“A mon âge, je me cache encore pour fumer”. C’est le titre d’un film qui ne manquera pas de faire couler beaucoup d’encre en Algérie dans les tout prochains jours. Ce film immortalise un beau huis clos cinématographique, où des femmes opprimées prennent enfin la parole en toute liberté pour aborder tous les sujets tabous qui alimentent les interdits de la société algérienne. 

Dans ce film, des femmes de tous âges et de toutes conditions viennent se détendre dans le hammam de Fatima. Ces Algériennes parlent de tout et de rien, mais surtout transgressent les règles misogynes imposées par la dictature des hommes et d’une société conservatrice. Dans ce hammam, les femmes se libèrent, fument, chantent, dansent et montrent leur corps nu, leurs seins, leurs jambes, leurs fesses.

Biyouna campe un rôle épatant dans ce film et exécute un formidable monologue où elle “crache tout son dégoût à la figure des hommes, retenus à l’extérieur comme des chiens enragés”. Ce film a été réalisé par Rayhana, une comédienne, auteure, dramaturge et metteuse-en-scène féministe d’origine algérienne qui vit en France depuis 2000. A l’origine, “A mon âge, je me cache encore pour fumer” fut une pièce de théâtre écrite en 2009 par Rayhana.

Le 12 janvier 2010, cette artiste a été agressée par deux hommes en plein Paris, alors qu’elle se rendait à la Maison des métallos pour y jouer sa pièce. Ils lui ont jeté de l’essence au visage, avant d’allumer une cigarette. Par crainte de représailles, ce film a été tourné en Grèce. Et Rayhana affirme qu’elle craint toujours pour sa vie. Mais, à 52 ans, “il n’était pas question pour elle de se museler”, a-t-elle fait savoir aux médias français.