaire s’est affranchie de certaines d’entre elles. Je ne citerais que celles qui me paraissent les plus fatales, celles dont l’absence fait le plus de tort : travail, mérite, probité et rigueur.

  1. a) Les diplômes s’obtiennent et les carrières se font sans réelle contrepartie en termes du travail fourni. Tout semble lisse et aisé. En contrepartie, c’est la qualité qui est sacrifiée et tirée toujours plus bas.
  2. b) Rien n’est attribué selon le mérite. Cette carence fait que personne ne cherche à s’élever et à s’améliorer. C’est plutôt le contraire qui survient. On se sent découragé, inutile, on n’a aucune prise sur les choses, et on se livre à la fatalité par la force des choses.
  3. c) La fraude, le plagiat, la fabrication des résultats, sont devenus notoires. Ce ne sont plus seulement les étudiants qui s’en rendent coupables. Ces délits se pratiquent au plus haut niveau dans l’impunité totale. Le message délivré à la communauté est alors clair, surtout pour les jeunes qui arrivent : « il n’y a aucune règle éthique, vous pouvez faire ce que vous voulez ! » Hélas, ce sont les Algériens qui paieront la facture de ces faussaires. Lestés avec de pareils boulets, notre université ne parviendra pas à se classer même s’il y avait un Top 10.000 au classement Shanghai.
  4. d) Le système de gestion est devenu, au fil des années, d’une totale permissivité. On a déjà évoqué le cas des diplômes. Mais c’est aussi vrai pour les grades et les carrières. Quiconque peut postuler à n’importe quoi, quiconque peut ouvrir n’importe quoi. Il est inutile d’étaler des détails, il suffit d’observer que le passage de grade, l’ouverture de parcours, de laboratoires, les demandes de stages, sont de véritables passoires.

Quels remèdes ?

Encore une fois, les universitaires sont les seuls responsables de la situation actuelle, et doivent être les seuls à se mordre les doigts. Il est difficile d’apporter une réponse à la question de ce qu’il faille faire pour redresser la situation. Pour deux raisons. La première est que pour procéder à des réformes, il faut qu’il y ait disponibilité et adhésion de la part des protagonistes. Or, aujourd’hui, la communauté universitaire semble réfractaire à tout changement. Elle est douée d’une force d’inertie colossale, capable d’entraver tout effort de redressement. L’idée la plus géniale sera dévoyée, ridiculisée, vidée de sa substance. La communauté universitaire s’est accommodée d’un statu quo qui lui procure des avantages que l’on ne rencontre nulle part ailleurs : bonne rémunération, peu d’heures de travail, peu de présence exigée, beaucoup de vacances, une carrière assurée sans réelle contrepartie.

La seconde raison est que l’on ne peut isoler l’université de la société de laquelle est émerge. La crise de notre université est celle de notre pays, et la crise de notre pays est une crise globale que vivent tous les pays dits du Sud. Ces pays, qui constituent plus de la moitié de l’humanité, naviguent de dictature en anarchie, et d’anarchie en dictature. Le responsable désigné est toujours la mauvaise gouvernance.
Pourtant, il est difficile de croire que les gouvernants de ces pays soient tous incompétents. Mon point de vue, au risque de choquer les bien-pensants, est qu’il ne peut y avoir de bonne gouvernance dans nos sociétés arriérées, et que les gouvernants n’ont d’autre choix que d’opter pour l’autoritarisme, car dès qu’une forme ou une autre d’ouverture est proposée, la société penche vers le désordre. Depuis des lustres, toutes les recettes ont été essayées en vain, y compris celles des réformes politiques proposées pour avancer vers la démocratie et l’Etat de droit. Ça ne marche pas ! Au lieu de chercher du côté de la gouvernance, le mal ne serait-il pas, en fait, du côté de la société elle-même ?

Les réformes n’aboutissent pas car la société n’y adhère pas. Les réformes, la démocratie, l’Etat de droit, l’économie saine, la bonne gouvernance, nécessitent un préalable que nous n’avons jamais cherché à satisfaire. En effet, il nous faut moderniser notre société avant d’aspirer à ses concepts qui sont des constructions de longue haleine. C’est-à-dire changer de mentalité, changer notre façon de nous regarder nous-mêmes, de voir les autres, de considérer le monde, d’appréhender les choses, la nature, de nous extraire de notre enfermement, de nous départir de notre conception laxiste du temps, bref, de nous mettre en adéquation avec notre siècle. Et il nous faut bâtir une société citoyenne. Une société où chaque individu dépasse la conception archaïque, familiale, tribale ou régionale de la société, réprime ses réflexes égoïstes, refoule sa propension au désordre, connaît ses devoirs envers la communauté nationale, défend des valeurs communes, est soucieux du bien public, de l’intérêt général, et est conscient de partager avec tous un destin commun.

Pour s’en convaincre, il suffit de voir la carte politique du monde. Où se trouve l’Etat de droit ? Dans les sociétés citoyennes. Qu’y a-t-il ailleurs ? Dictature ou désordre. L’Histoire récente est également riche en enseignements. Elle a vu le démantèlement de nombreux Etats. Là où il y a une communauté citoyenne, l’Etat renaît rapidement de ses cendres (Allemagne, Japon en 1945), car les mécanismes constructifs (élections et choix libre de la représentation populaire) qui empêchent le chaos sont présents dans la société. A l’inverse, dans les sociétés arriérées, ces ressorts n’existent pas puisqu’il n’y a pas de citoyens, mais des compatriotes tout au plus. Il suffit que l’Etat sombre pour que s’installe le chaos (Irak, Lybie). Ces derniers cas nous montrent d’ailleurs clairement que les Etats « forts » ne servent pas à prémunir les sociétés du danger du désordre. Ce qui peut le faire c’est la citoyenneté. Cette dernière n’a d’ailleurs pas besoin d’Etat fort, mais seulement d’un Etat juste, c’est-à-dire fondé sur le Droit. Si nous ne fondons pas une société algérienne citoyenne, nous nous inscrirons indéfiniment dans le cycle infernal de la dictature et du désordre, et nous serons toujours amenés à préférer la dictature au désordre.

Le temps s’accélère. L’horloge de l’Histoire s’emballe sous l’effet de l’évolution scientifique et de la révolution numérique, absolument prodigieuses. Le fossé qui sépare les civilisations n’arrête pas de s’élargir inexorablement. Avec l’avènement, qui ne devrait pas tarder, de l’ordinateur quantique, ce fossé va devenir un abyme quasi infranchissable. Bientôt il n’y aura plus que deux mondes (j’allais dire deux humanités). Un monde libre, moderne, prospère, qui a intégré le changement permanent, la mutation, l’évolution constante, comme mode de
fonctionnement. Un monde fondé sur des valeurs communes. Un monde convaincu que l’avenir est fondamentalement meilleur que le présent. Un monde qui se prépare à quitter la terre et conquérir l’Espace. Un monde où tout sera conçu pour être intelligent et propre. Un monde qui prépare, dans le secret de ses laboratoires, les guerres de demain (climatiques, génétiques). Et un autre monde, qui dispose pourtant de toutes les ressources humaines et matérielles nécessaires, mais qui est arriéré, qui se trouve incapable d’intégrer la modernité, qui refuse de sortir de la bulle dans laquelle il se complait, qui opte pour un statu quo mortel, qui refuse d’opérer les changements salutaires, et qui cherche, d’une manière pathétique, son salut dans le passé.

Le dernier train de l’Histoire est encore à quai. Pour les générations futures, nous n’avons pas le droit de le rater. Le retard scientifique peut être résorbé à condition que nous en prenions conscience et que nous nous attelions sérieusement à opérer les changements vitaux. Certes, la tâche est colossale, mais nous n’avons plus de temps à perdre. Si nous voulons rester libres chez nous, si nous voulons exister dans le monde féroce qui s’annonce, si nous voulons avoir une place dans le nouvel ordre qui se dessine, si nous voulons avoir une voix qui compte dans le règlement des affaires du monde, si nous refusons de subir la guerre climatique sur notre territoire, bref si nous voulons entrer dans l’Histoire et la modernité, alors il nous faut nous convaincre de l’urgence du changement, et de nous unir pour sa concrétisation.

Il nous faudra une fois de plus forcer le destin en commençant par le commencement : redevenir nous-mêmes, c’est-à-dire les enfants d’une mère éternelle, l’Algérie, des hommes et des femmes fraternels et solidaires, qui s’aiment et se respectent mutuellement, qui ne renoncent pas à leurs valeurs ancestrales, qui adhèrent aux valeurs humaines universelles, qui relèvent les manches pour affronter courageusement les grands défis qui s’opposent à leur dessein, et qui unissent leurs énergies en une volonté commune de changement pour la grandeur de la mère et la force de ses enfants. Lorsque nous prêterons ce nouveau serment, nous serons invincibles et réussirons l’entreprise de modernisation. A ce moment-là, toutes les constructions politiques seront possibles et verront le jour. Nous entrerons alors dans le concert des grandes nations et montrerons le chemin à l’Afrique et au Monde Arabo-Musulman. Alors, probablement, nos petits-enfants liront dans les livres d’histoire que le début du XXIème siècle aura été une grande épopée algérienne.

Flashback

J’ai fait un rêve. C’était il y a plus de quarante ans. Avec mon bac, je venais de franchir, pour la première fois, la porte de l’université. Mon départ de ma bonne ville de Guelma vers Alger fut pour moi un tourbillon d’émerveillements. J’ai encore dans les narines l’odeur du neuf, et dans les neurones le vif souvenir de mes camarades de tout le pays entier, et de leurs délicieux accents. Beaucoup d’entre eux dirigent les laboratoires de recherche de certaines des universités classées au Top 500.

L’université était ouverte à tous les vents. Ni mur d’enceinte, ni gardien. Nombreux étaient les enseignants et étudiants étrangers. Les enseignants algériens étaient jeunes et n’avaient pratiquement pas de grade. Mais ils étaient si dévoués, si compétents, si honnêtes, si sérieux, si rigoureux, qu’on les aimait et respectait.

On avait du rêve plein la tête, le désir d’apprendre et la volonté de participer à la construction du pays. Nos débats étaient passionnés. On était presque tous engagés pour une cause ou une autre.

Aujourd’hui, si je devais avoir un seul vœu pour l’université algérienne, ce serait que « nos étudiants aient du rêve plein la tête ! ». Car le rêve est le commencement de la pensée libre dans l’esprit libre.

 

Salim Haddadi
Professeur de recherche opérationnelle
Université 8 Mai 1945
Guelma, mardi 16 mai 2017